Le visage de la modernité aujourd’hui

Un penseur prolixe, un passeur de lumières. Les lumières de la modernité, du progrès et d’altérité. En effet, la pensée d’Avicenne a été mise sous la loupe d’une pléiade de chercheurs et de penseurs lors d’une rencontre qui a eu lieu jeudi 28 février à la salle, archicomble d’ailleurs, de présidence de l’Université Ibn Tofail à Kenitra. Par ailleurs, cette rencontre placée sous le thème «Avicenne, Islam et modernité» est organisée dans le cadre de cycles de conférences «échanger pour mieux comprendre» initié par la fondation Attijariwafa bank.

«Le cercle de conférences animé par notre fondation  est un cercle de débat, de partage d’idées que nous avons initiés il y a quelques années afin de traiter des thématiques aussi variées qui intéressent notre pays»,  explique Mohamed El-Kettani, président-directeur général d’Attijariwafa bank à l’occasion. Pour lui, le thème choisit pour ces  rencontres «échanger pour mieux comprendre» est important notamment dans le contexte actuel  marqué par  l’évolution des sociétés. Quant au thème «Avicenne, Islam et modernité»  de la conférence, il  s’est à imposé à nous, dit-il, «où  moment où nous ressentons le besoin de revisiter notre histoire et renouer avec ce qui constitue le socle de la pensée arabe». Le président   de l’université d’Ibn Toufail de Kenitra, Azzedine El Midaoui  s’est arrêté, quant à lui, sur l’intitulé de la rencontre qui est, selon  lui, d’une importante actualité. En outre, il a mis l’accent dans son mot inaugural sur la nécessité de  l’ouverture de l’université sur le débat et sur les autres, notamment les jeunes qui consistent l’avenir la locomotive et l’avenir du pays.

Avicenne est un grand penseur, un savant, un philosophe… c’est un homme qui échappe à toutes classifications.

Pour l’écrivain, journaliste et modérateur de la rencontre, Abdelhak Najib, Avicenne est un  homme de modernité qui avait une pensée tournée vers l’avenir avec une approche humaniste. Selon lui, il est un passeur de lumières. Avicenne a, explique- t-il,  sa démarche de s’ouvrir sur les autres cultures. Il a définit ainsi : « Avicenne est un homme qui a un héritage et un apport riche dans l’histoire humaine».

Par ailleurs, Sanae Ghouati, professeur universitaire qui a avait travaillé sur le siècle des lumières entre autres Diderot, s’est interrogée pour le pourquoi du comment ces penseurs dont Avicenne ont été éclipsés du paysage culturel et scientifique arabe. Il a démontré ces zones d’ombre dans l’orientalisme tout en invitant à lire les penseurs arabes avec «nos  propres lunettes». «Un travail de relecture reste à faire avec nos propres lunettes  et montrer à l’humanité leurs apports», a-t-elle affirmé. D’après l’intervenante, il n’y a pas jusqu’à présent  assez de travaux sur ce penseur et inventeur majeur.

Pour le chercheur et professeur   Mohamed Naiym, Avicenne était un médecin engagé pour les bases et les fondements de la médicine. Il était fidèle à sa profession pour bien de la santé des  gens. « Il avait ses convictions, confessions religieuses et philosophiques, mais il était toujours engagé pour les bases de la médecine universelle», a-t-il fait savoir. C’est un homme, a-t-il ajouté, qui a opté pour une «médecine laïque».

Ainsi, les intervenants, ont insisté sur le fait de renouer le lien avec la pensée arabe et ses penseurs éclairés pour trouver des pistes et des issues à cet enfermement que vit le monde actuellement en s’inspirant d’Avicenne.

Dans cet esprit, Ahmed Alami, professeur de philosophie et chercheur a braqué les lumières dans son intervention sur la situation où se trouvait Avicenne. Une situation politique particulière, instable, mais  qui était riche sur le plan culturel et scientifique. «La philosophie a été déjà placée et toutes les sciences ont été déjà pratiquées et appliquées. Avicenne était  né dans un contexte riche», a-t-il souligné. Car, à l’âge de 10 ans, il a appris le Coran, la langue. Par la suite, il apprenait la philosophie et  la logique  à l’âge de 12 ans.

A l’âge de 16 ans, il devenait  médecin et puis l’âge de 18 ans, il commençait  déjà à écrire des ouvrages sur la médecine. «Nous sommes devant une personnalité inclassable, une référence dans plusieurs sciences et disciplines. C’est un génie qu’il faudrait faire découvrir et redécouvrir aux gens d’aujourd’hui, notamment dans le contexte actuel»,  a commenté quant à lui Hassan Sahli, chercheur et professeur.

Certes, Avicenne est le visage de la modernité aujourd’hui et une personnalité qui rapproche entre le discours rationnel et le discours religieux.  Un penseur à redécouvrir!

Mohamed Nait Youssef

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