«Le Livre amazigh marche bien, mais il est mal distribué»

Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef

Le dernier rapport sur l’état du livre et de l’édition au Maroc publié par la  Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines a braqué les lumières sur la production éditoriale marocaine amazighophone qui a connu une régression par rapport à l’an dernier. Cette production, explique le rapport, n’a pas dépassé 1,37% de l’ensemble des livres (imprimés) au titre de l’année 2017/2018, contrairement aux livres  produits en langue arabe dont le taux a dépassé  81% des titres édités. Au total, sur les 41 livres en langue amazighe publiés en 2017/2018, 39 titres sont des textes littéraires : les recueils de poésie (16 titres), les nouvelles (9 titres), les romans (8 titres), les pièces de théâtre  (5 titres), les formes mixtes (1 titre), lit-on dans le rapport.

Al bayane : Que pensez-vous des derniers chiffres du rapport sur l’état du livre et de l’édition au Maroc publié par la Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud?

M’hamed Sallou : En ce qui concerne la cadence de la publication à l’IRCAM, elle est  normale. On constate une évolution chaque année. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un bon nombre de publications et de livres édités. Mais parfois, on peut constater une régression relative aux publications en langue amazighe. Ce qui est dû, selon les données, aux appels d’offres lancés par l’institut, mais qui sont infructueux. Cette année, dans le centre que je dirige, nous avons préparé 26 livres prêts à la publication. Mais malheureusement, l’appel d’offre qui a été fait n’a pas réussi. En d’autres mots, cette année, nous aurons zéro publication. Il faut l’avouer, la faute n’est pas à nous, mais plutôt aux démarches administratives relatives aux appels d’offres.

Quid des titres et des publications du Centre d’études artistiques et des expériences littéraires et la production audiovisuelle?

Dans les publications du Centre, notamment celles en amazigh, il y a des travaux qui se font chaque année et qui sont permanents. A titre d’exemple, nous organisons la résidence annuelle des poètes. Donc, nous avons 3 travaux qui sont toujours prêts à l’édition, c’est-à-dire que nous accueillions trois poètes. Nous écrivons leurs poèmes, biographie, leur expérience dans l’écriture  et on en fait un livre.

Dans le centre, nous encourageons la fiction et la littérature (le roman et la nouvelle). Autrement dit, il faut revoir les démarches des appels d’offres qui seront de préférence organisés au début de l’année pour pouvoir rattraper tout éventuel problème plus tôt. Parfois, ce problème n’est pas lié à l’institut, mais, proprement dit, aux démarches d’appels d’offres et aux sociétés, imprimeurs qui présentent leurs offres. Nous avons plus de 50 publications qui sont prêtes à l’édition.

Y aura-t-il de nouvelles publications cette année?

Il y aura de nouvelles publications comme les beaux livres qui seront présents lors du salon parce que leur appel d’offre s’est fait dans de bonnes conditions.

La distribution et la diffusion sont la bête noire du livre amazigh. Qu’en pensez-vous?

Il y a le problème de la distribution du livre amazigh. Nous avons fait plusieurs tentatives avec des sociétés de distribution et diffusion, mais elles n’ont pas réussi. Car soit le livre n’est pas distribué, soit il n’est pas disponible dans les points de ventes. C’est une véritable entrave. Nous avons essayé avec les différentes institutions de la distribution et de la diffusion, mais nous n’avons pas trouvé une solution efficace. Le travail que nous faisons pour surmonter ce problème c’est d’opter pour l’échange avec les universités et les bibliothèques du Ministère de la Culture. Nous fournissons toutes les bibliothèques et les associations qui  commandent le livre.

Pourquoi ces sociétés et institutions de la distribution et de la diffusion «rejettent» -elles le livre amazigh?

Nous avons sorti un livre sur les proverbes en langue amazighe, son stock est épuisé. Donc, nous avons fait une deuxième publication. A cela s’ajoutent les livres «l’anthologie de la poésie amazighe» et l’«introduction à la littérature amazighe» dont les stocks sont aussi épuisés. Le livre amazigh marche bien. Il y a une demande, mais le problème de la distribution le bloque.

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