La guerre d’Ukraine : Une « guerre sainte » selon l’Église orthodoxe russe…

Attendons pour voir…

Dans son sermon du 6 mars, Kyrill, le patriarche de Moscou a non seulement soutenu l’invasion contre l’Ukraine mais justifié celle-ci comme étant un combat métaphysique mené non pas contre le peuple d’Ukraine ou l’Etat ukrainien mais plutôt contre une puissance de nature morale, contre une force du mal.

Mais, quelle qu’en soit la teneur, ces propos ne peuvent surprendre que celui qui méconnait cette idéologie viscéralement anti-occidentale que l’Eglise orthodoxe russe propage, à travers le monde, depuis de nombreuses années, par le biais des réseaux sociaux et de la multitude d’émissions de télévision qu’elle consacre au mal et à la dépravation morale occidentale.

Aussi, ce jour-là, le patriarche n’avait fait que reprendre, dans son homélie, cette sempiternelle dénonciation du monde occidental présente, depuis longtemps déjà, dans des émissions de télévision comme « l’Eglise et le monde » animée par le président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou.

C’est dans cette émission, d’ailleurs, que le 19 Février dernier, cinq jours à peine avant le déclenchement de l’offensive russe sur l’Ukraine, il avait été déclaré que les russes devraient être protégés de la propagande des « pseudo-valeurs » occidentales dès lors que le « libéralisme sexuel immoral » et la « dépravation sexuelle » qu’elles prônent et qui sont véhiculés par la propagande concernant le mode de vie des transsexuels, des homosexuels et des Gay Prides vont à l’encontre de « l’ordre divin » ; une façon comme une autre de déclarer que la guerre en Ukraine incombe à l’Occident dès lors qu’il voudrait « souiller » le « bon » peuple russe en lui imposant ce genre de péchés.

De là à dire que la guerre actuellement en cours en Ukraine est une guerre sainte, il n’y a qu’un petit pas que le patriarche Kyrill, farouche opposant à l’homosexualité et à l’avortement, franchirait allègrement, lui qui oppose à cette idée d’une « Russie pure », la menace d’un Occident « perverti », « décadent » et « sans morale ».

Or, pour bien comprendre ce discours, il faudrait remonter à l’année 2018 lorsque, comme l’a rappelé Lucian Turcescu, éminent professeur de théologie à l’Université Concordia et spécialiste des liens entre politique et religion en Europe de l’Est, un schisme était survenu au sein de l’église orthodoxe en Ukraine quand une partie du clergé avait décidé de faire reconnaître, par le patriarcat de Constantinople (Istanbul) – autorité théologique suprême dans le monde orthodoxe – une Église ukrainienne orthodoxe indépendante du patriarcat de Moscou.

Cette division n’ayant pas été du goût de l’Eglise orthodoxe russe qui a perdu, ainsi, aussi bien une bonne partie de ses fidèles que son influence, l’invasion de l’Ukraine devient donc, pour cet enthousiaste va-t-en-guerre qu’est le patriarche de Moscou, l’occasion rêvée pour reprendre les choses en main et ce, d’autant plus qu’à ses yeux, Kiev reste la ville sainte à la fois de l’Eglise orthodoxe et du monde russe (Russki Mir).

Mais comment donc tout cela va-t-il évoluer alors qu’un manifeste, publié le 13 mars par un groupe de théologiens, de prêtres et de diacres orthodoxes, a fermement condamné l’idéologie fascisante ardemment défendue par le patriarche de Moscou ?

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