Un premier pas vers une réforme structurelle de seconde génération

L’entrée en vigueur du régime de change flexible depuis le 15 janvier courant attise l’intérêt et la curiosité de tout un chacun. Au-delà du débat que suscite cette réforme du régime de change  auprès des opérateurs économiques et financiers du pays, le citoyen lambda, essaie, lui aussi, par tous les moyens de trouver des explications  à cette question de dirham flexible ou «flottant» pour cerner son impact sur son pouvoir d’achat.

Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib, préfère parler du dirham flexible et non  flottant et se veut catégorique sur cette  appellation. Le Maroc, a-t-il précisé, lors de la conférence de presse tenue jeudi dernier à Rabat, a pris la décision souveraine et volontaire d’adopter la réforme de son régime de change quand les pré-requis financiers et économiques  nécessaires  se sont réunis pour permettre un passage réussi de cette réforme. Une réforme qu’il qualifie de graduelle et progressive qui s’inscrit parfaitement dans le cadre des orientations globales du pays tourné vers un modèle de croissance basé sur la promotion de la politique de l’offre et des exportations et sur l’industrialisation.  De son avis, l’amélioration d’une offre exportable compétitive reste le seul moyen efficace pour renforcer le matelas des réserves de devises.

Nous avons joué la carte de la transparence la plus totale vis-à-vis de tous nos partenaires dont notamment les banques de la place, la CGEM et les PME et TMPE, a précisé le wali de la banque centrale en rappelant que le dirham marocain reste aligné sur les fondamentaux économiques.  Pour lui, le taux de change effectif réel est égal au taux de change d’équilibre qui permet le plein emploi et le maintien du niveau des réserves de changes nécessaires. Jouahri se dit, par ailleurs, satisfait puisque le comportement du dirham durant les premiers jours de la réforme du régime de change  reste très rassurant par rapport au cours du dirham actuel et par rapport à la demande et au soutien de la demande du marché.  D’ailleurs, il a fait savoir que durant les trois premiers jours, la demande des banques marocaines a  oscillé entre 3, 5 et 8 millions de dirhams. Il a expliqué que depuis les anticipations et  le mouvement de spéculation sur la devise (500 à 1 milliard de dirhams /jour)  qui a eu lieu il ya quelques mois, nos réserves de  change ont été reconstituées et représentent actuellement plus de six mois d’exportation, soit 240milliards de dirhams.

Le dirham reste aligné sur les fondamentaux et sur les dix dernières années. Il n’y a eu aucun désalignement de la monnaie nationale par rapport aux fondamentaux économiques du Maroc.  Une étude sur l’impact de cette réforme sur  l’économie et le pouvoir d’achat a été réalisée à cet effet par BAM et le département des finances.  En fait, les  simulations effectuées  sur la base des données disponibles et de l’hypothèse d’une dépréciation maximale de 2,5% du dirham montrent que l’effet sur la croissance serait positif en 2018 (+0,2 point). De même, l’impact sur l’inflation serait de +0,4 point, soit, 1,9% (moins de 2%). Du côté des prix du carburant,  une dépréciation de 2,5% du dirham contre dollar se traduirait par une hausse du prix du gasoil de 1,6%, c’est-à-dire, pour un prix initial de 9,6 dhs/l, la hausse serait de 0,15 dh/l, soit un prix de 9,75 dhs/l. Jouahri souligne que le pays va rentrer dans une phase de ciblage de  l’inflation  pour veiller à ce qu’elle soit au plus bas.

Sur les motivations qui ont justifié le choix du gouvernement marocain d’opter pour le mode de change flexible, Mohamed Boussaid, présent aussi à la conférence de presse de BAM,  cite les motivations dictées par l’environnement externe, notamment la crise bancaire et financière de 2007, la volatilité des marchés, les politiques des taux de change compétitifs et la formation des grands ensembles et zones économiques.

Sur le plan interne, la réforme du régime de change renvoie à la maitrise de l’inflation,  le renforcement des  équilibres macroéconomiques et la réduction du déficit budgétaire. Elle est aussi motivée par la mise en place de nouvelles politiques sectorielles liées aux métiers mondiaux et la stratégie africaine du Maroc.

Dans tous les cas, l’argentier du Royaume insiste sur le fait que la réforme du régime de change actuel n’a pas été imposée par le FMI ou la BM ni d’ailleurs par une quelconque crise de change comme cela a été le cas dans certains pays qui ont opté directement pour le régime de change flottant. Il a rappelé que la décision qu’a prise le Gouvernement consiste à augmenter la bande de fluctuation de la parité du Dirham de +/-0,3% à +/-2,5%, tout en maintenant le panier de cotation et que le Maroc n’a pas signé de conditionnalité avec les instances financières internationales.

Pour conclure, les deux responsables estiment que le passage à un régime de change flexible servirait de levier pour rehausser la compétitivité de notre économie et soutenir les politiques structurelles du Gouvernement. Le nouveau régime de change devrait également renforcer la capacité de l’économie marocaine à absorber les chocs exogènes réels et financiers de plus en plus importants, imprévisibles et complexes (crise politique Brexit, prix des matières premières, crise des dettes souveraines).

Fairouz El Mouden

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