Grossesse: Les précautions à prendre

Ouardirhi Abdelaziz

Le Ramadan est un mois qui revêt une symbolique très particulière. C’est un temps de prières, de dévotion et de charité. Une occasion de se purifier le corps et l’esprit pour se rapprocher de Dieu. Au cours de cette période, les fidèles observent le jeûne du lever au coucher du soleil, sans boire ni manger, pendant près de 15 heures. Si pour la très grande majorité de nos concitoyennes et de nos concitoyens adultes, le jeûne du mois de Ramadan se déroule agréablement bien, il peut s’avérer très difficile pour les femmes enceintes et celles qui allaitent.

Le jeûne de Ramadan de ce mois de Mai et par ces longues journées, marquées plus ou moins  par la chaleur  peut représenter une épreuve difficile pour les personnes âgées, les malades et les femmes enceintes.

Mais cela ne semble pas décourager les femmes enceintes qui tiennent coûte que coûte à pratiquer le  jeûne du mois de Ramadan. Certaines ne veulent rien entendre malgré les conseils éclairés de leur médecin traitant,  même quand leur état de santé est faible. Ce qui les expose à des risques de santé avérés pour elles-mêmes et pour leur fœtus. Pourtant, l’Islam est très clair sur cette question.

A cet égard, il est très important de rappeler ici si besoin est que l’Islam est une religion de tolérance, de paix, de justice et d’amour. C’est pourquoi la pratique du jeûne est interdite par l’Islam dès que l’individu encourt le moindre danger, l’Islam est sur ce point on ne peut plus clair. Dans le saint Coran Allah, Exalté soit-il, dit : «Allah veut pour vous la facilité» (Coran 2/185)
«Allah veut vous alléger (les obligations)» (Coran 4/28)
«Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion» (Coran 22/78)
Le Prophète Sidna Mohamed, paix et salut soient sur lui, a dit : « Allah aime que l’on use de Ses dispenses comme Il déteste qu’on Lui désobéisse. »

Donc, comme on le voit tout est clair. Il faut s’en remettre à l’avis de son médecin traitant, à son gynécologue qui sait très bien ce qui convient le mieux à la femme qui est enceinte, si cette dernière doit ou ne doit pas jeûner.

Les éclaircissements avec le docteur Abdelaziz Raki, spécialiste de gynécologie– obstétrique.

 

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Interview avec le  docteur Abdelaziz Raki, Gynécologue – Obstétricien

«La décision de jeûner pour une femme enceinte doit être motivée par un avis médical»

Al Bayane: Une femme enceinte peut – elle jeûner durant le mois de Ramadan?

Docteur Abdelaziz Raki: C’est une question particulièrement importante car elle concerne de nombreuses femmes durant ce mois béni de Dieu. La réponse à cette question prend en considération le déroulement de la grossesse. Il s’agit de savoir si à côté de cette grossesse, il y a une pathologie telle que l’hypertension artérielle, un diabète, une anémie ou si la maman attend des jumeaux. Il est évident que dans ces cas-là, le jeûne de Ramadan est déconseillé. La femme enceinte avec un bon poids, en bonne et parfaite santé, qui adopte de bonnes habitudes alimentaires et dont la grossesse est normale, peut parfaitement jeûner sans risque pour elle ou pour son fœtus. Cette décision doit être motivée par un avis médical, celui de son médecin traitant.

Le stade de la grossesse peut-il affecter la décision de jeûner?

Oui, bien entendu. Vous savez une grossesse normale dure 9 mois, c’est-à-dire trois trimestres. Ces trois trimestres sont vécus différemment par la maman. Le premier trimestre va être marqué par des signes physiques importants chez la maman. Elle va être plus ou moins fatiguée ; elle va présenter des nausées, des vomissements, des malaises, des fringales importantes, c’est à dires des envies incontrôlables de manger certaines choses en particulier.

