Santé et Ramadan: prendre l’avis de son médecin traitant

Le mois sacré de Ramadan a débuté. Autant dire que nous allons jeûner pendant les fortes chaleurs de l’été qui s’annonce torride selon les prévisions de notre  météo. Synonyme de prières, de dévotion, de bonté, le jeûne est aussi synonyme d’abstinence et de privations où on ne doit ni boire ni manger du lever au coucher du soleil. Si pour les individus en bonne santé, la pratique du jeûne de Ramadan pendant cette période de chaleur ne pose pas de problèmes, il en va autrement pour les malades diabétiques, les hypertendus, les asthmatiques, les insuffisants rénaux, les personnes âgées…, qui malgré tous les conseils tiennent à faire le jeûne, ne prenant pas conscience des réels dangers auxquels ils exposent leur santé, des risques qui peuvent être parfois fatales. Conseils pour que le jeûne se passe dans les meilleures conditions.

Si un diabétique décide de jeûner et ce, malgré sa maladie, celui- ci doit demander l’avis éclairé de son médecin. De nombreux malades diabétiques n’en font qu’à leur tête, n’écoutent pas les recommandations de leur médecin traitant, et font le jeûne. C’est ainsi que les urgences des différents hôpitaux enregistrent de nombreuses admissions de malades diabétiques qui arrivent dans des tableaux d’hypoglycémies sévères, qui parfois mettent en jeu le pronostic vital de ces malades.

Une étude menée entre Mars et Mai 2011 chez 950 patients (âgés entre 18 et 75 ans, dont 56% d’hommes et 44% de femmes) et qui a été réalisée grâce à la participation de 425 médecins  dont 53% d’endocrinologues, 12% de médecins généralistes, 16% de médecins – internistes, 3% cardiologues  et 16 % de médecins spécialisés dans le diabète, a montré que près des 3/4 des malades ne sont pas conscients que certains médicaments pour le diabète peuvent causer une hypoglycémie.

Certains patients confondent les symptômes d’hypoglycémie et ceux de l’hyperglycémie. Environ 1/3 des patients ne parlent pas de leur hypoglycémie à leur médecin, 44% des médecins pensent que leurs patients n’évoquent pas avec eux leurs épisodes d’hypoglycémie.

Il est évident que le jeûne du mois de Ramadan au cours duquel nos habitudes alimentaires sont modifiées peut avoir des conséquences sur notre organisme à des degrés variables, mais ces modifications peuvent entraîner des complications chez les personnes diabétiques de type 2, telles que l’hypoglycémie (faible taux de sucre dans le sang), l’hyperglycémie (fort taux de sucre dans le sang), l’acidocétose diabétique, la thrombose et la déshydratation. De plus, les patients sous médicaments qui décident de décaler la prise du traitement sont susceptibles d’être confrontés à des cas d’hypoglycémie causant des vertiges, des pertes de conscience ou la transpiration et doivent être pris en charge d’urgence.

On parle d’hypoglycémie quand la glycémie (taux de sucre dans le sang) est trop faible par rapport aux besoins de l’organisme, c’est à dire en général quand la glycémie est en dessous de 4.4 mmol/l (0.8 g/l).

Personnes Agées et Ramadan

Si rien ne s’oppose à ce qu’une personne âgée en bonne et parfaite santé puisse pratiquer le jeûne durant le mois de Ramadan, il en est autrement des personnes âgées de 70 ans et plus, celles qui de surcroît sont fragilisées surtout par les fortes chaleurs.

Si les températures durant ce mois de Juin se situent entre 35 et 45 °, surtout au niveau de certaines régions, il ne fait aucun doute que la situation deviendra infernale pour ces personnes âgées qui tiennent à tout prix à jeûner, même si  la grande majorité souffre surtout de soif.

Le problème qui se pose assez souvent, c’est la position de ces personnes âgées qui refusent tout conseil médical ou familial qui vise à les dispenser et qui tiennent absolument à faire le jeûne même au détriment de leur santé.

Une personne âgée (plus de 65 ans) fragilisée par le poids des ans a besoin de boire plusieurs fois dans la journée surtout en période de fortes chaleurs. Le manque d’apport d’eau durant la journée peut engendrer la déshydratation chez ces personnes qui dans bien des cas présentent des troubles de plusieurs organes qui nécessitent des prises de médicament à heures régulières.

Mais l’inadaptation des prises médicamenteuses avec le rythme du mois de Ramadan mène dans la majorité des cas, ces sujets âgés à consulter les services d’urgences, des différents hôpitaux, dans un tableau de déshydratation et de dénutrition et peuvent être victimes de complications certaines, et parfois malheureusement, la mort si le patient n’est pas traité rapidement.

Que dit l’Islam?

Ne pas jeûner pour certains malades diabétiques équivaut à une sorte  de reniement de sa foi, de sa religion et par conséquent se sentir exclus par ses proches, ses amis, l’entourage, sans parler des ragots et autres commérages. L’islam ne dit pas ça, l’islam c’est la religion de la tolérance, du pardon, de la facilitation.

Quand le jeûne risque d’altérer significativement la santé ou lorsque on est déjà malade, l’Islam exempte tout simplement celle ou celui qui se trouve dans l’incapacité de jeûner: “Allah cherche à vous faciliter l’accomplissement de la règle, il ne cherche pas à vous la rendre difficile”, Sourate Al Baqara, Verset 185.

Le coran est clair au sujet des personnes malades et de celles dont les capacités physiques ne peuvent pas leur permettre de jeûner. Tous les ulémas sont unanimes pour dire que dès lors qu’une personne est malade, ou présentant une faiblesse manifeste pouvant mettre en jeu sa vie, celle-ci est exempte. C’est pour toutes ces raisons, mais aussi à cause des conséquences néfastes qui peuvent en découler  et où le pronostic vital peut être engagé pour certains diabétiques, qu’aujourd’hui nombreux sont les praticiens spécialistes de la maladie diabétique, qui au lieu d’interdire le jeun à leurs patients diabétiques préfèrent les accompagner tout au long de ce mois.

Abdelaziz Ouardirhi

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