Ismail Alaoui: «le drame palestinien se poursuit dans l’insouciance totale»

Encouragés par le mutisme complice et approbateur de la Communauté internationale et le soutien total et inconditionnel des Etats Unis  d’Amérique qui mettent à leur disposition armes, munitions, experts, soldats, pilotes et autres logistiques nécessaires, les sionistes ne se sentent  plus concernés par le Droit international et les résolutions des Nations unies en menant quotidiennement des attaques contre le peuple palestinien sans armes, tuant enfants, vieillards, femmes, jeunes et moins jeunes dans un scénario qui rappelle le sort subi par les peaux rouges et les Indiens d’Amérique que les armées Yankees suivaient jusque dans leurs «réserves» pour les exterminer, a affirmé lundi soir le Pr Ismail Alaoui, historien et géographe, lors d’une conférence, organisée à l’initiative de la Fondation Ali Yata dont il est président sous le thème :«des mythes et des crimes sionistes, des complots impérialistes aux drames palestiniens».

Comme tous ceux qui ont visité les territoires palestiniens, j’ai constaté de visu lors de mon dernier passage en Cisjordanie que ces territoires sont réduits en miettes et barricadés de part et d’autres pour laisser aux colonies juives de peuplement la liberté de se développer et de prospérer comme bon leur semble, a-t-il dit  devant une assistance d’intellectuels, de politiques et de militants avec à leur tête l’ancien chef de gouvernement et secrétaire général du parti de la Justice et du développement, Abdelilah Benkirane, le Secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme, Mohammed Nabil Benabdellah et plusieurs membres de la Fondation Ali Yata.

C’est pourquoi, il est devenu presque impossible de continuer de parler de deux Etats israélien et palestinien qui vivraient côte à côte, car les colons israéliens n’abandonneront jamais leurs colonies, a-t-il dit. Si Israël avait laissé tomber la bande de Gaza, c’est pour la transformer en une prison collective à ciel ouvert sans issue sur la mer, le ciel et la terre. Tout le monde est pris au  piège sans distinction aucune entre les enfants, les adultes, les animaux, sans eaux salubres, sans accès à l’éducation, à la santé, à l’habitat et sans perspectives sur l’avenir.

Selon Moulay Ismail Alaoui, qui suit le drame palestinien depuis son enfance (dès l’âge de 9 ans), il est peut-être «préférable» de voir Israël annexer purement et simplement tous les territoires palestiniens pour qu’il n’y ait plus de raison de douter sur l’orientation raciste et d’apartheid de l’entité sioniste dans la région. Ce qui devra aussi amener la communauté internationale à faire pression sur les sionistes pour faire bénéficier les Palestiniens de leurs droits les plus élémentaires, a-t-il expliqué.

Pour ce qui est de la troisième hypothèse dite de la transaction du siècle dont d’aucuns parlent, a-t-il dit, elle est encore floue et personne n’ose encore en parler. Selon une chaine de TV pro-israélienne, cette transaction devra porter sur la création d’une gigantesque zone industrielle entre la bande de Gaza et l’Egypte, qui sera financée à partir des impôts qui reviennent à l’autorité palestinienne et de fonds privés, a-t-il ajouté, estimant que ce n’est pas un tel projet qui devra résoudre le drame palestinien et permettre aux 6 millions de la diaspora palestinienne de retrouver leurs foyers et terres comme promis dans les résolutions onusiennes.

Car s’il y a quelqu’un qui a été bien chassé de sa terre natale, ce sont ces six millions de Palestiniens et non pas les Juifs qui développent les mensonges et manipulent l’histoire pour parler de la terre promise. C’est pour les Palestiniens que cette terre est promise et non pas pour les Juifs, nés ailleurs et qui sont d’origine différente. Des peuples entiers ont été judaïsés comme deux royaumes juifs au Yemen, et d’autres en Afrique et  en Europe et des peuples turcs, a-t-il dit, notant que l’histoire retient  que vers 580 Av J C, le roi babylonien Nabuchodonosor avait détruit Al Qods et déporté des familles de la ville dont des familles juives à Babylone où elles sont restées une vingtaine d’années seulement. Personne n’a jamais chassé les Juifs de la région, a-t-il fait savoir, ajoutant que les Juifs qui ont été recensés ailleurs sont des populations converties au judaïsme comme c’est le cas au Maroc.

L’histoire de «la terre promise» n’est donc qu’une leurre inventée de toute pièce pour justifier tout le plan d’occupation par les Juifs de cette terre palestinienne et la réalisation des objectifs que les puissances coloniales se sont fixées dans les accords de Sykes-Picot (1916), suivis par la funeste déclaration de Balfour (1917) ayant promis la création du foyer juif, selon Ismail Alaoui.

