L’importance de préserver son capital osseux

Le capital osseux de chacun de nous femme et homme, est au cœur d’un processus constant de démolition et de reconstruction. Quand cet équilibre se rompt, l’os devient poreux. C’est là qu’intervient l’ostéoporose ou maladie des os fragiles. A 60 ans, certaines femmes peuvent déjà avoir perdu jusqu’à 15% de leur masse osseuse. L’ostéoporose, maladie «silencieuse» ne prévient pas et c’est trop souvent lors d’une première fracture qu’on la diagnostique.

Au niveau mondial 250 millions de personnes, principalement des personnes âgées, souffrent d’ostéoporose, et sont victimes de nombreuses fractures du col du fémur, des vertèbres  et du poignet, qui sont  particulièrement graves et handicapants. Sensibilisons notre population à cette terrible maladie, qui faut-il le souligner, est insuffisamment diagnostiquée dans notre pays .Tel est le maître mot à l’occasion de la journée mondiale de l’ostéoporose.  Agissez  avant qu’il ne soit trop tard.

Il est des situations auxquelles nous n’accordons pas d’attention ou dans le meilleur des cas très peu. S’agissant de la santé des personnes âgées et plus particulièrement celle des femmes qui ont atteint un âge avancé, il n’est pas exagéré ici de dire que nous leur vouons une véritable vénération quand il s’agit de nos mères.

Pour les autres femmes âgées  rencontrées ou entrecroisées  dans la rue, il en est  autrement. Ces  femmes que les stigmates du temps ont marquées, pliées et qui peinent à marcher, s’accrochant à une canne tout en déambulant.

Sur ces femmes, nous jetons un regard où se mêlent tour à tour  de  la compassion, de  la commisération et de  la pitié.

Ces  êtres fragiles peuvent être nos mères, nos grand-mères, nos tantes, nos sœurs et demain nos filles. Le dénominateur commun de toutes ces femmes, c’est la ménopause, une phase inévitable, un passage obligé de toute femme au-delà de la cinquantaine. Mon propos aujourd’hui n’est pas la ménopause, mais une conséquence de celle-ci, à savoir l’ostéoporose.

Étymologiquement l’ostéoporose veut dire : Os poreux. C’est une affection diffuse du squelette caractérisée par une diminution de la masse osseuse et des perturbations micro architecturales du tissu osseux entraînant une augmentation de la fragilité osseuse  avec tout ce que cela  peut représenter comme risques pour la femme, son entourage …

À partir de 50 ans, une femme sur 5 ou 6  subira une fracture au cours du reste de sa vie.

Loin d’être une pathologie anodine, l’ostéoporose est une affection dont on parle peu, qui reste pas ou peu connue, une situation anormale quand on connait les effets et répercussions qu’elle peut entraîner.

Dans les faits, ce n’est pas l’ostéoporose en tant que telle qui est préoccupante, mais plutôt les conséquences qu’elle peut entraîner : les fractures. Les os les plus concernés, les plus touchés sont ceux  de la hanche, des poignets et de la colonne vertébrale. Ce sont ceux qui subissent le plus souvent une fracture attribuable à l’ostéoporose. Il est utile de rappeler tout en insistant que ce sont les femmes atteintes d’ostéoporose qui sont plus sujettes à une fracture des os ; dans 80 % des cas, elles sont victimes des fractures de la hanche qui surviennent chez les personnes âgées.

Une maladie qui reste ignorée et  méconnue

L’ostéoporose est une pathologie qui peut évoluer à bas bruit  et c’est ce qui la rend encore plus pernicieuse. Il y a malheureusement très peu d’études épidémiologiques concernant l’ostéoporose au Maroc, mais les résultats d’une étude réalisée dans la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaïr qui s’est penchée sur l’incidence des fractures du col chez les plus de 50 ans, nous apprennent que cette fracture constitue en quelques sorte le «baromètre» international de l’ostéoporose puisque c’est la complication la plus grave et que pratiquement tous les malades arrivent à l’hôpital rendant donc la mesure plus simple et plus fiable. Il a été observé une incidence de 52,1 pour 100.000 habitants pour les femmes et de 43,7 pour 100.000 pour les hommes (chiffre intermédiaire entre les hautes incidences observées en Europe et aux USA et les faibles incidences observées en Afrique).

Pourtant, face à de tels chiffres, l’ostéoporose est encore trop souvent ignorée, méconnue et très peu médiatisée. En effet, nos concitoyens connaissent plus le SIDA, le cancer, la tuberculose, la grippe, mais sont peu ou pas informés, sensibilisés à la problématique que pose aujourd’hui l’ostéoporose. On ne comprend pas très bien ce qui empêche les autorités de tutelle, en l’occurrence le ministère de la santé d’initier la mise en place d’un programme de lutte contre l’ostéoporose, surtout que notre population a tendance à  vieillir et donc,  il va y avoir plus de personnes concernées par cette maladie dans 10 ou 20 ans et qui feront face aux conséquences ravageuses de l’ostéoporose.

Comment savoir si une femme est atteinte d’ostéoporose ?

