La terre est en perpétuel état de guerre

Le commerce des armes qui est l’un des plus florissants au monde a nécessité en 2015 quelques 1.676 milliards de dollars compte non tenu des sommes engrangées par le trafic d’armes. C’est dire qu’il s’agit là d’un négoce réellement juteux dont les premiers bénéficiaires – donc  les plus importants vendeurs d’armes – sont principalement les Etats qui siègent en permanence au Conseil de Sécurité des Nations-Unies ; à savoir, les Etats-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni, la Chine et qui, paradoxalement, semblent n’avoir pas grand intérêt à voir la paix s’installer durablement dans le monde.

Et le comble, c’est que pour exporter des armes ils sont tenus, également, d’exporter, autant que possible, des conflits alors que ce sont leurs troupes qui, sur le terrain et sous la bannière de l’ONU, sont généralement appelées à veiller au maintien de la paix afin d’entretenir dans l’esprit des peuples un semblant de cohérence dans un monde où l’hypocrisie tient le haut du pavé.

Et si les guerres dites « conventionnelles » sont supposées être suivies de très près par la Communauté internationale et que les Etats «déclencheurs» sont soumis à toutes sortes de punitions et d’embargos, il n’en va pas de même lorsque l’ennemi n’a pas de visage ou qu’il en a plusieurs. Et c’est justement ce qui se passe avec ces organisations terroristes qui bien que surgissant de nulle part agissent partout dans le monde.

Pour avoir une idée du drame dans lequel sont empêtrées les populations dans de nombreuses régions du globe, intéressons-nous quelque peu à ce que font ces organisations terroristes qui, par un curieux hasard et bien que portant des appellations diverses, se rejoignent presque toutes – à une ou deux exceptions près – sous l’étendard d’une seule religion et distillent une idéologie qui attire encore la jeunesse même quand celle-ci se trouve bien loin de ces zones de conflits que sont essentiellement la Syrie, l’Irak, le Sahel, le Yemen, l’Afghanistan, le Soudan du Sud ou encore la République Démocratique du Congo entre autres….

En Syrie :

La guerre qui se poursuit en Syrie depuis plus de six années a fait plus de 500.000 tués et quelques 12 millions de déplacés. Pendant ce temps,  le président Bachar Al-Assad qui conserve encore le pouvoir dans un pays entièrement dévasté se trouve toujours dans l’incapacité de mettre fin au conflit malgré le soutien apporté par ses alliés avec à leur tête la Russie et l’Iran. D’ailleurs, en voulant paralyser une opposition non-jihadiste profondément divisée, le président syrien n’avait contribué qu’à renforcer ces groupes islamiques radicaux  présents dans la région que sont l’Etat islamique et Jabhat Fath Al-Sham (ancien Front Al-Nosra).

Il y a lieu de rappeler, au passage, que  la reconquête d’Alep et notamment de sa partie Est, par le régime syrien en décembre dernier,  n’avait pu être obtenue que grâce au siège de la ville et au bombardement intensif de sa population civile. Et, si, par ailleurs, les diplomaties occidentales ont été promptes à exprimer leur horreur et leur indignation, force est de reconnaître, cependant, qu’elles n’ont pu apporter  aucune réponse tant et si bien que l’évacuation des civils et des rebelles n’a pu avoir lieu qu’après qu’un accord de cessez-le-feu ait été signé à la fin du mois de Décembre dernier par  la Russie, la Turquie et l’Iran et sans même que les Etats-Unis et les Nations-Unies ne soient ni invités ni consultés. Or, cet accord s’est désagrégé dès lors que le régime a poursuivi son offensive militaire sur la périphérie de la capitale.

En Irak :

En Irak, la guerre contre l’Etat islamique qui s’était nourrie des frustrations sunnites a affaibli l’Etat en ce sens qu’elle a transformé les formations politiques kurdes et chiites en troupes paramilitaires et en factions rivales soutenues par les puissances de la région et poussées à se disputer les ressources du pays. Or, pour ne point aggraver la situation, Baghdad et le gouvernement régional du Kurdistan ont tous les deux besoin d’aide pour pouvoir exercer une réelle pression sur les groupes para-militaires.

