Abattre le racisme en détruisant ses symboles?

Outre les multiples manifestations dénonçant les violences policières exercées contre les personnes dites «de couleur» auxquelles elle a donné lieu, en plusieurs endroits de la planète, la mort de George Floyd a ramené aux mémoires l’héritage de ce douloureux passé colonial esclavagiste qui n’est pas propre aux seuls Etats-Unis où il est symbolisé par de nombreux monuments à la gloire de l’armée confédérée lors de la guerre de Sécession mais qui appartient également à de nombreuses autres «puissances» des siècles passés.

Ainsi, le malheureux évènement dont le héros a été, cette fois-ci, un policier de Minneapolis et la victime un jeune afro-américain, a ravivé une plaie toujours béante. La mémoire de Christophe Colomb a été la première à en payer les frais. Longtemps présenté comme étant le «découvreur de l’Amérique», le navigateur génois est, également, pointé du doigt en tant que l’une des figures «marquantes» du génocide des Amérindiens.

Etant donc dénoncé au même titre que tous les esclavagistes dont ces fameux généraux conférés de la guerre de Sécession, sa statue qui trônait sur une stèle, dans le parc qui porte son nom au centre de Boston, a été décapitée. A Miami, en Floride, une autre statue de l’explorateur génois a été vandalisée et l’on pouvait y lire, écrites avec de la peinture rouge, «Black Lives Matter» (les vies noires comptent) et «George Floyd». A Richmond, en Virginie, la statue de Christophe Colomb a, cette fois-ci, été trainée, à l’aide de cordes, jusqu’à un lac voisin avant d’y être jetée.

Pour rappel, plusieurs villes américaines, à l’exception de Boston et de New York qui comptent de très fortes communautés d’origine italienne, avaient déjà remplacé la célébration, au mois d’Octobre de chaque année, du «Colombus Day» – journée fériée depuis 1937 – par une journée d’hommage aux «peuples indigènes».

La semaine dernière, le gouverneur de Virginie – région où s’étaient installés les premiers colons anglais et qui devint, par la suite, le cœur battant de l’Amérique esclavagiste – a fait part de son intention de déboulonner, au plus vite, la statue du général Robert E. Lee qui était le commandant en chef de l’armée sudiste.

Mais la dénonciation du racisme et de l’esclavagisme auxquels a donné lieu l’assassinat de George Floyd par un policier de Minneapolis ne s’est pas limité à la ville et à ses environs mais s’est, pratiquement, étendu à l’ensemble de la planète comme une traînée de poudre. Ainsi, à Bristol, en Angleterre, des manifestants ont renversé, ce dimanche, puis jeté dans la rivière, la statue d’Edward Colston, un célèbre marchand d’esclaves qui vivait du 18ème siècle. Mardi, vint le tour de la Belgique.

Aussi, après qu’un buste de Léopold II, l’ancien roi des Belges  dont la «mission civilisatrice» menée au  Congo au titre de l’exploitation du caoutchouc fut un des plus violents régimes coloniaux de l’Histoire ait été vandalisé à Tervuren, près de Bruxelles, la municipalité d’Anvers a immédiatement procédé à l’enlèvement du monument à l’effigie de ce dernier qui trônait au milieu d’un square de la ville.

Et si, dans les territoires français d’outre-mer et notamment en Martinique, les statues de Victor Schoelcher, initiateur du décret du 17 avril 1848 qui avait définitivement aboli l’esclavage en France et dans les colonies françaises selon le principe qui veut que «le sol de la France affranchit l’esclave qui le touche», avaient été vandalisées avant la mort de George Floyd, cela dénote qu’au 21ème siècle, le racisme et l’esclavagisme suscitent encore des appréhensions divergentes et moult conflits. C’est à ce titre, d’ailleurs, que le «Conseil représentatif des associations noires de France» s’insurge, depuis plusieurs années déjà, contre la présence, dans certaines villes françaises, des statues de Colbert, ce ministre des finances de Louis XIV qui fut à l’origine du «Code noir» de 1685 qui précisait le statut civil et pénal des esclaves dans les colonies, leurs relations avec leurs maîtres et, enfin, leur statut patrimonial qui les réduisait à l’état de «biens meubles» dont le maître peut user, abuser et disposer selon ses convenances.

Enfin, bien qu’il y ait une globalisation du mouvement antiraciste dans la mesure où les mêmes gestes symboliques de saccage des statues et des monuments érigées à la gloire des racistes se retrouvent un peu partout dans le monde, les défenseurs du racisme et de l’esclavagisme sont toujours présents. Or, l’exclusion d’une frange de la population à cause de la couleur de sa peau est toujours une source de conflit. Y sera-t-il mis fin un jour ? Osons l’espérer et attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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