Un an après l’abrogation du statut d’autonomie

Cachemire indien

Le 5 Août 2020 a marqué le premier anniversaire de l’abrogation, par le Premier ministre Narendra Modi, du statut d’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien qui était en vigueur depuis un demi-siècle. Cette abrogation avait entraîné la dissolution de «l’Etat du Jammu-et-Cachemire» et son remplacement par un «Territoire de l’Union» administré par un gouverneur nommé par New-Delhi et appuyé par une assemblée élue aux pouvoirs limités.

Pour rappel, le statut spécial qui était conféré au Jammu-et-Cachemire en vertu de l’article 370 de la Constitution indienne n’autorisait le gouvernement central de New Delhi à légiférer qu’en matière de défense, de relations internationales et de communications alors que tout le reste relevait des attributions d’une assemblée législative locale.

Or, cette abrogation ne s’est pas faite sans heurts puisqu’après une année particulièrement tumultueuse, quelques 8.000 opposants (chiffre communiqué par les autorités de New-Delhi et forcément bien en-deçà de la réalité) seraient toujours incarcérés, à titre «préventif», pour «éviter des troubles à l’ordre public».

Parmi ces derniers, on trouve Mehbooba Mufti, la cheffe du gouvernement sortant qui, après avoir dirigé, jusqu’en juin 2018, la coalition avec le Bharatiya Party, le parti nationaliste hindou au pouvoir à New Delhi, a été arrêtée en application des dispositions de la loi de «sécurité publique» permettant la détention «administrative» pour une période  pouvant atteindre deux années et sans qu’il soit besoin de l’approbation d’un juge, de toute personne considérée comme «pouvant agir contre la sécurité de l’Etat».

L’ancien ministre fédéral Saifuddin Soz a, également, été arrêté pour avoir manifesté son désaccord avec l’abrogation de l’autonomie de sa région.

En procédant à ces arrestations, le gouvernement de Narendra Modi a, non seulement, décapité toute l’élite politique locale qui était en faveur d’un dialogue avec New Delhi mais, également, empêché l’élection d’une nouvelle assemblée représentative.

En agissant ainsi, le pouvoir central ne se contente plus d’arrêter les «indépendantistes» qui  contestent leur rattachement à l’Inde mais « tous les opposants au BJP [le parti du Premier ministre] et à son projet idéologique » violant, par-là, leur liberté d’opinion ; ce qui fait dire à Ajai Sahni, le directeur de l’Institut de gestion des conflits de New Delhi (Institute for conflict management) que l’annulation du «processus démocratique» met les cachemiris au-devant de deux options : « Se taire ou prendre les armes ! ».

Par l’abrogation du statut d’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien, le gouvernement de New Delhi affirme avoir voulu « écarter les dynasties politiques corrompues » et apporter aux habitants de la région « la paix et le développement vécu dans le reste de l’Inde » et précise même, avec une certaine fierté, qu’à la suite de la révocation du statut initial du Jammu-et-Cachemire, les affrontements entre les « militants cachemiris » et le pouvoir central seraient en très forte baisse ces six derniers mois.

Mais comment pouvait-il en être autrement alors que le changement de statut de cette région qui compte 7 millions d’habitants s’est accompagné d’une coupure, pendant plusieurs semaines, des lignes de téléphones fixes et mobile et du réseau internet, d’une vaste opération sécuritaire menée par des dizaines de milliers de soldats envoyés renforcer le demi-million de militaires stationnés dans une zone qui était déjà l’une des plus militarisées au monde et, enfin, de la détention de près de 7.000 personnes dont trois anciens dirigeants de l’exécutif du Jammu-et-Cachemire et  l’assignation à résidence de centaines de cachemiris?

Disons, pour terminer, qu’à l’exception des critiques assez timides émises par la Malaisie, la Turquie ou encore par Michelle Bachelet, la Haute-Commissaire de l’ONU aux Droits humains, la répression qui s’exerce sur les populations du Cachemire indien est vue comme étant une question de «pure politique interne indienne» comme l’affirme New-Delhi qui, à ce titre, n’émeut pas grand monde. Omission, déni ou tripatouillages politiques? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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