Rapport du CESE: Défaut de Lecture au Maroc

Lors de sa 99e session ordinaire, le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) a adopté son projet de rapport «Promouvoir la lecture, urgence et nécessité». Selon ledit rapport, la situation de la lecture au Maroc est lamentable. Un constat alarmant enregistré depuis des années déjà! «Le rapport du CESE constate que la société marocaine est marquée par une faible pratique de la lecture et des activités aidant à consolider et enrichir le savoir et les connaissances du citoyen», lit-on dans le communiqué du Conseil.

Les facteurs sont nombreux et la question de la promotion de la lecture est essentiellement transversale et partagée  entre les différents acteurs à la fois publics et privés.  Pour le CESE, cette situation est due principalement à plusieurs facteurs dont « l’environnement familial et le milieu socio-économique », qui jouent, selon la même source, «un rôle important au niveau de la lecture des enfants, la persistance de l’analphabétisme, l’insuffisance de bibliothèques scolaires, bibliothèques publiques et de lieux de vie dédiés, contribuant ainsi à la baisse de la lecture». Et ce n’est pas tout !  Le CESE a alerté également dans le même rapport au « manque d’implication des collectivités territoriales dans la promotion de la lecture et la faible productivité du secteur de l’édition, la régression des librairies et la fragilisation du marché du livre».

Par ailleurs, le rapport a appelé à mettre en place une stratégie nationale afin de promouvoir la lecture. Parmi les recommandations du Conseil pour surmonter cette situation figure l’organisation des assises nationales dans la perspective d’élaborer une politique publique intégrée et partagée par l’ensemble des acteurs concernés, tout en intégrant les actions de promotion de la lecture. Il s’agit aussi de réserver un budget spécial pour la promotion de la lecture par commune, appuyer la société civile pour développer, au niveau de chaque collectivité territoriale, un programme d’encouragement de la lecture sous différents supports, par tous et tout au long de la vie. Il s’avère aussi nécessaire de développer un réseau national de bibliothèques publiques de proximité.

A cela s’ajoutent la promotion de la production et la distribution d’ouvrages par la mise en place de mesures incitatives pour soutenir le secteur de l’édition, en favorisant les publications et ouvrages d’auteurs marocains, en mettant en œuvre des programmes d’encouragement comme l’octroi des prix et de subventions à diverses catégories d’ouvrages. Cela passe aussi par l’organisation d’activités régulières de promotion de la lecture au sein de l’école et l’élaboration d’un calendrier annuel avec au programme une semaine nationale de la lecture. Il est aussi nécessaire d’inciter le secteur privé (dans le cadre de la RSE) à investir dans les bibliothèques scolaires et les centres culturels, ainsi que dans les espaces de lecture dans tous les lieux de vie et de lancer initiative nationale pour promouvoir des startups impliquées dans la création d’outils et d’applications numériques dédiés, en vue d’engager le plus grand nombre de personnes à lire, en prenant en compte leurs besoins particuliers (personnes ayant des difficultés de lecture, analphabètes, illettrés, personnes ayant des besoins spécifiques).

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Ils ont dit

Rachida Roky, présidente du Réseau de lecture au Maroc

«Le livre doit être visible et présent dans les espaces publics»

«C’est déjà une très bonne chose qu’il y ait un rapport sur la lecture. C’est très important aussi de penser que la lecture est une nécessité. Je pense aussi que le Conseil est conscient que la lecture aide les enfants dans la réussite scolaire et que les enfants qui lisent ont plus de chance pour  réussir. C’est bien que le conseil pointe l’importance de cette question », commente Rachida Roky, présidente du Réseau de lecture au Maroc.

Pour elle,  le moment n’est pas opportun pour faire des assises sur la question.  «On a bien peur que ça va prendre encore du temps (deux ou trois ans) à faire des colloques, des journées d’études, alors qu’il faut passer immédiatement à  l’action », explique-t-elle.

Car, premièrement, dit-elle, il faut ouvrir des bibliothèques parce qu’il y a même des bibliothèques avec des  livres dans des écoles, mais  qui  sont fermées. « Je parle en connaissance de cause », souligne-t-elle. Quid alors de l’état de santé de nos bibliothèques ?

