«Le retard inexplicable du projet de loi organique freine la progression de l’Amazigh»

«Il y a eu beaucoup de progrès, mais il reste encore des choses à faire pour que l’Amazigh soit d’un apport véritable dans le champ  médiatique marocain», déclare Ahmed Boukous, recteur de l’IRCAM dans cette interview accordée l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le 4 mai à l’IRCAM sous le thème : «les médias au service de la diversité culturelle».

Al Bayane : Quid de l’amazigh dans le paysage médiatique marocain?

Ahmed Boukous : Historiquement, l’Amazigh est présent dans le paysage médiatique marocain depuis les années 30 du siècle dernier, notamment à travers les émissions radiophoniques.

Mais à vrai dire, ce n’est qu’après l’indépendance du pays que l’Amazigh a véritablement été reconnu, mais progressivement. Il faut attendre les années 2000 pour voir cette langue occuper réellement la place qui lui revient de droit. On peut situer ces couronnements autour des années 2004, 2006, surtout après la création de la télévision tamazight TV 8 en 2010.

Il faut dire aussi que tout cela a été accompli grâce à la société civile, à l’IRCAM, à un certain nombre d’organisations politiques en faveur de la reconnaissance de l’Amazigh et notamment grâce à Mohamed Nabil Benabdallah qui était à l’époque ministre de la Communication et qui a entretenu d’excellentes relations avec l’Institut Royal de la Culture Amazighe.

C’est après des débats et des discussions  que nous  sommes tombés d’accord pour dire qu’il est nécessaire d’ouvrir le champ télévisuel  à  l’Amazigh en commençant par 2M. Et après cela, avec Khalid Naciri, nous avons lancé la chaine de télévision Tamazight.

On peut dire qu’aujourd’hui l’Amazigh a une place respectable et respectée dans le paysage médiatique ; mais aussi il faut bien avouer que le Cahier des prescriptions spéciales (CPS) des différentes chaines ne sont pas toujours  respectés, notamment par 2M et la première chaine, et qu’il y’a aussi une inexistence d’émissions et de programmes sur l’Amazigh et en Amazigh au niveau de la chaine Medi1tv.

De même, dans un certain nombre de chaines radiophoniques privées, la présence de l’Amazigh est minimale. Et ce n’est pas normal aujourd’hui après la constitutionnalisation et l’officialisation de l’Amazigh.

Il y a eu beaucoup de progrès, mais il reste encore des choses à faire pour que l’Amazigh soit d’un apport véritable dans le champ  médiatique marocain.

Vous dites qu’il y a eu des avancées. Qu’est ce qu’il reste encore à faire à votre avis?

Il faut commencer par respecter les CPS signés par la SNRT et la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), par 2M Soread et la HACA. Et il faudrait étendre cela à d’autres chaînes, notamment Medi1tv. C’est la première chose à faire. La deuxième chose à faire, c’est d’augmenter la diffusion de l’Amazigh 24h sur 24h.

La troisième chose consiste vraiment à introduire de la qualité dans la programmation des chaînes de télévisions et les radios.

Il faut également faire bénéficier le personnel des différentes chaînes radiophoniques et télévisuelles de stages de formation, de sessions de formation continue parce qu’un jeune qui sort de l’Institut ou de la Faculté, n’est pas censé maîtriser le métier. Et le journalisme est un métier qui ne peut être maîtrisé que si on est bien formé et continue à se former quand on exerce le métier. Ce sont quatre conditions qui me semblent importantes pour véritablement avoir une programmation de qualité, une reconnaissance effective de l’Amazigh dans le champ médiatique.

Pensez-vous que le retard au niveau de la mise en œuvre des lois organiques a freiné la progression de l’Amazigh dans nos médias?

Effectivement, le retard inexplicable du projet de loi organique freine la progression de l’Amazigh pratiquement dans tous les domaines, y compris les médias, l’enseignement et la culture. C’est un peu l’attentisme. Et cela est préjudiciable.

Mohamed Nait Youssef

Top