La déferlante vague de stigmatisation de l’enseignement privé

Petits établissements scolaires

Par  Ghermaoui Mohamed

On n’a jamais assisté à une vague de stigmatisation de l’enseignement privé aussi déferlante et impitoyable que celle orchestrée par un ensemble d’intervenants au cours de la période de confinement causée par le virus covid19.

Cette séquence de dénigrement a élucidé une certaine appétence cachée et qui n’attendait que l’instant approprié pour engager une vraie stratégie de communication en vue de faire abattre ce gibier tant attendu. C’est sans doute qu’il n y a jamais de fumée sans feu. Et ce n’est pas aujourd’hui que cette assertion va tomber à l’eau. Au contraire, il semble que cette avalanche de mépris et des fois d’insultes insolentes est concoctée dans un esprit d’âpreté et de concupiscence. Le désarroi et le désastre crée par cet atmosphère prétentieux et indécent a fait plonger la société marocaine dans un abîme de perplexité sans précédent. Pour alléger le débat de sa pesanteur et de sa charge morale et raffiner les esprits pour une authentique appréhension sans aucun ombrage voilà quelques éléments de réflexion pour remettre les pendules à l’heure et entamer ainsi une bonne démarche d’évaluation et d’appréciation de ce secteur stratégique.

1. Lorsqu’on pose la question aux responsables politiques sur la clé de voûte et le secret de la réussite de leurs pays en matière de choix stratégiques, la réponse est sans aucune hésitation et sans aucun équivoque, la valorisation des Ressources Humaines et l’instauration de la confiance. La valorisation et la confiance, voilà les termes d’ordre d’une authentique volonté d’épanouissement de la société et de relance économique. La valorisation et la confiance, semble être les socles basiques de l’édification à terme d’une économie autonome et durable.

Le choix du projet de société repose essentiellement sur le choix du système éducatif. Mandela disait: «Lorsqu’on veut détruire une société on commence par aliéner son système éducatif». Au-delà des choix pédagogiques et didactiques, le meilleur moyen pour tordre le cou au système éducatif est la dévalorisation et le sous-estime des cadres enseignants. La décadence se révèle par l’avilissement des valeurs morales. Le rôle de l’État à ce niveau est sans équivoque. Le choix stratégique d’un système éducatif idoine relève des compètes des pouvoirs publics. Du coup, si on porte un jugement d’échec sur le système éducatif au Maroc, c’est auprès de l’appareil exécutif des pouvoirs publics qu’il faut la chercher. Si on veut évaluer, analyser et porter un jugement impartial sur le système éducatif au Maroc, c’est dans les choix stratégiques des pouvoirs publics qu’il faut scruter et pas dans les éléments subsidiaires ou les résultats de ces choix.

2. Tout porte à croire que l’enseignement privé est un bloc homogène et semblable. Cette entorse est souvent portée et emportée par les débats dans les réseaux sociaux, dans certains médias et dans certains milieux intellectuels et politiques. En fait, l’enseignement privé n’est pas du tout ce que l’on croit.

Plus de 80% des établissements scolaires privés sont de petites et très petites structures qui génèrent des valeurs ajoutées relativement faibles. La part des établissements scolaires privés aisés est très faible et se concentre particulièrement dans les deux grandes villes à savoir Rabat et Casablanca. La part des établissement scolaires privés de taille très petite, petite et moyenne se trouvent dans les petites villes et les villages éloignés. Les frais de scolarisation de l’ensemble des établissements privés sont très différenciés et varient généralement entre 300 DH et plus de 5000 DH. Mais la quasi-totalité fonctionne autour de 400 DH. C’est ça la réalité et si on veut juger un système, on ne peut le juger que si on dispose de la bonne et la réelle information sinon on bascule vers la surenchère et la spéculation.