Pour étayer et expliquer ses propos, Moulay Ismail Alaoui affirme que le drame palestinien trouve son origine dans l’histoire coloniale et l’expansion coloniale au proche et Moyen Orient mais également en Afrique et en Asie.

Pour voir clair, il convient de s’arrêter sur le plan de division du monde en zones d’influence entre les puissances coloniales lors de la conférence de Berlin de 1878 et surtout sur le premier congrès sioniste, réuni à Bâle en Suisse, en 1897, qui se traduira par le lancement du mouvement  sioniste qui s’est lancé dans la recherche d’une terre pour la création d’un foyer juif. D’aucuns parlaient de l’Ouganda, de Madagascar ou de l’Argentine. Toutes ces hypothèses ont été ensuite abandonnées en choisissant la Palestine qui était sous mandat britannique. Le projet a été favorisé grâce à la victoire des alliés lors de la première guerre mondiale et à l’engagement  de la Grande Bretagne (déclaration de Balfour) d’aider à la création d’une entité sioniste qui serait au service des intérêts britanniques.

Arrivés sur les lieux, les Juifs porteurs d’idées sionistes n’ont trouvé aucune résistance. Outre les facilités de la puissance mandataire, ils ont organisé une véritable campagne d’acquisition des terres de la main des propriétaires terriens palestiniens, mais également libanais et syriens qui n’étaient pas conscients des dangers qui les guettaient et auxquels ils exposaient tout un pays.

Toutes les tentatives de résistance, en particulier des petits paysans qui vivaient de ces terres ont été réprimées par la puissance coloniale, puis par les mouvements sionistes qui traquaient les fils du pays pour les expulser une fois pour toutes.

C’est donc grâce à cette alliance entre colonialisme et impérialisme que le sionisme s’est implanté pour la durée dans la région du Proche et Moyen Orient, a-t-il expliqué, soulignant que sans impérialisme le sionisme ne pourrait guère s’épanouir dans cette région et réaliser toutes «les victoires» dans les guerres d’Israël contre ses voisins.

C’est ainsi que les Israéliens avaient remporté leur première guerre de 1948 contre les armées arabes (Irak, Syrie, Jordanie et Egypte), la deuxième guerre de 1956 grâce surtout à l’appui britannique et français, la troisième guerre de 1967 et en partie, la dernière guerre qui a permis à l’Egypte de récupérer le Sinaï et le canal de Suez, a indiqué Moulay Ismail, qui n’a pas manqué de rendre hommage à l’armée marocaine qui se battait vaillamment sur le front syrien, de l’aveu même des Syriens.

Le drame des Palestiniens trouve aussi son origine non seulement dans les implications directes de l’impérialisme américain mais également dans la démission et la connivence de bon nombre de dirigeants arabes qui ont de tout temps cherché à apprivoiser et à placer sous leur tutelle la lutte palestinienne, a-t-il ajouté, reprochant également aux Palestiniens leur incapacité de s’entendre et d’unir leurs forces et de mettre fin à leurs disputes intestines, qui n’en finissent pas.

Mettant à profit tous les moyens en leur possession, les sionistes n’ont cesse de répéter qu’ils étaient les victimes de l’Holocauste expliquant que l’Holocauste (aussi appelé Shoah) est la persécution et l’assassinat systématique de 6 millions de Juifs, organisé par l’État nazi et ses collaborateurs de 1933 à 1945. En plus de commettre le génocide des Juifs, les nazis ont commis le génocide des Roms et des Sinti.

Or si ces chiffres sont exacts, s’est interrogé Moulay Ismail Alaoui, l’ONU avait recensé avant même la deuxième guerre mondiale quelque 11 millions de Juifs dans le monde, chiffre qui n’a pas changé après cette guerre. Ces chiffres têtus interpellent le monde sur les véritables victimes de l’Holocauste. Ce sont surtout les Roms et les Sinti, mais également tous les politiques et les démocrates qui n’approuvent pas les nazis, a-t-il martelé.

Après avoir rendu hommage au leader Yasser Arafat pour avoir créé le mouvement Fatah et contribué à réunir toutes les factions palestiniennes sous le drapeau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), il a appelé les pays arabes à soutenir les Palestiniens dans leur lutte légitime pour le recouvrement de leurs droits dont celui de créer leur propre Etat indépendant et de mobiliser pour ce faire, toutes leurs potentialités loin de tous les calculs et divisions qui ne profitent qu’à l’entité sioniste.

Il a appelé aussi les Palestiniens et les intellectuels arabes et musulmans à s’approprier l’histoire véridique de la région pour ne plus laisser aux sionistes la liberté de falsifier et de manipuler les données historiques comme bon leur semble.

M’Barek Tafsi

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