Quand la rentrée scolaire provoque une montée d’angoisse sourde

La rentrée scolaire est toujours un moment phare très attendu. Cartables, cahiers, stylos, tenues de sport… une chasse aux «fournitures» démarre et des journées de bousculades en perspective.

Fin des vacances et de l’été, comme si l’on s’éloignait des cieux plus cléments et des moments privilégiés de détente pour s’enfoncer vers des moments d’angoisse pure. Ainsi la rentrée scolaire peut être perçue comme un nouveau départ ou, au contraire, comme un tournant plutôt stressant et angoissant de l’année.

A l’approche de l’habituel coup de cloche, de nombreux enfants et leurs parents sentent le stress les envahir. Boule au ventre, insomnie, crise d’angoisse… Ces symptômes de peur, qui peuvent paraître disproportionnés, prennent parfois possession des écoliers, mais aussi de leurs parents soucieux de veiller à leur bien-être. «Je suis inquiète mais en même temps excitée de rencontrer mes nouveaux camarades de classe», lâche Islam, une jeune écolière qui vient de changer cette année de collège.

“Mes anciens camarades me manquent mais je n’ai pas le choix, je dois m’en faire de nouveaux”, ajoute-t-elle, déchainée. “Mon enfant de 8 ans n’a toujours pas cette envie d’aller à l’école le 1er jour de la rentrée, c’est pourquoi j’essaye au début de lui poser des questions pour connaître les causes, question de le rassurer”, affirme une jeune maman de 31 ans, soucieuse de soigner l’éducation de son fils.

Toutefois, il ne faut pas prendre un tel épisode à la légère si ce sentiment est accompagné de symptômes physiques (maux de ventre, nausées, maux de tête…) ou si l’élève semble anxieux ou déprimé. Il cherche peut-être à fuir une situation angoissante, met en garde la psychologue Ghita Filal.

Le cas de cette lycéenne de 17 ans : “l’année dernière, j’ai perdu ma mère et cela m’a beaucoup touché”, confie-t-elle à la MAP avec un brin de tristesse et un regard embué. Les parents ne sont pas non plus épargnés du stress de la rentrée scolaire, à cause d’une multitude d’inquiétudes qui engendre des questions auxquelles des réponses concrètes ne peuvent pas toujours être apportées.

“C’est une liste interminable de dépenses et charges scolaires à prévoir chaque année : fournitures scolaires, frais d’inscription, de réinscription, d’assurance, d’alimentation…», lance un quadragénaire, père de 3 enfants.  “Ce n’est pas toujours évident de pouvoir tout couvrir, mon salaire ne le permet pas, et je me trouve dans l’obligation de chercher des solutions”, ajoute-t-il sur un ton courroucé. Même l’enseignant n’échappe pas à cette montée d’angoisse sourde de la rentrée scolaire.

“En tant que professeur, je ressens un stress au début comme à la fin de chaque année scolaire, dû principalement, à mon sens, au choix d’un bon planning d’apprentissage et lié aux résultats des étudiants”, indique Siham Ikhmim, une enseignante agrégée qui débute une nouvelle année scolaire aux classes préparatoires.

“Les classes prépa contiennent un programme très chargé à transmettre aux étudiants, sachant que le début de l’année s’annonce bien difficile pour eux qui doivent viser l’excellence, et ma mission est de créer le climat nécessaire et de préserver cet équilibre de stress qui leur permet d’atteindre leur objectif”, poursuit Mme Ikhmim. Par ailleurs, cette angoisse de la rentrée scolaire est tout à fait normale et est synonyme de changement, qui s’accompagne d’une dose d’angoisse plus ou moins forte (pour les enfants comme pour les adultes), en fonction de chaque personnalité, du vécu de chacun, du degré de confiance en ses propres ressources pour faire face au changement, explique à la MAP, Ghita Filal, psychologue et co-auteur du livre «Stressé ? Sors ton Joker ! ou la pleine conscience de notre génie intérieur» (co-écrit avec Souad Filal, aux Editions De Boeck).

Pour cette spécialiste, l’origine de l’angoisse scolaire réside surtout dans la séparation avec les parents et le milieu sécurisant lors de la toute première rentrée scolaire à la crèche et les facteurs qui amplifient, plus tard, sont la peur de ne pas se faire d’amis, de ne pas être assez estimé par les professeurs, de ne pas avoir de bonnes notes, de ne pas être à la hauteur des exigences…

“Pour y remédier, il faut incarner tout d’abord une attitude rassurante et confiante envers son enfant. Ainsi, il faut prendre de la distance par rapport à son propre vécu de la scolarité et de veiller à valoriser régulièrement les qualités, les capacités et les ressources de nos enfants qu’on appelle dans notre concept les Jokers car ce sont des cartes gagnantes, des alliés, pour mieux vivre le quotidien et ses challenges”, conclut la psychologue.

Zakaria Belabbes (MAP)

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