«La société civile et la classe politique doivent militer agir»

Al Bayane : Le théâtre marocain est-il en bonne santé ?

Bouhcine Massoud : Le retard de la formation du gouvernement, le fait de fusionner le ministère de la Culture et celui de la Communication en un seul ministère, ainsi que le nombre de décisions et procédures qui ont été prises dans l’ancien gouvernement, et que l’administration n’a pas pu suivre, ainsi que le vote sur le budget ont créé ce retard. En effet, toutes ces conditions ont eu un grand impact sur le théâtre marocain.

Aujourd’hui, parvenus à la fin de l’année, il faut que ce problème soit résolu dans les meilleurs délais sinon il y aura un impact négatif sur la prochaine saison théâtrale, notamment en ce qui concerne la deuxième session. Aujourd’hui, il y a un déblocage dans les cotisations financières. Mais, il faut que la deuxième saison soit débloquée pour que le théâtre marocain revienne à son état normal. En outre, on a présenté un mémorandum au ministre actuel, mais nous attendons que le théâtre revienne à son état normal pour que nous puissions avancer et passer à autre chose.

Les hommes et femmes de théâtre ont manifesté dernièrement leur mécontentement vis-à-vis de ce retard de paiement des subventions. Un sentiment de déception a dominé le milieu théâtral.

Le théâtre est un domaine fragile. Plusieurs personnes vivent de ce domaine. Le problème a une nature technique relatif aux problèmes que j’ai déjà cités. Ce qui est dangereux, c’est que ce sentiment de déception touche la volonté, l’âme des gens et la dynamique initiée depuis des années. Le social a un impact sur le côté créatif. Le public est habitué à une dynamique artistique. Il ne peut avaler des problèmes proprement techniques et administratifs. Il y a un grand travail qui doit être accompli, notamment la mise en œuvre des articles de la loi de l’artiste, l’organisation et la professionnalisation du domaine… Notre regard est projeté vers 2018.

Peut-on dire que cette question de subventions est une phase transitoire ? Peut-on aspirer à un théâtre en dehors des subventions, surtout que de nos jours, on parle davantage d’économie et d’industrie culturelles?

Il y a ce que nous appelons l’exception culturelle. L’art n’est pas un domaine proprement économique. Il y a certes ce côté économique avec les industries culturelles, mais aussi l’encouragement de l’Etat parce que c’est un domaine d’économie à risque. La subvention est présente un peu partout, dans des pays où la culture a des retombées économiques importantes sur le PIB, la France en l’occurrence.  La subvention dans la culture est indispensable, notamment dans le domaine du théâtre. On peut parler aujourd’hui de retombées culturelles qui assureront une offre culturelle pour les maisons de culture. C’est une subvention à l’accès à la culture du public et dont l’artiste n’est qu’un médiateur. Il faut que la société civile et la classe politique militent pour que le domaine artistique se développe. Le théâtre marocain se développe, mais il est indépendant des volontés des individus. On essaie de faire de cette volonté, une volonté institutionnelle et juridique.

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