La dot à double sens chez les Bassa

Le mariage coutumier au Cameroun (2)

En matière de dot, la tribu Bassa passerait pour l’un des peuples aux exigences excessives, selon les clichés véhiculés dans le pays. Toutefois, contrairement à plusieurs ethnies du pays, ce peuple pratique une dot à double sens. Si le futur gendre doit satisfaire la demande matérielle de sa belle-famille pour épouser sa dulcinée, la tradition de ce peuple voudrait qu’en retour, la belle-famille offre au nouveau couple des cadeaux, notamment les objets usuels du quotidien. Les détails.

La dot ou «likil» chez les Bassa est une pratique ancestrale et une condition nécessaire pour tout mariage. Le Cameroun étant une société matrilinéaire, c’est le prétendant qui paie la dot. Pourtant dans la tribu Bassa, si le gendre paie le «likil», sa belle-famille pratique le «Liyéga sombo» (accompagner la mariée) marqué par l’offre de cadeaux, notamment les articles de cuisine, la vaisselle…une fois le mariage contracté.

En effet, cette dot à double sens est justifiée dans la tradition de ce peuple par une légende qui raconte qu’à l’origine, neuf frères auraient épousé neuf sœurs. De ces mariages serait né le peuple Bassa. Ceci étant dit, le double lien de parenté chez les descendants de ces unions est la raison de l’application de la dot à double sens jusqu’aujourd’hui.

Chez les Bassa, la dot est codifiée. Son contenu répond à des besoins de symbolisme. Et son paiement devrait obéir à un processus en quatre voire cinq étapes. Au cours de la première étape ou «Li Bat Ngonda» ou (demande de la main), la famille du prétendant se rapproche de celle de la fille pour signifier l’intérêt que porte leur fils à la jeune fille. Après consentement de la jeune fille, les membres de la famille avaient pour coutume d’effectuer des enquêtes dans l’entourage du prétendant pour déceler d’éventuels cas d’inceste, de crime, des maladies héréditaires…

Au cours de la deuxième étape qui est «Li ti pos » ou (donner la bouteille), les fiançailles sont officialisées chez le beau-père qui généralement, n’est pas le père biologique de la jeune fille. Un oncle maternel peut être désigné pour jouer ce rôle à l’occasion. C’est lors de cette cérémonie que la liste pour la dot ou «litamb likil» est dressée et remise à la famille du prétendant. Celle-ci est constituée d’éléments particuliers du quotidien : bœuf, morue, allumettes, pagne, vin de palme, noix de cola, rhum , whisky, riz, sel , barre de fer, barre de cuivre, tabac, ignames, plantain etc…Ceux-ci ne sont pas choisis au hasard et se répartissent en matières animales, matières végétales, matières minérales. On y trouve également les différents états de la matière : état solide, état liquide, état gazeux…Sans oublier qu’ils répondent également aux quatre éléments de la nature : terre, eau, air, feu. A travers la dot, il s’agit pour ce peuple de «reconstituer la matière, le vivant, puisque le mariage est la naissance d’un nouvel être constitué d’une moitié-homme et d’une moitié femme». Toutefois aujourd’hui, on retrouve dans les listes de dot des objets du type : téléviseur écran plasma, four micro-ondes, réfrigérateur… qui n’obéissent pas forcément aux exigences traditionnelles.

La 3e étape de ce processus est «Li Hula» ou la cérémonie de la dot au cours de laquelle la famille du prétendant remet solennellement à la famille élargie de la fiancée les différents objets demandés par la famille de la fiancée. S’en suit le « Ndômbol Likil » ou la bénédiction de la dot au cours de laquelle on enseigne aux époux le code de vie conjugale, leurs droits et devoirs réciproques. Cette étape est marquée par la bénédiction des époux par un ancien de la famille. Jadis, cette étape était marquée par l’incantation des ancêtres, le sacrifice d’un animal dont le sang servait au rituel.

La dernière étape est celle du dîner du sacrement au cours duquel les deux familles scellent leur union par un repas. Et le beau-père de prononcer la phrase ultime «A nkil mwaa won a yénkundè» (gendre, ta femme est à ta disposition).

Aujourd’hui, la pratique traditionnelle de la dot est quelque peu détournée par certaines familles bassa mercantiles qui passent outre la valeur symbolique de la dot.

Danielle Engolo

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