Responsabilité

La responsabilité n’est pas une patate chaude que l’on cherche à refroidir pour soi-même ou pour les autres en en diminuant la portée pour certains ou en cherchant à la mettre au compte d’une entité abstraite fût-elle l’Etat.

Nous sommes tous responsables ; aussi bien le chercheur universitaire qui a participé à la rédaction de la Constitution que celle qui, par son travail d’investigation scientifique, essaye de comprendre le champ politique marocain et son évolution. Responsable aussi celui ou celle qui décrie le viol d’une jeune personne en situation de besoin par des chenapans en plein autobus autant que le chauffeur de ce dernier ainsi que la société de transport qui l’emploie.

Responsable celle ou celui qui se fend d’un commentaire sur le réseau de la communication collective et virtuelle pour faire la morale à tous, à propos de tout et de rien, et qui pourrait avoir besoin lui-même de sa remarque.

Responsables sont aussi ces enfants gâtés, progéniture de riches en mal d’héritage ou issue de la cuisse d’un président de chambre, dont le comportement porte tort à autrui avant de faire le buzz. Responsable est le peuple qui bronze « idiot » sur les bords de la Méditerranée, à Mdiq et ailleurs, autant que celles et ceux qui, au large, le font sur un yacht brillant de mile feux la nuit. Responsables sont celles et ceux qui, en assumant leur responsabilité, s’adressent aux responsables pour leur rappeler leur responsabilité. Cela relève de l’intérêt général et de la recherche du bien commun.

Car, et malgré les insuffisances de notre développement, personne ne peut nier la responsabilité de chaque membre de notre société. On a tous une responsabilité à assumer dans nos choix, dans nos comportements individuels et collectifs. Ainsi, la responsabilité́ du politique est aussi importante que le pouvoir qu’il détient. La reddition des comptes constitue le corollaire de cette caractéristique qui suppose la transparence des actions menées et leur efficacité.

C’est aussi un aspect de la démocratie représentative par lequel les élections peuvent constituer une sanction à l’égard des responsables élus qui ont failli à leurs obligations. La persistance de différenciations sociales, aussi grandes soient-elles, ne peut occulter la responsabilité des décideurs dans tout acte qui cherche soit à réduire les disparités au sein de la population ou à faire perdurer et approfondir les injustices sociales.

Aussi volontaire soit-il, l’engagement social et politique participe à ce jugement et tire sa responsabilité par la pertinence de ses propositions alternatives à toutes les projections concernant l’évolution de la société vers son émancipation ou la maintenance de son asservissement. C’est par ce biais que les partis politiques participent à l’encadrement de la population, à la formation des élites et au partage de la décision dans la gestionnaire des affaires publiques.

À défaut, ils constituent des coquilles vides dont l’action est génératrice de malentendus et de perturbations. La configuration du champ politique national doit aller dans le sens de la clarification et l’application des dispositions constitutionnelles en se libérant des scories du passé et de ses velléités. Aux partis politiques qui estiment répondre véritablement à cette appellation de dépasser l’itération vindicative et anecdotique des événements pour envisager l’avenir en toute responsabilité. Notre société ambitionne la modernité et la pratique démocratique.

C’est assumer sa responsabilité que de montrer la voie consensuelle par laquelle notre peuple arrivera à vivre sous un État national démocratique et moderne. Ressasser les mêmes litanies ne conduit qu’au divorce entre les forces actives qui assurent la pérennité des fondamentaux immuables du Royaume du Maroc.

De même que le comportement individuel doit contribuer à la réalisation de cette œuvre collective au lieu de se conforter dans l’égoïsme et la revendication du parfait pour éventuellement se parfaire. L’éducation, en plus de l’école où elle s’acquiert, est aussi une affaire de l’espace collectif au sein duquel se meuvent les individus ; de la rue à l’environnement en général.

La responsabilité de chacun contribue à la mobilisation générale et à l’enthousiasme populaire pour consolider le processus démocratique et vivre le partage dans la sérénité et le bien-être au lieu du développement de l’autoritarisme, l’impunité et le favoritisme.

Autant nous sommes responsables de nous-mêmes, autant nous sommes responsables des autres avec lesquels on partage le même territoire et la même histoire. Responsables devant nos semblables avant toute autre puissance omniprésente. C’est là aussi un facteur non économique du développement, toute autre approche ne peut que conduire à la supercherie.

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