Ali Yata, un leader d’exception!

Il y a 21 ans, jour pour jour, s’est éteint Ali Yata, au faîte de sa vista de grand visionnaire clairvoyant.  Sa disparition à la fois brusque et tragique au moment où la nation s’apprêtait à s’engager dans une nouvelle transition plutôt consensuelle, endeuillait toute l’élite politique nationale.

Alors qu’il ignorait qu’il allait être mortellement cogné par un maudit véhicule sur la chaussée, il venait de rédiger, peu de temps auparavant dans son bureau, une ultime missive qu’il comptait faire parvenir à ses alliés de la Koutla démocratique. Il rendit l’âme, mais son rêve auquel il tenait tant, verra naître, une année après, l’Alternance où trônaient pour la première fois dans les annales de l’exécutif, des formations de la gauche marocaine. Dès lors, la monarchie et le mouvement national, en parfaite convergence, se lancent dans une panoplie de générations de réformes sur tous les plans.

L’école politique empreinte de probité que Si Ali s’ingéniait à faire germer dans les rangs de son parti, des décennies durant, allait enfanter, à la postérité, un patrimoine fécond que nul n’est censé contourner. Un héritage humaniste où se côtoient, d’une façon organique et indissociable, l’attachement indéfectible aux fondamentaux de la partie et l’adhésion sans faille à l’universalité que prône le Socialisme.

Un legs intarissable au sein duquel se meuvent les préceptes de l’intégrité, de l’honnêteté et du sérieux, placés au dessus de toute autre considération. Lorsque feu Hassan II avait reçu, dans le temps, une délégation de la direction du parti, conduite par son leader, il avait proféré, sans ambages, ces propos : «Vous avez cette particularité de dire haut ce que vous avez sur le cœur!». Le charisme de cette figure de proue forçait le respect et la reconnaissance, en dépit des désaccords!

Cette distinction avérée qui illuminait le parcours du bâtisseur de ce fin édifice que ni les geôles du joug colonial ni les carcans de la tyrannie des ans de plomb n’ont pu émousser. Le combat farouche pour la liberté et la démocratie n’avaient de sens que dans le sacrifice et l’abnégation. Si Ali savait que le chemin salvateur n’était pas de tout repos, car il crut ardemment à la justesse du processus démocratique de longue haleine. Pour ce faire, il menait une lutte sans merci contre l’extrémisme que Lénine avait qualifié de « maladie infantile du communisme ! ».

Le grand soir qui animait certains groupuscules nihilistes ne faisait que retarder la construction de la société digne et prospère, au lieu de la précipiter comme ils s’évertuent à prétendre. Si Ali, en compagnie de ses compagnons de longue date, égrenait patiemment le chapelet du réalisme dans l’édification du projet de société, tout en tenant en compte les spécificités et les fondements de la nation.

La polyvalence de Si Ali faisait de lui un mentor singulier ! En politique, il arborait l’approche pédagogique où la vertu et la morale constituent la clé de voûte de l’exercice au service du peuple. A l’hémicycle, autre espace institutionnel qu’il mit en avant, sa voix percutante résonnait toujours dans les airs. A lui seul, il mettait de la sève sur la rampe des discours, au point de bouleverser la somnolence des députés nonchalants. En guise de souvenir anecdotique, on évoquera un acte du défunt, non sans humour.

Comme à l’accoutumée, il avait préparé un speech empreint d’analyse et de recherche, mais, au moment de l’intervention, il mit le papier rédigé de côté et s’adressa à toute l’assistance: «Cette fois-ci, honorables députés, je ne vous lirai pas mon allocution si rationnelle, tel que d’habitude, mais je vous lirai, en revanche, une prière de repentance d’un cheikh, espérant qu’elle vous guidera au bon sens !». Une rafale de rires emplissait alors la salle prise au dépourvu.

D’autre part, feu Si Ali était également un militant hors pair dans le domaine de la presse au sein duquel il mettait du métier et du cœur. Il était si convaincu de l’impact du combat journalistique sur la vie des populations, mais aussi en tant que support décisif pour le relèvement du niveau de la liberté d’expression et d’opinion dans un pays émergent. Son assiduité et sa circonspection dans cet axe capital ont imprimé à la presse nationale et, de ce fait, au processus démocratique, les valeurs de la déontologie et de l’éthique.

D’où sortait-il toute cette énergie plurielle ? Là où il s’y mettait, il le faisait avec perspicacité, ténacité et savoir-faire. Si Ali incarnait cette grandeur d’âme qui faisait de lui un leader d’exception. La mémoire du parti et celle de toute une nation s’inspirent à jamais, de ce zénith si généreux, si affable et si dévoué. Il aura ancré les racines d’une ligne de conduite que les générations futures brandissent pour mener à bon port leur mission. Gloire à toi camarade! Repose en paix!

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