Le Maroc vit-il une «Guerre» des langues?

Le Maroc vit-il une «guerre» des langues ?  La dernière polémique sur l’intégration de la darija dans l’enseignement invite à réfléchir sur la question. Même s’il faut avouer que ce débat ne date pas d’aujourd’hui.

Pour la petite histoire, cette polémique sur la darija a envahi l’espace médiatique en 2014 déjà et ses origines remonte aux années soixante. Et depuis… chaque rentrée est une occasion pour en faire un plat principal des médias, des réseaux sociaux et des émissions télévisées. On est donc en droit de se demander si la polémique entre la darija ou les darija (langues courantes de tous les jours) et la langue arabe classique constitue un vrai ou un faux débat. Le Maroc a-t-il besoin aujourd’hui d’une réforme linguistique et culturelle ? La mise en œuvre des projets de loi sur l’officialisation de l’amazighe et la création du CNLCM résoudront-elles définitivement ces problèmes linguistiques ?

Al Bayane a fait réagir sur ces questions plusieurs grands noms de la scène culturelle et linguistique au Maroc. Ahmed Assid, l’intellectuel et activiste amazigh, estime qu’il s’agit d’un «faux débat parce qu’il se passe en l’absence totale d’un bilan objectif de l’arabisation». De son côté, Ahmed Boukouss, recteur de l’Ircam, juge, à travers une démarche prospective, que «si les usagers, l’Etat et le CNLCM ne font rien, évidemment la situation va être stagnante, et puis, il sera  difficile de la gérer dans l’équité et la paix».

Tahar Benjelloun, prix Goncourt 1987 est  plus tranchant : «Il ne faut sacrifier ni l’une ni l’autre. Cependant, l’enseignement de l’arabe classique peut mener vers la darija. La darija ne te fera jamais apprendre la fosha».

Pour l’intellectuel et écrivain, Hassan Aourid, ces problèmes doivent être posés «de manière ouverte, notamment le problème de l’enseignement et celui de l’identité marocaine. Pour moi, ce n’est pas un faux problème, mais il cache un non-dit ou encore des non-dits».

Le poète Mohammed Bennis, lui revient sur «la manière avec laquelle le problème est posé (qui) n’est pas saine. Car bien évidemment, il n’est pas tout à fait basé sur une réflexion théorique profonde et un vrai savoir de la culture arabe».

Enfin, Kenza Sefrioui, écrivain et éditrice, qui a été derrière la publication en février dernier de  l’ouvrage «Maroc : la guerre des langues ?» aux «Editions En toutes lettres»,  estime que «les langues ne sont pas en effet détachées de la situation sociale, économique et politique: elles reflètent les rapports de force géopolitique à l’œuvre et ne sont donc pas considérées de la même manière».

Mohamed Nait Youssef

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