Dans ces cas-là, ce sera assez difficile de jeûner pour la femme enceinte, surtout lors de ces longues périodes de jeûne.

Autre chose importante à savoir, c’est que ce premier trimestre est caractérisé par le développement du placenta et des organes vitaux du fœtus. Il est important que ce dernier reçoive tous les nutriments nécessaires pour cette phase de construction. Mais on sait qu’un grand nombre de femmes enceintes souffrent de nausées, de brûlures d’estomac ou présentent d’autres conditions qui peuvent limiter leurs apports alimentaires durant le premier trimestre. C’est dire qu’il est souvent difficile de concilier jeûne de Ramadan et grossesse.

Qu’en est-il du 2e et du 3e trimestre de grossesse?

Lors des 2e et 3e trimestres, il y a peu de signes physiques chez la maman. Il y a moins de nausées, de vomissements et de fatigue.

En général, le 2e trimestre est mieux vécu par les mamans. Elles ressentent mieux les choses et si la femme peut s’hydrater convenablement, si elle arrive à s’alimenter sainement et correctement et si elle formule le désir de jeûner, il faut en parler à son médecin traitant qui est le plus habilité à lui conseiller ce qu’elle peut faire sans danger pour elle ou pour son enfant.

S’agissant du troisième trimestre, le fœtus prend 65 % de son poids total. Comme il s’agit d’une période de croissance intense du bébé qui requiert beaucoup d’énergie, la mère peut ressentir une très grande fatigue durant cette période. Le jeûne est particulièrement déconseillé durant cette période puisque le bébé est privé de nutriments essentiels pendant plusieurs heures. Il est d’ailleurs mentionné dans le Coran que si la femme se sent trop faible à cause d’une grossesse, si elle craint pour elle ou pour son enfant,  elle est dans le devoir de ne pas faire le jeûne.

Quels sont les signes qui doivent retenir l’attention et alerter une femme enceinte qui pratique le jeûne de Ramadan?

De manière plus générale, le médecin traitant doit bien informer la femme enceinte, particulièrement quand le début de ramadan coïncide avec sa grossesse, que ce soit au 1er trimestre ou au 3e trimestre ou pendant le 9e mois de la grossesse. Dans tous ces cas de figure, la femme enceinte doit pouvoir être bien rassurée sur l’incidence du jeûne sur sa santé et celle de son bébé.

Une femme enceinte dans son 8e et 9e mois de grossesse doit éviter les activités physiques susceptibles de la fatiguer et de provoquer une soif. Cela est encore plus vrai quand il fait chaud.

Si la femme ressent des vertiges ou si elle sent une faiblesse, elle doit se ménager, se reposer et rester au frais autant que possible. S’il n’y a pas d’amélioration, il faut cesser immédiatement le jeûne et contacter rapidement le médecin traitant, celui qui suit la grossesse de la femme,  surtout si la femme enceinte ressent des symptômes tels que des nausées ou vomissements, a de la fièvre, des urines foncées ou si elle note des changements dans les mouvements de son fœtus. Si la femme enceinte trouve que son  bébé ne bouge pas autant que d’habitude, et qu’il ne donne pas de coups de pied, il est très important de consulter et d’en parler rapidement avec son gynécologue – obstétricien.

A RETENIR

Il est déconseillé aux femmes enceintes de pratiquer le jeûne du Ramadan, surtout pendant le premier trimestre et le troisième trimestre. Je ne pense pas qu’il faille les y encourager pendant ces deux périodes, car selon les résultats d’études sérieuses sur le sujet, il a été démontré que les risques de fausses couches et d’accouchement avant terme (prématuré) sont en rapport avec la pratique du jeûne du Ramadan. Il en est de même pour les femmes enceintes diabétiques et cardiaques, qui ont des antécédents de fausses couches à répétition, celles qui présentent des grossesses à risques et qui doivent faire l’objet d’une surveillance médicale accrue.

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