Poème : Si j’étais de l’autre côté

Si j’étais de l’autre côté

De l’autre côté de la porte

Attendant que mon hôte sorte

Espérant sa bonté

Implorant sa générosité

Quémandant son hospitalité

M’ouvrirai-il sa porte

M’accueillant à bras ouverts

M’offrant le gîte et le couvert?

Ou s’enfermerai t-il à double tour

Me laissant lâchement aux vautours

Bien à l’abri dans son intérieur

Snobant orgueilleusement mon extérieur

Fier d’être confortablement chez lui

N’ayant cure de mes cris?

Si j’étais de l’autre côté

De l’autre côté des frontières

Rescapé de la guerre

Survivant de la misère

Espérant franchir les barrières

Pour une terre plus hospitalière

Serais-je reçu comme un frère

Avec chaleur et sourire

Tendresse et douceur?

Ou serais-je rejeté à la mer

Comme une vulgaire pourriture

Bon pour l’enfer?

Si j’étais de l’autre côté

De l’autre côté du trottoir

Ayant le pavé pour dortoir

La poubelle pour réfectoire

Et le square pour mouroir

N’habitant nulle part

Errant, vagabond, clochard

Le passant pressé, en retard

Donnerait-il un moment de sa vie

Pour traverser curieusement la rue

Venir voir fraternellement ma survie

Me tendre tendrement une main salvatrice

Généreuse, altruiste, bienfaitrice?

Ou passerait-il son chemin

Mine de rien

Vers son destin

M’abandonnant à la faim

Comme un chien?

Si j’étais de l’autre côté

De l’autre côté du mur

Souffrant le martyre

Dans une geôle obscure

Croupissant dans la moisissure

Rêvant de revoir la lumière

Avant de périr

L’autre , libre, hautain et fier

M’ouvrirait-il son cœur

Ses verrous, ses cadenas, ses serrures

Me laissera-t-il sortir

Devenir mon libérateur

Ne plus être mon tortionnaire

Cesserait-il de me punir

Acceptant mon repentir?

Ou me laisserait-il souffrir

Comme une bête blessée à mort

Se délectant de mes blessures

Se gavant de mes pleurs

Se réjouissant de ma peur

Jusqu’à ce que je meure?

Si j’étais de l’autre côté

De l’autre côté des atrocités

Pourrais-je supporter

Endosser, patienter

Militer, lutter?

Ou me laisserais-je emporter

Par les crocs de la cruauté

Sans résister?

Dieu merci

Je ne suis pas de l’autre côté!

La sécurité, la prospérité

Le confort, la sérénité

Sont-ils immortels

Indélébiles

Éternels?

Et si demain je me retrouvais

De l’autre côté du bonheur

Serais-je capable de survivre

Ou me laisserais-je mourir?

Mostafa Houmir

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