Pourquoi l’Afrique du Sud veut-elle quitter la C.P.I. ?

Même s’il ne s’agit point là d’une surprise, l’étonnement est de mise pour la justice internationale. L’Afrique du Sud qui avait adressé mercredi dernier une lettre à l’Organisation des Nations Unies l’informant de son désir de quitter la Cour Pénale Internationale a confirmé son souhait ce vendredi 21 Octobre et enclenché la procédure y afférente mais ce processus  risque d’être long car s’il repose sur la volonté manifeste du pays d’accroître son influence dans le continent africain en s’opposant fermement à l’ingérence des puissances étrangères, notamment européennes et américaines et à leur politique de «deux poids, deux mesures», il se heurte, également, au rejet exprimé par le principal parti d’opposition ainsi que par un grand nombre d’organisations de la société civile sud-africaine.

Et si cette décision marque, néanmoins, un rapprochement évident avec ces grandes puissances que sont la Chine et la Russie et un rééquilibrage global face à la domination occidentale, il ne faut pas oublier que le Président sud-africain Jacob Zuma avait déjà critiqué le fait que la Cour Pénale Internationale s’était abstenue de poursuivre les Etats-Unis lorsqu’ils décidèrent d’attaquer l’Irak sans produire de preuves quant à l’existence d’armes de destruction massive ou encore Israël  pour le massacre des Palestiniens mais qu’elle s’acharne, néanmoins, à diligenter dix enquêtes dans neuf pays dont huit se trouvent en Afrique.

Il est à noter, également, que l’Afrique du Sud avait déjà manifesté en Juin 2015 son désir de sortir du Traité de Rome lorsqu’en outrepassant une décision émanant d’un tribunal sud-africain, les autorités du pays s’étaient abstenues d’arrêter le Président soudanais Omar El Béchir venu assister au sommet de l’Union Africaine qui se tenait à Johannesburg bien que  recherché par la CPI pour «génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Darfour» au motif que ladite Cour avait entravé «l’aptitude de l’Afrique du Sud à honorer ses obligations en matière de respect de l’immunité diplomatique».

D’ailleurs, lors d’un point de presse donné ce vendredi, le Ministre Sud-Africain de la Justice Michael Masutha a déclaré que la Cour Internationale de Justice « préfère, de toute évidence, viser des dirigeants en Afrique et exclure les autres qui sont connus pour avoir commis des atrocités ailleurs».

Mais si, à ce jour, aucun pays n’a encore quitté la CPI, instance judiciaire internationale chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, le hasard du calendrier a voulu que cette fois-ci la décision de l’Afrique du Sud intervienne trois jours après que le Président du Burundi, accusé de graves violations des droits humains, ait promulgué une loi dénonçant le Traité de Rome ayant présidé à la fondation de ladite Cour.

Et si l’Afrique du Sud a toujours prôné la défense des droits humains, elle a aussi toujours condamné, au nom de la souveraineté de chaque Etat, l’ingérence des puissances occidentales dans les affaires de pays souverains comme l’avait fait la France en 2010 en Côte d’Ivoire et en 2011 en Libye. Il n’en demeure pas moins vrai, néanmoins, que les différents Présidents qui se sont succédé à la tête de l’Afrique du Sud ont toujours fermé les yeux sur la répression exercée par leur voisin Zimbabwéen Robert Mugabe qui a muselé toute opposition et toute velléité de soulèvement dans son pays.

Ainsi, la décision de Prétoria se heurte à une très forte opposition de la part de la société civile et de l’Alliance Démocratique, principal parti d’opposition, qui entend saisir la justice pour obtenir l’annulation d’une décision jugée « anticonstitutionnelle».

Enfin, si l’on en croit, le juge Jo-Ansie van Wyk, spécialiste de la politique étrangère de l’Afrique du Sud à l’Université de Prétoria : «En faisant ce choix du retrait de la CPI, l’Afrique du Sud donne des gages à des puissances dont elle se rapproche depuis quelques années, comme la Russie et la Chine, mais elle risque, en même temps, de légitimer cette culture d’impunité à l’encontre de Chefs d’Etat qui n’ont cure de leurs populations».

Nabil El Bousaadi

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