Soutenues par une coalition internationale sous commandement américain, les forces irakiennes ont proclamé en décembre dernier la victoire contre l’Organisation de l’Etat islamique qui s’était emparé en 2014 de plusieurs villes d’Irak allant jusqu’à menacer l’existence même du pays.

Mais après trois années d’une guerre dévastatrice les dégâts ont été considérables ; ce qui a poussé le Secrétaire Général a appelé la communauté internationale à «soutenir les efforts» de reconstruction du pays. C’est dans ce cadre que le 14 Février dernier les alliés de l’Irak ont décidé d’allouer, dans une première phase, une enveloppe de 30 milliards de dollars à la reconstruction du pays même si les besoins réels ont été estimés par Baghdad à près de 88 milliards de dollars.

Au Sahel :

Au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad, un territoire où sévit une extrême pauvreté où les frontières sont quasiment inexistantes tout comme le pouvoir des gouvernements de la région, jihadistes, groupes armés et réseaux criminels ont poussé à l’exode plus de 4 millions de personnes.

Ainsi, en 2016, les jihadistes stationnés au centre du Sahel ont mené des attaques sans merci dans la partie Ouest du Niger, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Mais qu’ils agissent sous l’étendard d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), d’Al Mourabitoun, de Boko Haram ou sous la couverture de l’Etat islamique, ces groupes restent très actifs dans cette région. A ceux-ci s’est jointe la Coordination des Mouvements de l’Azawad qui a permis à la violence terroriste de s’étendre jusqu’au centre du Mali.

Et, si à la fin de décembre dernier, le président nigérian avait annoncé «l’écrasement final des terroristes de BokoHaram dans leur dernière enclave» située dans la forêt de Sambisa, ce groupe terroriste est toujours là, prêt à bondir quand il le jugera nécessaire.

Mais il y a lieu de noter, également, que lorsque l’attention internationale s’était concentrée sur l’enlèvement et le viol, par ce dernier, de femmes et de jeunes filles, des femmes avaient rejoint le mouvement de leur propre chef pour y chercher des opportunités économiques et sociales car la réaction des armées régulières et l’absence totale d’assistance aux populations qui se sont trouvé à la merci des tirs nourris des deux parties ont inéluctablement aggravé la situation. Aussi, si les gouvernements de la région ne mettent pas un terme au désastre humanitaire qui se déroule dans la région en s’investissant dans le développement économique et en renforçant la gouvernance locale de manière à ne point permettre à de nouveaux groupes extrémistes d’émerger, ils vont se couper des communautés présentes sur les lieux et semer les graines d’une future rébellion.

Au Yémen :

Ayant pour origine un conflit tribal et confessionnel interne, la guerre au Yémen, un pays majoritairement sunnite, revêt désormais un caractère régional puisqu’elle implique deux puissances voisines ; à savoir l’Arabie Saoudite et l’Iran.

Tout avait commencé en 2004 avec la rébellion dite des chiites de Saada. Ainsi, dans le gouvernorat de Saada, localité frontalière avec l’Arabie Saoudite, les chiites Zaydites étaient entrés en conflit avec le pouvoir central de Sanaa auquel ils reprochent de les avoir écartés de la vie politique et économique du pays. Lors des manifestations qui éclatèrent dans le gouvernorat  la police gouvernementale avait tué des dizaines de contestataires et arrêté des centaines. Parmi les morts figurait le meneur de la contestation un certain Hussein Badreddine Al-Houti tombé sous les balles de la police en Septembre 2004. Ce dernier va donner son nom aux rebelles qui se prénomment «houtistes» depuis lors et sa mort va constituer un tournant dans l’escalade de la violence.

