Lamghari Miloud, le maître du violon !

Mohamed Nait Youssef

Il y a des voix incontournables, inclassables voire irremplaçables ayant marqué et influencé des générations de mélomanes et d’artistes. Celle de Lamghari Miloud en fait partie. Elégant, charismatique et chevronné,  le fils prodige de Tiflet a voué sa vie à la musique, à l’art, au verbe. Maître du violon, le chanteur a eu sa notoriété grâce à sa maîtrise parfaite de l’instrument et sa capacité de chanter en arabe et en amazigh.

Un don qui  n’est pas donné à tous les artistes de son époque. Il avait de l’art et de la manière. Cet artiste talentueux, né en 1954 à la ville de Tiflet, a entamé sa carrière professionnelle dans les années 80. La belle époque où le paysage artistique et musical connaissaient une véritable effervescence avec l’émergence des nouvelles voix et groupes musicaux, tous styles confondus.

Miloud aimait son art. Il en a fait certes son gagne-pain, mais aussi et surtout sa passion irriguant sa vie et son amour infini aux chants marocains. On  lui doit sans aucun doute ce travail artistique considérable sur la musique populaire et l’héritage poétique transmis de génération en génération. Incontestablement, il est l’un de ces gardiens fidèles qui ont œuvré pour la préservation de ce  patrimoine oral de la disparition. Un passeur hors pair ! C’est avec son ami alors Bouzaa Rifai, qu’il avait rencontré fin des années 60, que Lamghari a enregistré sa première cassette audio. Au fil des années, l’artiste a pu se faire une place au soleil de la création.

Un grand nomade !  Il avait animé des fêtes des mariages, des noces avec sa troupe dans les quatre coins du pays à Oujda, Rabat, Casablanca, Saidia, Tanger… Très exigeant, et connu par sa finesse, le chanteur choisissait soigneusement ses danseuses et ses voix qu’il accompagnait lors de ses soirées animées soit à la télévision ou encore dans les autres rendez-vous artistiques auxquels il participait.

En outre,  la poésie a eu une place de choix dans les paroles chantées, dont les thèmes braquent les lumières sur le vécu des gens, leur rapport avec  l’amour,  l’amitié, la vie et la mort. Sa voix rimait bien avec le rythme. Miloud Lmghari avait son propre style, unique.  Ainsi, ses rythmes et mélodies portant sa touche et sa signature parlent à ceux qui les écoutent. C’est toujours un plaisir d’écouter sa musique. Un vrai voyage !

D’ailleurs, c’est grâce à lui et   qu’ils ont inventé un nouveau rythme parfois accéléré et rythmé avec l’instrument du bendir alors qu’à l’époque, le bon nombre des troupes utilisaient l’instrument de percussion de la taârija. Une vraie école indépendante et riche dans la chanson chaâbie marocaine en regroupant une mosaïque de styles, à savoir Zaari, Zammouri, arabe et amazigh. D’où  la force de sa musique ayant  inspiré et marqué plusieurs artistes de son temps et même après qui ont développé ce style, entre autres le chanteur populaire, Abdelaziz Stati. Dans la région de Lgharb, disait Stati, Lamghari Miloud a beaucoup appris des maîtres de la chanson chaabie, dont Driss Ziti et Moumen Charki et bien d’autres.

Le violon et le jeu de Miloud sont très connus et appréciés par les oreilles. Ses fameux  titres, à savoir «Ayamna», «Galt liya Naatek», «Bent lbacha hammou», «Asmak Lah», «Allah allah moulana», «Bouya Leghlimi», «Lghaba», «dghisek asidi rebi joud ghifi», «Haydi Adrough», «ur digon thasanu» ont enrichi le répertoire musical national. Miloud a quitté le monde des vivants en 1993. Il est parti trop tôt. Il avait 39 ans.

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