La production de l’agnotologie!

Notre pays produit abondamment le phosphate. Il en est même le premier exportateur, avec un peu plus de 38% des réserves mondiales de cette denrée, au point qu’on est tenté de la baptiser : «l’or blanc». Il vient de créer aussi, non sans admiration, sous l’impact de la pandémie, des masques en quantité, chose que des pays avancés en sont restés pantois.

D’autres productions se concrétisent dans nombre de secteurs, tels que l’automobile, le textile, l’agro-alimentaire…, quoique l’industrie lourde soit encore en deçà de cette envergure. Il faudrait avouer que  l’industrialisation demeure le grand manque à gagner de l’économie nationale, puisqu’elle n’en fait pas, jusqu’ici, son cheval de bataille.

Toutefois, on conviendra fort bien que notre pays excelle également dans la production de l’ignorance, ce que l’on appellera; production de l’agnotologie. Beaucoup d’illustres chercheurs dont Ferdinand de Saussure, fondateur de la linguistique moderne ou encore Noam Chomsky, linguiste américain de renom, ont analysé ce phénomène dans le monde, en vue de démontrer les formes de langage et leur influence dans le vécu quotidien.

En fait, dans des sociétés quasiment illettrées, les régimes font usage de cette arme redoutable pour maintenir leur Autorité sur l’ensemble de l’entité. On combat la cognition dans les rangs des «ignorants» pour faire régner la culture du doute et de l’illusion.

La pérennisation de ce fait fatal favorise davantage le Pouvoir de la classe dominante qui, à coup sûr, en tire profit. Les moyens de propagation de cette «stratégie» ne sont autres que l’éducation, la formation, la culture et la communication.

A travers ces supports, la production agnotologique va souvent bon train, en complicité avec la mise en misère dont souffrent les larges franges de la société. Il importe également de soulever que cette approche nocive d’agnotologisation affecterait de plein fouet les valeurs des individus, au sein de leur société… Malheureusement, les gouvernants de notre pays ont plutôt tendance à cultiver la production d’une agnotologie déconcertante parmi les couches sociales, au lieu d’en faire des sources de création et de performance.

La relégation du système éducatif, l’abandon du rayonnement culturel et l’asphyxie de rayon de communication en sont l’illustration de cette déficience dont les effets tirent le pays vers le bas, en dépit de son potentiel, naturel humain et économique. La perte de vertu et la transgression des lois dont fait preuve le citoyen révèlent ce déficit de la société.

On évoquera le cas récent de la «grossièreté» dont les réseaux sociaux sont inondés, selon laquelle des foules resquillent à travers des barrières dressées par les autorités locales au quartier Takaddoum à Rabat afin de fuir l’état d’urgence. Un fait divers, certes mais, montre à quel point l’agnotologie est incrustée dans les tréfonds des personnes.

On ne saurait alors produire une démocratie saine et forte dans son état, sans produire un élément humain sain et fort dans son esprit. Mais, la santé et la force de ce dernier est tributaire de la volonté effective de ses gouvernants.

Le combat pour la mise en place de cette dualité indissociable est la mission des forces  démocratiques et progressistes de la nation, par le biais des leviers de lutte, comme fonction de tribune, de sensibilisation et d’encadrement.

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