La contestation gagne alors du terrain principalement le long de la frontière avec le voisin Saoudien. Le face-à-face avec l’armée de Ryadh fera plusieurs morts des deux côtés. Soupçonnant l’Iran de leur fournir des armes, l’Arabie Saoudite se verra alors contrainte d’effectuer ses premières frappes aériennes.

Mais avec l’éclatement du printemps arabe en Tunisie et en Egypte, le Yémen connait une série de manifestations organisées par des étudiants auxquelles se joindront  rapidement les rebelles houtistes.

Ces manifestations qui ne s’arrêtent pas à la suite de la décision du président Ali Abdallah Salah d’organiser des élections et de réviser la Constitution vont donner lieu à une répression sanglante à la suite de laquelle les Etats-Unis et quelques pays du Golfe vont négocier le départ du président Ali Abdallah Saleh. Ce dernier cèdera le pouvoir dans le cadre d’un accord de transition à son vice-président Abd-Rabbou Mansour Hadi et ce dernier  remportera  haut la main les élections organisées dans la foulée.

En mars 2015, il sera contraint à fuir Aden où il s’était réfugié après le siège présidentiel de Sanaâ par les rebelles houtistes et à se rendre en Arabie Saoudite.

Le président Saleh rejoindra alors les Houtistes avec l’espoir de reprendre le pouvoir dans un pays où règnent famine, chaos et désolation. Or, en espérant obtenir une levée du blocus imposé à son pays, l’ancien chef de l’Etat avait décidé, le 2 Décembre dernier, de se rapprocher de l’Arabie Saoudite. Mal lui en prit et cette « trahison » lui sera fatale puisque dès le surlendemain, 4 décembre, les militants houtistes feront circuler, sur les réseaux sociaux, une vidéo  montrant sa dépouille.

En Afghanistan

En Afghanistan, l’instabilité constitue une menace permanente à la paix et à la sécurité dans le monde puisqu’elle est toujours là plus de 15 années après que les forces de la coalition menée par les Etats-Unis à l’effet de détruire Al Qaïda aient chassé les Talibans du pouvoir. Or, aujourd’hui, ces derniers, via leur réseau Haqqani, semblent gagner du terrain et être derrière plusieurs attaques perpétrées dans diverses grandes villes du pays. D’un autre côté, l’Etat islamique a revendiqué plusieurs opérations ayant visé les chiites propageant ainsi des violences inter-religieuses à telle enseigne que  ces affrontements armés, qui ont fait un grand nombre de victimes civiles, ont atteint, l’année dernière, leur plus haut niveau depuis 2007, date à laquelle l’ONU avait commencé à les enregistrer.

Mais force est de constater, toutefois, que bien que cette guerre d’Afghanistan ait été plus longue de toutes celles qui ont été menées par les Etats-Unis, l’actuel locataire de la Maison Blanche semble ne point vouloir lui prêter trop d’attention. D’ailleurs, le choix par ce dernier du général en retraite Michael Flynn, ancien directeur du renseignement du Commandement des Opérations Spéciales en Irak et en Afghanistan,  comme conseiller à la sécurité nationale et la priorité que celui-ci entend réserver à la lutte «contre le terrorisme islamiste radical» risqueront d’avoir des implications inquiétantes aussi bien en Afghanistan qu’ailleurs alors qu’il aurait été plus judicieux pour les Etats-Unis d’opter pour une résolution négociée du conflit qui les oppose aux Talibans en acceptant de s’assoir autour d’une même table avec la Russie, le Pakistan et la Chine qui après avoir formé un groupe de travail sur l’Afghanistan entendent, désormais, mettre en place « une structure anti-terroriste régionale ».