Pour la présidente du Réseau de lecture au Maroc, les bibliothèques qui sont ouvertes doivent être équipées et gérées par un  personnel qualifié. « J’aurais aimé que les recommandations soient un peu directes parce qu’il y a des choses qui  sont connues. Il faut  aussi augmenter le nombre de bibliothèques publiques, surtout en milieu rural. A la rigueur dans les grandes villes, nous avons des bibliothèques publiques, mais dans les régions enclavées  il n’y en a pas », fait-elle savoir.  Selon Rachida Roky, il ne faut pas que les élèves croient que la lecture est réservée uniquement à l’école et que c’est un devoir lourd. Il faut qu’ils voient le livre d’une manière agréable sur les plages, dans les colonies de vacances et dans tous les espaces publics, et cela nécessite l’implication des ministères de la Culture et de la communication, le ministère de l’éducation nationale et celui de la jeunesse et des sports.

Promouvoir la lecture : besoin d’une volonté politique

Pour la présidente du Réseau de lecture au Maroc, la promotion de la lecture et de la culture a besoin d’une volonté politique, comme le système éducatif. «Ce que nous sentons actuellement, c’est qu’il n’y a pas une volonté forte pour que le Maroc ait une école forte », souligne-t-elle. « On peut avoir une école  qui  réussit. Pour ce faire, il faut d’abord encourager les professeurs et dire du bien d’eux. L’image du professeur doit  être valorisée. Et les responsables doivent valoriser les professeurs parce qu’une fois valorisés, ils vont travailler tout simplement. Et les professeurs naturellement contribuent à la promotion de la lecture et de la création d’une bonne école », explique-t-elle. En outre, de nos jours, les initiatives associatives et citoyennes constituent une alternative. Cela permet de donner aux enfants et aux jeunes le goût de la lecture.  «On commence à bouger au niveau du travail associatif. Il y a pas mal d’associations qui sont sensibles à la question de la lecture. C’est très important que la société civile y participe parce que ça donne un élan et cela garantit la continuité », conclut-elle.

Abdelkader Retnani, président de l’Association marocaine des professionnels du livre

«Il faudrait  de l’engagement et du civisme»

«C’est une très bonne chose parce qu’il y a des responsables qui tiennent compte de nos propositions. J’espère que le gouvernement prendra des décisions, selon une approche participative avec tous les acteurs concernés. La question de la promotion de la lecture ne s’arrête pas au volet financier. Il faudrait aussi un  peu d’engagement et de civisme pour que la lecture soit intégrée dans toutes les couches sociales. Et pour ce faire,  il faut qu’il y ait une bonne école, des bibliothèques dans des lieux publics pour faire avancer les choses».

 

Nadia Essalmi, initiatrice de «Lire pour grandir»

«Tout commence par l’école»

Pour l’initiatrice de «Lire pour grandir» et «Littératures itinérantes», il faut  commencer par l’école. «On ne peut pas développer la lecture si on n’a pas réformé l’école. Or, moi je suis pour la bibliothèque des classes et non pas la bibliothèque des écoles. Car qui dit bibliothèque d’école, dit un bibliothécaire. Alors où sont les bibliothécaires ? On les forme ?  Bref, on n’en a pas», dit-elle. Et d’ajouter : «la bibliothèque a ses règles, ainsi que les gens formés pour la gérer. C’est un métier».  «Dans cette optique, l’école est-elle capable de mettre à la disposition des bibliothèques et des élèves un bibliothécaire ?», se demande-t-elle.

Nadia Essalmi et bien d’autres acteurs civils œuvrent à travers des associations et des initiatives pour encourager la lecture pour tous. «On essaie de battre les brèches, mais les fissures et les failles sont énormes. La lecture, certes, c’est du plaisir, mais l’école a un rôle primordial à jouer. En d’autres termes, il faut qu’il y ait des livres dans les classes et que la lecture ait son temps dans le programme, au moins une heure par semaine pour cultiver le goût du livre. Certes, il y a des initiatives qui œuvrent pour la lecture, mais elles restent dans les écoles privées. Ce qui nous intéresse, ce sont les écoles publiques afin de toucher le maximum d’enfants», affirme-t-elle.

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