Pouvoir et opposition revendiquent la victoire…

 Présidentielles en Ouganda

A Kampala, ce vendredi était une journée particulière. Le trafic automobile y était très réduit et les commerces fermés. Seules quelques patrouilles de soldats et de policiers étaient disséminées dans les artères de la ville à l’effet de prévenir tout débordement auquel pourrait donner lieu la proclamation, par la Commission électorale nationale, des premiers résultats partiels de l’élection présidentielle tenue la veille.

A l’issue de ce scrutin et à en croire la Commission nationale électorale, la victoire serait donc revenue au président sortant Yoweri Museveni qui aurait recueilli 63,92 % des voix alors que son principal opposant, l’ancien chanteur de Reggae Bobi Wine, n’aurait obtenu, quant à lui, que 28,36% des suffrages exprimés. Mais même si les résultats proclamés ce vendredi et à l’issue desquels Patrick Almuriat, un autre candidat de l’opposition n’aurait recueilli que 3,55% des voix, alors qu’aucun des huit autres candidats en lice ne serait parvenu à dépasser le seuil de 1%, ne concernent que 29,44% des bureaux de vote soit 10.212 sur un total de 34.600, Simon Baybakama, le président de la Commission électorale nationale a estimé que l’élection de ce jeudi s’est «généralement déroulée dans le calme dans tout le pays»; des propos confirmés par Fred Enanga, le porte-parole de la Police.

Mais, tout en reconnaissant, par ailleurs, que la campagne électorale avait été émaillée d’émeutes et d’arrestations et endeuillée par plusieurs dizaines de morts, un diplomate installé à Kampala, a déclaré, ce vendredi, à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que s’il est vrai que quelques violences isolées avaient eu lieu çà et là tout comme de nombreuses irrégularités, aucun signe de manipulation massive du vote n’aurait été constaté.

Or, comme il fallait s’y attendre, ces résultats ont été rejetés en bloc par Bobi Wine lors d’une conférence de presse donnée ce vendredi à Kampala. « M. Museveni essaie de faire croire qu’il est en tête… Quelle blague ! ». Telles furent les propos du principal candidat de l’opposition qui, désormais, fait beaucoup d’ombre au vieux président alors même que ce dernier avait revendiqué, la veille, la victoire auxdites élections.

L’ancien chanteur de reggae qui impute au président Yoweri Museveni, bien décidé à effectuer un sixième mandat, les «irrégularités» que «son régime sanguinaire» a commises «pour préparer le pire trucage jamais connu par le pays » et qui ne s’est pas empêché, par ailleurs, de dénoncer « une véritable mascarade» a appelé, à ce titre, la Commission électorale à «annoncer la volonté du peuple».

Réagissant à cette dénonciation qui, à ses yeux, ne reposerait sur rien, la Commission électorale a, alors, invité le chanteur et idole des jeunes ougandais à «démontrer au pays de quelle manière et de quelle façon les résultats ont été truqués». En réponse, ce dernier qui a affirmé  avoir reçu des «milliers de rapports d’irrégularités » et autant de « bulletins pré-remplis», a déclaré que, dans certains districts, les urnes étaient «ouvertes et bourrées» et promis, enfin, que dès que le réseau Internet sera rétabli, il partagera toutes ces «irrégularités» avec ses concitoyens.

Mais si le scrutin de ce jeudi en Ouganda s’est déroulé dans un contexte très particulier marqué notamment par la coupure du réseau Internet, la Commission électorale nationale dispose, en principe, de quarante-huit heures pour annoncer les résultats définitifs. Or ceux-ci ne sont pas attendus uniquement par les ougandais mais également par  la communauté internationale et, en particulier, par tous les pays voisins dont les dirigeants, de l’avis d’Onesphore Sematiumba, chercheur à l’«International Crisis Group», «doivent certainement se poser des questions par rapport à cet ovni politique qu’est Bobi Wine qui, s’il créait la surprise, rebattrait un peu plus les cartes.

Cela serait un sujet d’espoir et même de joie pour la jeunesse de la sous-région alors que la réélection du vieux président Museveni sonnerait le glas des espoirs de tous ces jeunes Ougandais ». De quoi demain sera-t-il fait dans ce pays où les moins de 30 ans qui forment la majorité de la population et qui ont les yeux rivés ailleurs rêvent de l’amour, du bien-être et de la paix véhiculés par les chansons de Bobi Wine ? Attendons, pour voir…

Nabil El Bousaadi

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