Une bonne question  que beaucoup de femmes se posent, il n’y a pas que les femmes qui devraient s’inquiéter .Toujours est –il que seul votre médecin peut déterminer si vous êtes une patiente à risque. Après consultation, votre médecin peut vous prescrire un examen appelé ostéodensitométrie  qui permet de mesurer précisément la densité osseuse, et donc la solidité de votre squelette.

Si vous avez des facteurs de risque, cet examen peut vous alerter ou vous rassurer avec certitude. Il est absolument indolore, ne nécessite aucune prise de médicaments au préalable et dure environ 10 à 15 minutes.

Mentionnons qu’il est possible d’avoir de l’ostéoporose radiologique, mais un faible risque de fracture. Inversement, il est possible d’avoir un risque de fracture élevé sans ostéoporose radiologique.

Complications et impact sur la santé

Dans le registre des complications inhérentes à l’ostéoporose, il y a lieu de relever les multiples fractures, les douleurs tenaces, la perte d’autonomie, la  réduction de la qualité de vie (surtout pour la fracture de la hanche),  20 à 30 % de personnes qui subissent une fracture de la hanche décéderont au cours de l’année suivante.

Au niveau mondial, il y a 1 600 000 fractures  du col du fémur par an, soit une fracture toutes les 20 secondes.

Les fractures ostéoporotiques se répartissent en 44 % de tassements vertébraux, 19 % de fractures du col du fémur, 19 % de fractures du poignet et 23 % au niveau des autres membres.

En effet, il faut insister sur les conséquences  secondaires à la fracture du col du fémur dont peut être victime une femme âgée qui souffre d’ostéoporose.

Cette fracture est grave à cause des risques de complications postopératoires liées à l’intervention (phlébites, embolies, infections, escarres etc.). Parfois, il est nécessaire de mettre en place une prothèse qui, elle aussi, peut entraîner des complications (infection, luxation, usure, etc.).

En outre, il y  a les fractures vertébrales qui peuvent être multiples et qui entraînent une diminution de la taille plus ou moins importante.

Ces mêmes fractures peuvent aussi être responsables  de déformations de la colonne vertébrale. Le dos de la femme se voûte,  ce qui  entraine une modification des courbures de la colonne vertébrale, avec présence de douleurs du bas du dos, souvent aggravées par les efforts, les exercices, par la station debout ou assise prolongée, asthénie, essoufflement…

A cela, il faut ajouter que ces femmes nécessitent  une assistance, une surveillance, le nursing, ce qui dans bien des cas n’est pas à la portée de toutes les femmes.

C’est dire toute la problématique que pose aujourd’hui la prise en charge des conséquences de l’ostéoporose.

En plus d’affecter la qualité de vie, les fractures ostéoporotiques ont un réel impact sur la santé. En effet, après une fracture du poignet, les gênes dans la vie quotidienne peuvent persister au-delà de 6 mois avec notamment des difficultés à manipuler des objets, à faire la cuisine, à se laver ou à se vêtir.

Le maître-mot : la prévention

Une alimentation équilibrée et la pratique régulière d’une activité physique permettent de préserver et de renforcer son capital osseux. L’importance de l’alimentation intervient à tous les âges de la vie :
* Durant la phase de croissance osseuse, un apport en calcium permet de renforcer le capital osseux. C’est dans l’enfance que l’on constitue l’essentiel de son capital osseux ;

* A l’âge adulte, les apports en calcium permettent de compenser les pertes naturelles liées au remodelage osseux (en plus de celles occasionnées par une grossesse ou l’allaitement) ;

* Après la ménopause, la carence en hormones (estrogènes) accélère fortement la perte osseuse. Certaines femmes perdent même jusqu’à 2,5 % par an de leur masse osseuse les 5 premières années qui suivent la ménopause. Voilà pourquoi après la ménopause, les os des femmes sont moins solides et donc moins résistants aux fractures.

De plus, le métabolisme (et par conséquent l’absorption de calcium par l’organisme) est moins performant, une supplémentation en calcium et en vitamine D est ainsi conseillée. Enfin, la malnutrition importante chez les personnes âgées retentit sur leur masse musculaire et donc sur leur force et leurs capacités de maintien de l’équilibre.

Pour les mêmes raisons, l’activité physique participe au maintien de la masse osseuse, et le bon état musculaire, diminuant ainsi les risques de chutes et donc de fractures. Les sports entraînant une contrainte osseuse (marche, jogging…) sont à privilégier. Une exposition solaire est aussi préconisée (10 minutes par jour suffisent) afin de synthétiser la vitamine D nécessaire à une bonne fixation du calcium dans l’os.

Comme on le voit, l’ostéoporose est un problème de santé important auquel on doit trouver des solutions adaptées, car chaque femme est importante au sein de notre société. Nous voulons que celle-ci soit en bonne santé, qu’elle puisse profiter pleinement et sereinement des années qui lui restent à vivre. Nous avons la responsabilité et le devoir de tout mettre en œuvre pour que nos enfants, nos filles, nos sœurs, nos mères  et nos grand-mères n’aient pas à souffrir d’un mal que nous pouvons  très bien maitriser  pour peu que l’on veuille bien nous y consacrer maintenant. L’ostéoporose n’est pas une fatalité.

Abdelaziz Ouardirhi

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