Ahmed El Khichen, auteur autodidacte, transforme son salon de coiffure en librairie

Il y a quelque chose dans l’air de la ville du Détroit, Tanger! Quelque chose qui séduit, qui donne des ailes à la parole, l’âme créative. En effet, la Cité aux mille visages, histoires et savoures où les belles plumes ont trouvé un abri, une source d’inspiration inépuisable regorge encore de talents et de personnages aux destins singuliers.

Tanger, «la blanche»  était/est une muse, un refuge, une terre plurielle et épanouie sur les arts et les cultures pour les voix littéraires inclassables entre autres Alexandre Dumas, Tahar Ben Jelloun, Allen Ginsberg, William Burroughs, Truman Capote, Jack Kerouac, Antoine de Saint-Exupéry, Tennessee Williams, Paul Morand, Roland Barthes, Jean Genet, Paul Bowles et Joseph Kessel.

Dans la fameuse avenue Moussa Ben Noussair, à quelques pas d’ailleurs du fameux restaurant «au pain nu», un des espaces favoris de la figure emblématique de la ville et de la littérature marocaine, Mohamed Choukri, Ahmed El Khachen, 70 ans, a transformé son salon de coiffure en une véritable librairie où il vendait ses livres.

Passionné de la lecture et des littératures, Ahmed a fait de l’écriture son cheval de bataille pour confirmer son existence dans le monde. «Je suis orphelin ! J’ai passé mon enfance à la ville de Chefchaouen. Ainsi, quand j’avais 7 ans, j’accompagnais mes amis à l’école. Pendant qu’ils rentraient dans les classes, moi je restais ailleurs. J’étais victime de l’abandon scolaire, mais aussi des simples droits de l’enfant», nous confie Ahmed El Khachen.

Les conditions difficiles de la vie n’ont pas empêché Ahmed d’apprendre et de tirer des leçons de la grande école qui est la vie. «Quand j’étais petit, j’ai travaillé jusqu’à l’âge de 10 ans dans le textile à Chefchaouen. Ma vie n’a commencé à changer qu’à partir de mon départ à Ksar El Kébir où  je me suis inscrit à l’école à l’âge de 14 ans. Après avoir passé deux ans d’études, j’ai quitté les quatre murs de l’école pour exercer de nouveau le métier du coiffeur. Or, dans le temps, je lisais des magazines entre autres «Al Arabi» traitant plusieurs sujets dont la littérature, l’histoire, la philosophie. Je côtoyais également les étudiants et les professeurs qui m’ont apportés des choses intéressantes en matière de la langue, de l’écriture, de la poésie. Bref, je n’ai jamais rompu le lien avec la lecture et l’apprentissage», a-t-il dit.

Sur la surface de son salon, Ahmed a exposé ses publications aux passants avec une citation écrite en haut : «Essaie de lire, d’apprendre parce que la connaissance des choses est beaucoup mieux que de les ignorées».

Pour lui, le métier du coiffeur est une école. Il permet de rencontrer des gens de toutes les couches sociales et de tous les niveaux. Surtout les écrivains et poètes entres autres, Abdelkarim Tebal, Mohamed Benmimoun, Mohamed Zitane.

L’écriture…une confirmation de soi dans le monde

Pour Ahmed, l’écriture est uniquement un simple loisir, mais aussi un moyen pour révéler sa vision du monde et des choses. Un moyen, dit-il,  pour affirmer et confirmer son existence dans le monde.  «J’ai écrit 7 livres dont des romans et des recueils de nouvelles», a-t-il fait savoir. Ahmed édite ses livres à compte d’auteur dans un «marché» de livre entre vents et marées. «Je publiais mes livres à compte d’auteur et je les distribuais à ma manière», a-t-il affirmé.

Par ailleurs, c’est dans le quotidien des gens et de son vécu que l’auteur de «l’orphelin», «chez les gens» inspire ses histoires et les trames de ses écrits.  

«L’imaginaire et les petites histoires de mes livres sont puisés de la vie réelle.

Ce  sont en effet,  les vraies sources de mon inspiration !  En revanche, j’écris ce qui me passe par la tête, ce que j’observe dans mon vécu, dans mon entourage mais aussi, tout ce qui m’interpelle. Je donne ma voix à mes personnages !», a-t-il souligné. Et d’ajouter : «J’avais toujours un rêve : lire et écrire pour confirmer mon existence dans ce monde, pour dire à ceux qui me disent à un certain moment de ma vie que je suis «alphabète». J’écris, donc j’existe», conclut-il.

Mohamed Naît Youssef

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