«Le compositeur de la musique de film est le premier critique!»

Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef

Le grand réalisateur, scénariste et producteur français, Bertrand Tavernier s’est vu dimanche soir remettre l’Etoile d’or des mains de l’acteur américain Harvey Keitel. Un temps fort de la 18e édition  du FIFM. Un immense cinéaste, auteur de plusieurs films dont «Que la fête commence», «Le Juge et l’assassin», «Capitaine Conan» (César du Meilleur Réalisateur  en 1997),  «L’Appât » (l’Ours d’or Berlin) et «Un dimanche à la campagne (1984)» (prix de la Mise en scène à Cannes). «Je ne sais pas si je mérite cet hommage, mais je crois ne pas avoir mérité non plus mon arthrose», avait-il déclaré à l’occasion. Prolifique, modeste, Bertrand Tavernier est un spécialiste du cinéma américain, un amoureux de la musique, mais aussi un grand lecteur de romans et de livres. Al Bayane l’a rencontré dans le cadre du FIFM.

Al Bayane : Vous êtes un grand spécialiste du cinéma américain. Vous y avez même consacré des publications et des critiques. Que pensez-vous donc du film Joker réalisé par Todd Phillips et la prestation magistrale de Joaquin Phoenix qui ont fait couler beaucoup d’encre?

Je ne l’ai pas encore vu. Je n’ai pas encore pu le voir, comme j’étais pris par d’autres choses. Je n’ai pas vu le film Joker! J’ai hâte de le voir. J’ai vu récemment plusieurs films américains intéressants. J’ai bien aimé le film  «The Irishman» de Martin Scorsese.

La musique fait toujours corps avec l’image dans vos œuvres cinématographiques. Elle est en effet un élément important dans vos films tel que «le Juge et l’assassin». Que représente la musique pour vous en tant que réalisateur? Et comment choisissez-vous les compositions et les musiques pour  vos films?

La musique est capitale dans mes films. Je veux toujours travailler avec un compositeur avant même de commencer le film. Et souvent avant même que j’écrive le scénario. Et dans le cas du «Juge et l’assassin», les trois quarts de la musique ont été enregistrés avant le tournage. On s’était tellement parler avec Philippe Sarde, et on avait été tellement d’accord sur le fait qu’il devait écrire une sorte de concertant pour accordéon diatonique et grand orchestre.  Et il a écrit plusieurs thèmes et ensuite, nous les avons joués sur le tournage. Et Michel Galabru, il les écoutait en disant : «Oh je sais comment jouer en écoutant la musique !»

Est-ce un besoin personnel ou un choix esthétique?

J’ai besoin de dialoguer avec le musicien tout de suite même dans la «brume électrique (In the Electric Mist)». Marco Beltrami me disait que j’étais le premier metteur en scène qui se comportait e cette manière, parce que très fréquemment, on l’appelait, le film déterminé, puis on lui disait : «vous le regardez, il nous faut une musique dans trois semaines. Donc, il travaillait avant qu’on ne commence à tourner. Par la suite on parlait, on dialoguait… Il allait faire des recherches pour trouver des instruments cajuns. Je trouve ça formidable parce que je trouve que le compositeur de la musique de film, c’est votre premier critique. Si vous êtes pendant la séance d’enregistrement, et tout d’un coup, vous entendez une musique qui est magnifique… vous dites quelque part que ce sont mes images qui lui ont inspiré ça. Si c’est ça qui lui a inspiré cette musique, c’est que ces images sont magnifiques. Je pense vraiment que le compositeur est le premier critique de film, c’est la première personne qui doit répondre par une création après avoir vu des images. Dans certains cas, il y a des gens qui n’ont jamais vu d’images.

Il y a un certain cas où les gens n’ont jamais vu d’images! Pas tous, mais, je parle de la majorité des cas. Mais, moi quand j’écoute la musique de Philippe Sarde pour «L.627» ou  encore Antoine Duhamel pour «La Mort en direct», je me dis que je n’ai pas loupé le film.

Vous avez adapté des romans au cinéma. Vous avez aussi grandi dans un milieu culturel parce que l’écrivain  René Tavernier  dirigeait  la revue «Confluences» qui a publié de grands noms de littérature et de poésie dont Paul Éluard et Louis Aragon.  Quels sont les auteurs qui ont marqué votre carrière de scénariste et cinéaste?

Ça commençait très tôt avec Victor Hugo et d’autres. Des romanciers qui ont marqué ma vie, et que je relis fréquemment. Je relisais le Comte de Monte-Cristo de d’Alexandre Dumas, c’est quand même un roman génial. Mais, je découvre aussi des romans sublimes tout le temps … d’autres auteurs formidables comme mon ami James Lee Burke que j’ai adapté mais aussi des romanciers français comme Éric Vuillard. Et moi je dirige une collection de romans sur l’Ouest américain qui s’appelle «L’Ouest, le vrai». En fait, je fais traduire des romans westerns qui n’ont jamais été traduits en français. Il y a une douzaine de chefs-d’œuvre littéraires «L’Aventurier du Rio Grande», « Des clairons dans l’après-midi dans l’après midi», «La Captive aux yeux clairs », «le vent de la plaine» ou encore  «les furies»…Ce sont de très grands romans. Je suis très content de faire découvrir ces romans. Ce sont des chefs-d’œuvre, des livres extrêmement bien écrits.

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