A l’ère du coronavirus, les fleurs se fanent

«Je regarde une rose et je suis apaisé», disait Victor Hugo. Mais aux temps du coronavirus, les fleurs se fanent. Plus personne n’y prête attention.

Avec le changement des modes de vie et des habitudes de consommation, l’être humain s’intéresse plutôt à ses besoins de survie. Les fleurs, quant à elles, sont tombées aux oubliettes.
Comme d’autres activités qui ont pâti de cette crise, le marché européen des fleurs s’est brutalement effondré, accusant en quelques semaines des pertes colossales.

Sommés de fermer leurs portes en cette période de confinement imposé par la plupart des pays européens pour endiguer la propagation du virus, les fleuristes détruisent leurs stocks, la mort dans l’âme. Idem pour les horticulteurs qui ne peuvent que constater l’ampleur des dégâts alors que leurs fleurs ne trouvent plus preneur.
Les Pays-Bas, premier producteur de fleurs en Europe, sont touchés de plein fouet par cette crise.

Véritable plaque tournante de l’industrie florale à l’échelle internationale, le marché aux fleurs d’Aalsmeer, situé dans la commune néerlandaise éponyme, a été particulièrement impacté par la pandémie.

Le géant néerlandais de l’horticulture, la coopérative Royal FloraHolland, qui commercialise chaque année quelque 12,1 milliards de fleurs et plantes de plus de 30.000 variétés dans ce marché, le plus grand au monde, se dit confronté à une situation « dramatique ».

« La situation du marché est dramatique. Les prix des deux dernières semaines ont été jusqu’à 50% inférieurs à la normale », déplore Steven van Schilfgaarde, directeur général de Royal FloraHolland qui s’attend à ce qu’une grande partie de la production soit détruite.

Pour lui, à l’approche des beaux jours de printemps et de la fête des mères, cette crise « arrive au pire moment possible ».

« Le chiffre d’affaires habituel pour cette période est de 150 à 200 millions d’euros par semaine », note M. van Schilfgaarde, relevant que sans prêts d’urgence du gouvernement et des banques et d’autres formes de soutien financier, de nombreuses entreprises vont bientôt faire faillite.

« Cela ne s’est jamais produit à une telle échelle dans l’histoire de la coopérative en plus de 100 ans. La survie de nombreuses entreprises, horticulteurs et commerçants est en jeu », ajoute-t-il.

Van Schilfgaarde affirme que Royal FloraHolland, en tant que coopérative de producteurs, fait tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir les producteurs et les sociétés commerciales, mais le secteur « n’a pas les moyens de faire face à cette crise ».

A cause de la pandémie du coronavirus, l’industrie florale risque de subir des dommages « irréparables », prévient-t-il.

Cette situation pourrait en effet avoir des répercussions économiques majeures pour les Pays-Bas qui représentent près de la moitié du commerce mondial des produits de la floriculture.

Troisième secteur d’exportation dans le pays avec des exportations se chiffrant à près de 6,2 milliards d’euros, l’industrie florale emploie, par ailleurs, quelque 150.000 personnes aux Pays Bas.

Autre conséquence majeure de la crise du coronavirus sur le secteur néerlandais des fleurs: le célèbre parc floral de Keukenhof n’ouvrira pas ses portes cette année au public.

Situé au sud d’Amsterdam au milieu de champs de tulipes à perte de vue, ce parc est vitrine de la floriculture néerlandaise.

En attirant près de 1,5 million de visiteurs des quatre coins du monde chaque année, le parc floral de Keukenhof génère des retombées économiques estimées à 325 millions d’euros.

« Le fait que Keukenhof ne puisse pas ouvrir ses portes cette année a un énorme impact financier. Il n’y aura pas de revenus, alors que la plupart des coûts ont été engagés », font observer les responsables du parc. Ils précisent ainsi que les dommages causés par la pandémie du coronavirus concernent non seulement l’industrie florale, mais aussi les secteurs touristiques et des transports.

Accablés par le sort funeste réservé à leurs chrysanthèmes, jonquilles, lilas et tulipes… les horticulteurs néerlandais et européens guettent impatiemment la fin de cette crise, avec l’espoir de voir enfin leur activité fleurir à nouveau.

Afaf Razouki

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