Croatie: Zoran Milanovic élu président…

Après avoir créé la surprise deux semaines plus tôt et déjoué tous les pronostics en recueillant, au premier tour de l’élection présidentielle de Croatie, 29% des voix, devançant tant la présidente sortante Grabar-Kitarovic qui a obtenu 27% des suffrages exprimés que l’autoproclamé «candidat du peuple» le chanteur Miroslav Skoro qui n’a été soutenu que par 24% des électeurs, l’ancien premier ministre (2011-2016) Zoran Milanovic, 53 ans, candidat du Parti Social Démocrate (SPD), a remporté, ce dimanche et au second tour du scrutin, la première place en recueillant 52,7% des suffrages exprimés après avoir ardemment défendu, durant sa campagne électorale, une société égalitaire dotée d’une justice indépendante et de relations apaisées avec ses voisins – principalement la Serbie – et déclaré, au moment de mettre son bulletin dans l’urne, que le scrutin «n’était pas une bataille contre quelqu’un mais une tentative pour devenir un pays normal, honnête».

Ainsi, alors que leur pays assure, depuis le 1er Janvier dernier, la présidence tournante de l’Union européenne, les croates semblent avoir fait le bon choix, ce dimanche, en plaçant à la tête de la Croatie, un défenseur notoire de la cause communautaire malgré les appels du pied faits par la présidente sortante à la droite nationaliste.

Europhile convaincu, maîtrisant l’anglais, le français et le russe, Zoran Milanovic qui a axé sa campagne électorale sur le fait qu’il était un «président de caractère» – en en faisant même un slogan et, par la même occasion, un pied-de-nez à ses détracteurs qui le trouvent arrogant et impulsif – connaît très bien les arcanes des institutions européennes puisqu’il avait commencé sa carrière en 1990 au sein du ministère des Affaires étrangères avant d’intégrer les représentations croates de l’UE et de l’OTAN à Bruxelles.

Aussi, après avoir inlassablement répété que «la guerre était finie» et qu’il était temps pour la Croatie de «lutter pour sa place en Europe», le président-élu a, dès la proclamation des résultats, célébré cette Europe «qui, malgré tous les problèmes, reste le meilleur endroit où vivre (et) le projet le plus pacifique au sein duquel la Croatie doit trouver sa place». Paraphrasant, par ailleurs, la devise de l’U.E., le président élu, juriste de formation et grand amateur de boxe, ayant pris la tête du SPD en 2007 après y être entré en 1999, a, alors, appelé ses compatriotes à « rester unis dans (leurs) différences».

En Croatie l’essentiel du pouvoir étant entre les mains du Premier ministre, la fonction présidentielle est purement protocolaire. Le Président qui ne dispose d’aucun pouvoir pour «bloquer» une loi, reste, néanmoins, le chef des armées et peut intervenir sur les questions de politique étrangère, de défense et de sécurité.

Pour rappel, après avoir remporté la première place aux élections législatives de 2011, Zoran Milanovic avait pris la tête d’une coalition de centre-gauche. Mais cette dernière n’était pas parvenue à donner au pays l’élan économique tant attendu. N’ayant donc pas été à la hauteur des espoirs placés en elle par les croates en ne menant pas les réformes qui lui auraient permis de débarrasser le pays du clientélisme ambiant et de renforcer son économie, cette coalition avait été défaite en 2016.

Zoran Milanovic parviendra-t-il à «sauver les meubles» cette fois-ci avec un pouvoir purement protocolaire et à faire oublier à ses compatriotes que, de 2011 à 2016, il n’avait pas été à la hauteur de leurs espérances alors même qu’il avait toutes les cartes en mains ? Attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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