3. Comme toute société de production, les établissements scolaires privés opèrent dans un environnement de compétitivité et de convivialité. De fait, ils sont contraints, pour survivre, d’utiliser les bonnes mesures et les bonnes politiques en termes de choix pour fidéliser leurs clients. Nous assistons ces derniers jours à un débat tordu concernant le rôle de l’enseignement privé, en ce sens qu’il désapprouve la vertu commerciale de ce secteur. On ne peut comprendre et assimiler ces appréhensions dans la mesure où ce secteur, comme tout secteur de production, est obligé de se plier au comportement du monde des affaires et aux normes exigées par la compétitivité et la concurrence.

A cet effet, les responsables des établissements scolaires privés sont obligés de choisir les meilleurs enseignants et le meilleur staff administratif. Ils sont obligés de les encadrer, de les évaluer continuellement, d’améliorer leurs performances et de les motiver par tous les moyens nécessaires pour accomplir à bonne escient leurs tâches. Ils sont obligés de choisir les meilleurs programmes pédagogiques, les meilleurs outils didactiques et les meilleurs programmes parascolaires (musique, théâtre, informatique, excursions, etc.). Par ailleurs, ils se voient obligés de faire profiter les élèves d’un environnement adéquat dans leur accomplissement scolaire (bâtiment scolaire, cantines, bus, etc.).

4. Dans toute économie, il y a des oligarchies, des lobbys qui s’acharnent par tous les moyens pour déplacer les structures en leur faveur. Ces derniers utilisent tout ce qu’ils possèdent en leur pouvoir pour évacuer et détruire les structures existantes pour s’installer et prendre les commandes. Plusieurs techniques sont utilisées pour massacrer ces structures. Ces techniques sont différenciées selon la nature et les caractéristiques du secteur.

Plusieurs secteurs au Maroc ont subi cette pression ces dernières années, notamment l’immobilier, le tourisme, l’agriculture et le commerce de proximité. Le secteur de l’enseignement, d’après plusieurs indicateurs (la révision des impôts de 2016, l’obligation du renouvellement des véhicules de transport scolaire, déclaration brulante envers les établissements scolaires privés du Ministre de travail, le délaissement des cadres enseignants des établissements scolaires faibles par covid19, etc.), n’a pas échappé à cette règle. Cette ruée de dénigrement à laquelle on assiste depuis peu de temps fait partie sans doute de la stratégie d’un lobby qui veut s’accaparer cette manne qui lui semble fructueuse.

5. L’enseignement est un secteur comme tous les autres et doit être manié et géré comme toute entreprise de production, en tenant compte de toutes ses particularités. Chaque interface de production est caractérisée par un ensemble d’indicateurs précis. Le secteur de l’enseignement a ses propres caractéristiques et l’investissement (le projet) dans ce secteur doit tenir compte de ces caractéristiques pour accomplir l’aboutissement de ce projet.

Ceci n’empêche pas le débat sur l’efficacité et la pertinence du rôle de ces établissements. Ceci n’empêche pas le suivi, le contrôle et l’évaluation de la mission de ces établissements. Ceci n’empêche pas la discréditation des établissements qui ne respectent  pas le cahier de charge et la déontologie du métier.

6. Plusieurs critiques ont caractérisé les débats ces derniers temps concernant les établissements scolaires privés. La majorité de ces critiques ont instrumentalisé le subterfuge de la course vers le profit facile et garanti, voire même certains ont utilisé l’argumentaire du gain rapide et assuré. Ce genre de positions émanent souvent d’une méconnaissance aussi bien du secteur que de la sphère du monde du business. Rien n’est facile dans la vie et l’investissement dans le secteur de l’enseignement, comme tout projet d’investissement, se prépare délicatement et fait appel à de nombreuses études avant de décider de sa mise en œuvre.

Par ailleurs, il n’existe pas de projet qui n’encoure aucun risque. Le risque est collé d’emblée à tout type de projet et combien d’établissements scolaires privés ont fait faillite après quelques années de fonctionnement. Toutes les techniques utilisées dans les analyses et la gestion des projets (les analyses primaires, les analyses dérivées, contrôle et suivi, on stratégies de fidélisation, etc.) devraient être utilisées, d’une façon ou d’une autre, si on veut réussir un projet d’investissement.

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