Les conséquences du Brexit sur la culture britannique…

«C’est une triste journée pour le monde des arts» a déclaré Marchall Marcus, secrétaire général de l’Orchestre des jeunes de l’Union européenne (EUYO) et europhile convaincu en évoquant le Brexit lui qui, dès le vote y afférent en Juin 2016, avait décidé de quitter Londres où il vivait depuis 1976 pour élire domicile en Italie en 2018 en compagnie d’autres musiciens au motif que «l’orchestre devait demeurer dans un pays membre de l’Union européenne».

Nombreux sont, en effet, ceux qui s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir le Brexit sur la Culture. Cécile Doustaly, spécialiste des politiques culturelles britanniques, considère qu’avec le Brexit, « la culture britannique pourrait s’appauvrir ». Ainsi, même si ses conséquences demeurent encore floues tant que les contours d’un accord n’ont pas encore été dessinés, le départ de l’EUYO vers l’Italie pour qu’il puisse prétendre aux subventions européennes met les musiciens britanniques au-devant du risque de ne plus pouvoir y jouer à l’avenir et le Royaume-Uni de se voir exclu de certains projets.

Considérant que le Brexit risque de compliquer l’organisation de tournées pour des musiciens habitués à voyager au sein de l’Europe, l’appréhension est très grande parmi les professionnels du milieu. Ainsi, comme le dira Andrew Ormston, professeur à l’Université d’Edimbourg et spécialiste des politiques culturelles, « au niveau administratif la vie des artistes va devenir plus compliquée du moment que les artistes sont internationaux et que les arts le sont aussi ». La liberté de circulation pourrait donc en prendre un grand coup. «Demain, il pourrait être nécessaire de se procurer des visas de travail, il pourrait y avoir des contrôles plus importants sur les instruments de musique pour vérifier qu’ils ne possèdent pas de matériaux interdits comme l’ivoire, par exemple (…) Les marchandises, donc les œuvres d’art ou instruments, pourront, désormais, être taxées» s’émeut Emmanuelle Saulnier-Cassat, professeure de droit de l’Union européenne à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines pour laquelle «le Royaume-Uni ne va pas pouvoir se substituer à l’Union européenne dans tous les domaines».

A noter, par ailleurs, qu’avec un budget annuel de 100 milliards de livres sterling, le poids des industries créatives dans l’économie britannique était en constante progression. Il représente, désormais, un emploi sur onze en Grande-Bretagne. Raison pour laquelle les professionnels du secteur n’ont pas cessé, ces deux dernières années, de rappeler au gouvernement de Londres qu’il lui appartient de préparer la transition vers le Brexit car un no-deal précipiterait, incontestablement vers la faillite, les petites structures du secteur dès lors qu’il priverait les groupes britanniques de la possibilité de tournées. Ceux-ci seront tenus, désormais, de solliciter l’obtention de visas ; ce qui les mettra au-devant de l’exigence de délais supplémentaires, donc de reports ou parfois même d’annulations de dates et, au final, d’un important manque à gagner pour tous ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir des sièges dans les capitales européennes.

De grands noms de la culture britannique s’étaient donc mobilisés contre le Brexit. Ainsi, de l’écrivain Jonathan Coe à Jarvis Cocker, l’icône de la brit-pop, en passant par le cinéaste Ken Loach, tous ont signé des tribunes, des pétitions, des appels afin de pousser le gouvernement de Londres à organiser la transition vers la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne mais rien n’y fit. Au même moment, le Brexit a pris sa place au cœur de plusieurs chansons écrites par ces jeunes pousses du rock anglais que sont Wolf Alice, Shame, The Idles ou encore Spector.

Dans un tel contexte, les dirigeants de Londres et de l’U.E. sont impérativement appelés à négocier, dans les meilleurs délais possibles, leurs relations à venir dans le secteur culturel et de conclure le deal à même de sauver la culture britannique de l’écueil où le Brexit risquerait de la conduire. Le feront-ils alors qu’il y a péril en la demeure ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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