Il y a lieu de signaler que les relations bilatérales entre l’Afghanistan et le Pakistan butent principalement à cause du soutien accordé par Islamabad aux Talibans et à d’autres groupes rebelles et que la tension entre les deux pays est montée d’un cran en automne dernier lorsque plusieurs milliers de réfugiés afghans au Pakistan avaient fait l’objet d’arrestations et de harcèlements. Enfin, cette crise des réfugiés afghans a été exacerbée lorsque l’U.E. a décidé de renvoyer en Afghanistan 80.000 demandeurs d’asile ; ce qui ne pourra que compliquer davantage la situation économique et sociale du pays.

Au Soudan du Sud

Situé au Nord-Est de l’Afrique, le Soudan du Sud est né le 9 Juillet 2011 après qu’à l’issue d’un référendum d’autodétermination organisé en Janvier 2011, 98,8% des Sud-Soudanais aient choisi de se séparer du Soudan. Ainsi naquit la République du Soudan du Sud, 54e Etat africain et 193ème membre de l’ONU. Le pays qui est également membre de l’Union Africaine, s’étend sur une superficie de 644.330 kilomètres carrés sur laquelle vivent 9,17 millions d’habitants et a pour capitale Juba.

Mais, alors que le Soudan du Sud, le plus jeune pays au monde est entré le 15 Décembre dernier dans sa cinquième année d’une guerre civile qui a fait près de 1,8 millions de déplacés, forcé à l’exil hors du pays près de 1,2 millions de personne et donné la mort à des dizaines de milliers, l’ONU a été contrainte de tirer la sonnette d’alarme et d’appeler tant les parties au conflit que la communauté internationale à agir pour qu’un terme soit mis à la situation humanitaire critique que traverse le pays.

C’est à ce titre que, dans un communiqué, Filippo Grandi, le Haut Commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) a déclaré qu’ « il faut exercer une pression sur les artisans de ce conflit meurtrier, qui a déraciné un tiers de la population du Soudan du Sud en quatre ans. Un nombre incalculable d’habitants ont été massacrés ou blessés. Une action urgente et concertée par les acteurs régionaux et internationaux est impérative, avant qu’il ne soit trop tard »

Mais, l’accord de paix qui avait été soutenu par l’ensemble de la communauté internationale a volé en éclat lorsqu’en Juillet 2016 des combats ont éclaté à Juba entre les forces gouvernementales et d’anciens rebelles ; ce qui avait donné l’occasion au Président Salva Kirr de renforcer ses positions dans la capitale et de se tenir prêt à entamer des discussions aussi bien avec des membres de l’opposition armée qu’avec des groupes ne faisant pas partie du gouvernement de transition. Néanmoins, même si des combats inter-ethniques perdurent, d’intenses efforts diplomatiques sont actuellement déployés pour mettre en place une force régionale de protection de quelques 4.000 hommes pour y faire face notamment depuis que l’UNMISS, la mission onusienne de maintien de la paix au Soudan du Sud, s’était trouvée dans l’incapacité de protéger la population civile lors des derniers affrontements qu’a connu la ville de Juba.

Disons pour terminer qu’une petite lueur d’espoir peut encore naître du rapprochement en cours entre le Soudan du Sud, l’Ouganda et le Soudan et contribuer, à la longue, à garantir la stabilité du pays.

Reconnaissons enfin que la mondialisation qui est bien là, fait que nous sommes tous connectés. Pour preuve, la guerre en Syrie et son lot de réfugiés a contribué au Brexit, a dominé les élections italiennes de dimanche dernier tout comme celles qui s’étaient déroulés auparavant aux Pays-Bas, en Autriche, en Pologne et en Hongrie aura inéluctablement des répercussions politiques et économiques profondes dans de nombreuses autres parties du monde. Et s’il est certain que quelques Etats seront tentés par un repli sur eux-mêmes, il n’en demeure pas moins vrai qu’il ne pourra pas y avoir de paix et de prospérité sans une gestion commune des affaires internationales mais, surtout, tant que les fabricants et les marchands d’armes seront seuls à décider, en coulisse, du devenir de l’Humanité.

Nabil El Bousaadi

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