Silence, on tourne à Agadir! C’est aujourd’hui, lundi 8 décembre dans la soirée que le rideau s’ouvre et le tapis se déroule vers la légendaire bâtisse Rialto pour accueillir, la 16e manche du festival international du Cinéma et migrations de la ville d’Agadir.

Tous les mordus du cinéma du royaume et de nombre de contrées du monde se donnent rendez-vous dans la capitale du Souss pour passer ensemble des jours de partage et d’échanges autour de l’une des thématiques les plus en  vogue de ces temps-ci, à travers le monde que sont les migrations, sous toutes leur forme. C’est aujourd’hui que les projecteurs sont braqués sur les sommités du cinéma du pays et d’ailleurs, à la rencontre de l’image et les effets sonores où le génie de la femme et de l’homme retient en haleine les visiteurs de toutes parts.

Comme à l’accoutumée, depuis seize ans, jour pour jour, cette activité artistique hors pair draine une pléthore de penseurs, de critiques, de cinéastes, d’intellectuels, traitant par le message et le verbe leurs soucis de société, entourés par un public en liesse. Depuis déjà plus d’une décennie demie, le festival cinéma et migrations constituait, pour tous les adeptes du cinéma, le refuge du grand salut et le substitut de l’atroce frustration. Et pourtant, le cinéma d’Agadir dont la distinction féconde et porteuse se fait ressentir de plus en plus davantage, puisqu’elle s’incruste dans le registre le plus étendu de la planète, se veut un espace privilégié de débat et de réflexion judicieuse sur les soubassements du phénomène migratoire à travers le globe, notamment lié aux compatriotes installés en Europe et partout ailleurs.

La seizième manche du Festival Cinéma et Migration illuminera les rampes du cinéma Rialto. Une tradition qui continue à briller de mille feux. En effet, comme d’habitude, le festival d’Agadir Cinéma et Migrations conviera une multitude de grandes stars marocaines qui a imprimé, encore une fois, à ce rassemblement, une note d’allégresse  et de liesse avec les fans qui ne cessent de côtoyer et choyer leurs idoles, en chair et en os. Il est bien clair que, au-delà des programmes variés et attractifs que l’association Al Mobadara, organisatrice de cet événement annuel, a bien eu le soin de mettre sur pieds, le festival se distingue chaque année par cette sorte d’intimité émotionnelle qui unit les vedettes du cinéma marocain et leurs fans.

Cependant, après la disparition des  cinémas Salam et Sahara, c’est le tour du cinéma Rialto qui a fermé et ne s’ouvre qu’à l’occasion de cet événement, il y a quelques temps. Des monuments culturels historiques qui ont fait vivre aux générations des moments pathétiques avec les géants du cinéma mondial. Une métropole comme Agadir, second pôle économique, première station balnéaire du royaume et dépositaire de Souss Al Alima, bastion de la science, de la création et de la connaissance, est donc privée de l’une de ses assises d’infrastructures de l’art et de la culture les plus notoires.

Cinéma Rialto était non seulement un havre de projection cinématographique, mais également un âtre soyeux de débats sereins des chefs d’œuvre lors des séances de ciné clubs, de meetings politiques et de prestations théâtrale et musicale. Le festival d’Agadir Cinéma et Migrations, qui souffle aujourd’hui, ses seize années est, sans doute, attaché à ce patrimoine qui résonne encore sous la voix des icônes de l’art, de la culture et de la politique. On peut toujours comprendre l’état désastreux dans lequel se trouve une bonne partie de nos cinémas, du fait, justement, que les gens n’y vont plus et ont sûrement perdu cette fameuse maxime «qui aime la vie, va au cinéma». Devant cet abandon, les propriétaires, vivotant, se trouvent dans l’obligation de fermer boutique et d’aller voir ailleurs, où le foncier devient alléchant et juteux.

De même, il faut bien dire que ces mêmes gens, contaminés par les mutations profondes du commerce et l’urbanisme, ne cherchent plus à investir dans le cinéma aussi aléatoire que velléitaire, surtout qu’ils ne déploient aucun effort pour restaurer et rénover son local transformé en taudis piteux. Cependant, il serait incivique de sacrifier un patrimoine culturel et sociétal qui appartient, dorénavant, à toute une conscience collective. C’est le cas du cinéma Salam qui git toujours tel un pachyderme éventré et, maintenant, du cinéma Rialto qui tire sa révérence au grand dam des populations. Un débat profond auquel sont conviés les institutionnels, les élus, la société civile, les professionnels…pour sortir la ville du marasme de cette privation consternante.

Saoudi El Amalki

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