La culture et les arts à l’épreuve de la pandémie…

Mohamed Nait Youssef

2020, une année exceptionnelle pour ne pas dire inédite. Incontestablement, les vents atroces de la pandémie qui ont soufflé sur les quatre coins de la planète ont mis à genoux les secteurs des arts et de la culture, entre autres. Et ce n’est pas fini…

Ainsi, au-delà des chiffres et des pertes économiques immenses de l’écosystème de la création et de la production culturelle, en ces temps de crise, la culture, ce besoin vital de chaque société et tout un chacun, a été une véritable issue lors de cette impasse pour faire sortir le monde de son enfermement mais aussi et surtout pour apaiser les esprits et les consciences.

Au Maroc, il faut l’avouer d’ailleurs, une dynamique a vu le jour en plein confinement. La preuve ?  Des conférences à distance, des webinars autour de l’art et de la culture ont meublé les grands débats sur la toile, des expositions virtuelles ont été proposées aux férus de la peinture et des arts visuels, des projections gratuites d’œuvres cinématographiques ont eu lieu pour le grand plaisir des cinéphiles, des concerts de musique ont été servis aux mélomanes sans oublier les initiatives de lectures de livres, des spectacles et des ateliers  présentés par des artistes et des institutions.

En gros, l’art et les artistes marocains, fragilisés certes par la COVID-19, mais ils n’ont pas manqué le rendez-vous. D’où la nécessité du développement des Industries créatives et culturelles et d’une économie de la culture solide, la modernisation du secteur afin de répondre aux attentes par le renforcement de l’arsenal juridique et se pencher sur les grands chantiers, à savoir la protection sociale des artistes et de la  digitalisation de la culture et des arts.

La digitalisation de la culture: un grand chantier à ouvrir…

Certes, durant la période de la crise sanitaire, des galeries ont baissé leurs rideaux, les musées ont fermé leurs portes, des salles obscures et des théâtres ont arrêté leurs programmations  mais  sur les plateformes digitales, un produit artistique et cinématographique diversifié et riche était accessible à portée de clic. Des visites virtuelles de musées ont été visionnées depuis chez soi, des concerts musicaux ont été suivis en live, des films ont été vus sur les différentes plateformes.

Dans cette optique, la Fondation nationale des musées (FNM) a proposé aux férus des arts plastiques et visuels des visites virtuelles à 360° dans plusieurs collections et œuvres, accompagnée de guides vidéo et de textes explicatifs sur différentes thématiques en lien avec les expositions afin de découvrir les grandes signatures de la peinture, de la sculpture mondiales. Les visiteurs ont eu droit  à une visite virtuelle de la collection «Face à Picasso» dont l’exposition a eu lieu du 17 mai au 31 juillet 2017 au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI).

«Cette crise a fortement impacté le secteur culturel et notamment les musées qui sont fermés depuis plus de quatre mois. A la Fondation Nationale des musées, nous avons poursuivi nos efforts pour mener à bien notre mission qui est de maintenir un lien avec les Marocains, malgré le confinement imposé par le gouvernement», nous explique le président la Fondation nationale des musées, Mehdi Qotbi. Et d’ajouter : « Tous ces métiers de l’art (Peintres, sculpteurs, illustrateurs, conservateurs de musées, écrivains, musiciens, cinéastes…) ont besoin d’un accompagnement et de soutien de la part des institutions concernées car ces artistes et leurs créations sont les témoins de notre époque, les gardiens de notre identité. Il serait, à mon sens, indispensable de réfléchir à un nouveau modèle culturel inclusif, innovant et créatif».

Le 7e art n’est pas en reste de cette dynamique digitale, le Centre Cinématographique Marocain (CCM) a offert quant à lui en accès libre des séries de longs métrages récents qui ont été mises sur son site web https:/www.ccm.ma. Ainsi, les cinéphiles et les mordus du cinéma marocain ont découvert  d’autres sensibilités artistiques et cinématographiques comme celles de la réalisatrice et productrice marocaine Izza Genini, de Faouzi Bensaidi et bien d’autres  ayant partagé sur internet leurs œuvres. Il va sans dire que les professionnels des métiers de l’art ont trouvé dans les univers digitaux des solutions efficaces non seulement pour accompagner leurs créations mais aussi pour donner plus de visibilité aux produits purement marocains.

De l’urgence d’une structuration des ICC

La covid-19 met à nu la culture et les arts de notre pays. En effet, la Fédération des industries culturelles et créatives de la CGEM (FICC) a estimé l’impact économique de la pandémie sur le secteur des industries culturelles et créatives (ICC)  à 2 milliards de dirhams. «Le secteur est très fortement impacté mais il s’avère que les prévisions sont encore plus inquiétantes que nous le pensions», a révélé Neila Tazi, présidente de Fédération des Industries culturelles et créatives dans une interview à Al Bayane. Et d’ajouter: «La crise de la Covid-19 a révélé au grand jour les freins structurels que connaît le secteur des ICC au Maroc, mais elle représente aussi une réelle opportunité de transformation, de réforme, pour poser les bases de la construction d’une réelle économie des ICC».

Face à cette réalité parlante et interpellante, le secteur des ICC a besoin  plus que jamais d’une  structuration profonde afin de créer une réelle économie créative. «Nous devons créer les conditions de l’émergence d’une réelle économie créative et d’un marché qui sera amené à se développer», a-t-elle fait savoir. Ainsi, selon Neila Tazi, les difficultés que rencontre l’Etat actuellement pour le soutien des secteurs les plus impactés par cette crise liée au nouveau coronavirus covid-19 devraient l’inciter à encourager les initiatives à travers le mécénat qui représente un relais important pour le financement du secteur des industries culturelles et créatives, et pour la production en règle générale.

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