Passe d’arme autour de la présence de Taïwan à l’ONU

Chine-USA

La Chine a rejeté mercredi la proposition des Etats-Unis d’accorder à Taïwan une « participation significative » à l’ONU, après les déclarations de Joe Biden sur son « engagement » à défendre l’île d’une éventuelle attaque chinoise.

« Taïwan est un partenaire crucial des Etats-Unis et une réussite démocratique », a estimé mardi le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken sur fond de tensions croissantes avec Pékin autour du sort de l’île.

Dans un communiqué, il a appelé le reste du monde à « soutenir une participation significative et robuste de Taïwan dans le système de l’ONU et la communauté internationale », estimant que sa contribution était nécessaire pour faire face « à un nombre sans précédent de défis mondiaux ».

La réaction chinoise ne s’est pas fait attendre: « Taïwan n’a aucun droit de participation à l’ONU », a déclaré mercredi à Pékin le porte-parole du Bureau des affaires taïwanaises, Ma Xiaoguang, rappelant que seuls des Etats souverains peuvent adhérer aux Nations unies.

La polémique entre les deux géants du Pacifique survient alors que le régime communiste vient de célébrer avec fanfare le 50e anniversaire de son adhésion à l’ONU, au détriment du gouvernement taïwanais qui occupait jusque-là le siège attribué à la Chine.

Antony Blinken a relevé que la participation de Taïwan « à certaines agences spécialisées de l’ONU » avait été effective « au cours de l’essentiel des 50 dernières années ».

Il a toutefois fait remarquer qu’elle était devenue « récemment » impossible, notamment au sein de l’Organisation mondiale de la Santé ou de l’Organisation de l’aviation civile internationale — pointant, sans la nommer, l’opposition grandissante de la Chine.

« L’exclusion de Taïwan sape le travail important de l’ONU et de ses agences », a-t-il insisté.

Le secrétaire d’Etat affirme qu’une participation taïwanaise au système onusien « n’est pas une question politique, mais une question pragmatique », et martèle qu’elle est conforme à sa doctrine à l’égard de l’île et de la Chine.

« Merci M. Blinken de reconnaître le rôle de Taïwan en tant que partenaire vital des Etats-Unis et modèle démocratique », a réagi sur Twitter la diplomatie taïwanaise, saluant un soutien « crucial pour faire face efficacement aux défis mondiaux ».

Washington défend régulièrement une meilleure représentation de Taipei dans les agences des Nations unies et les réunions internationales. Mais la publication d’un tel communiqué alors que les tensions sont à leur comble avec Pékin, sur cette question comme sur moult autres sujets, semble destinée à adresser un nouveau message de fermeté.

La Chine considère l’île de 23 millions d’habitants, qu’elle ne contrôle pas, comme une de ses provinces en attente de réunification avec le reste du pays.

Mais le géant asiatique a multiplié ces derniers temps les incursions d’avions de guerre dans la zone d’identification de défense aérienne (Adiz) de Taïwan, faisant redouter une volonté de rompre à terme avec le statu quo — et poussant les Etats-Unis à hausser le ton.

Interrogé la semaine dernière sur la possibilité d’une intervention militaire américaine pour défendre Taïwan en cas d’attaque de la Chine, le président Joe Biden avait répondu par l’affirmative: « Oui, nous avons un engagement en ce sens », avait-il déclaré.

Sa déclaration paraissait contredire la politique de longue date des Etats-Unis dite « d’ambiguïté stratégique ». En vertu de celle-ci, Washington aide Taipei à construire et renforcer ses défenses mais sans promettre explicitement de venir à son aide en cas d’attaque.

Les propos du président américain avaient été mal accueillis à Pékin, qui l’avait appelé à la « prudence » afin « de ne pas nuire gravement aux relations sino-américaines ».

Le gouvernement américain avait par la suite pris soin d’assurer que sa politique à l’égard de Taïwan n’avait pas changé.

Les Etats-Unis reconnaissent depuis 1979 la Chine communiste, au détriment de Taïwan, mais le Congrès américain impose parallèlement de fournir des armes à l’île pour sa défense. (AFP)

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