Charte de déontologie de la presse

Le respect de l’éthique comme levier de développement du journalisme

Le respect des règles déontologiques constitue l’épine dorsale de la pratique  de la profession de journaliste, ont souligné les participants à la conférence organisée vendredi 15 novembre à Casablanca par le Conseil national de la presse(CNP). Cette rencontre à laquelle ont pris part plusieurs responsables d’entreprises de presse, experts et académiciens, avait pour objectif de sensibiliser les professionnels quant à l’importance de l’élaboration d’une charte déontologique de la presse.

Prenant la parole, Noureddine Miftah, président de la commission de l’entreprise de presse et de la mise à niveau du secteur au sein du CNP, a indiqué que la mise en place de cette charte, qui est d’ailleurs synonyme d’un engagement moral, vise, en premier lieu, la consolidation du secteur de la presse en tant que relais de confiance au sein de la société. Le conférencier a également relevé les difficultés auxquelles sont confrontés les organes de presse qui exercent dans un climat difficile,  marqué plusieurs fragilités économiques et sociales.

«Ce conseil, qui demeure le résultat d’une expérience unique, se distingue du fait qu’il n’est pas seulement un organe d’autorégulation, mais ambitionne aussi de se positionner en tant que conseil économique et social du secteur», a-t-il noté en substance.

Réorganiser le secteur sur des bases démocratiques

Pour l’ancien président de la FMEJ, la présentation de la charte a une haute portée symbolique étant donné que c’est la première fois que notre pays se dote d’un tel document qui a la force de loi et qui s’inspire des expériences universellement reconnues.

De son côté, Younes Moujahid, président du CNP, a considéré que la charte demeure un référentiel pour tous les professionnels, dont la finalité serait de réorganiser le secteur sur des bases démocratiques. D’ailleurs, ce qui fait la spécificité du CNP par rapport à d’autres organes de régulation du pays, c’est qu’il s’est vu attribuer les compétences d’institutions de l’Etat. Mais la mission n’est pas du tout aisée, a-t-il laissé entendre, d’où la nécessité de la mise en place de programmes de formations visant la sensibilisation des journalistes aux dispositions de la charte déontologique, a-t-il précisé.

Cela étant, l’immunisation de la profession passe de facto par la consécration des critères précis et contractuels. Abondant dans le même ordre d’idées, l’ancien secrétaire général du SNPM a fait savoir que le CNP est en train d’élaborer un programme ambitieux pour la réhabilitation de l’entreprise de presse et ce, à travers la mise en place des mesures SMART, à commencer par le lancement d’une campagne nationale visant la promotion de la lecture,  en passant par la création d’une caisse nationale pour la lecture des journaux de presse, sans omettre également l’éducation aux médias en vue de lutter contre les fake news et l’élaboration d’une nouvelle convention collective entre les patrons de presse et les journalistes, entre autres, a-t-il clarifié.

Par ailleurs, Mohamed Selhami, président de la commission de déontologie de la profession et de la discipline, a mis l’accent sur la nécessité de l’implication de tous les acteurs pour la concrétisation des principes de la charte.  «Il s’agit d’une responsabilité partagée nécessitant l’engagement de toutes les parties prenantes. L’objectif escompté de la charte est de favoriser le débat entre les journalistes eux-mêmes et ce, sans aucun pouvoir de contrôle ou de médiation», a-t-il martelé.

Et ce n’est pas tout ! La charte vise également la défense de la liberté d’expression et le droit d’accès à l’information aussi bien pour les journalistes que le grand public en se servant comme un filtre médiatique voire une arme efficace contre l’intox et les fausses informations. En termes plus clairs, «le journaliste n’est point au-dessus de la loi. Il est censé, conformément à sa noble mission, de respecter la vie privée des personnes, leur dignité, de même que leur présomption d’innocence», a-t-il poursuivi. Autre point non moins important, a-t-il insisté, celui de la propriété intellectuelle et de l’édition, soulignant dans ce sens que la lutte contre le plagiat figure au cœur des priorités du CNP afin de recrédibiliser le secteur.  « Le journaliste est responsable, à la fois, vis-à-vis de la société et de ses compères», a-t-il déclaré.

La formation aux droits de l’Homme

Sur un autre registre, Abdelouaheb Rami, professeur des médias, s’est attelé dans son intervention sur les finalités et les orientations  philosophiques de la charte déontologique, en considérant que ce texte demeure un document juridique contraignant qui renforce  les règles de l’éthique professionnelle et de l’engagement éditorial et qui contient des mesures opérationnelles visant la démocratisation de la profession.  Cependant, le chercheur universitaire a appelé à l’élargissement du concept de l’éthique professionnelle pour que la responsabilité soit assumée à la fois par le rédacteur en chef et les éditeurs. Selon lui, l’indépendance du secteur de la presse requiert de faire preuve d’une objectivité totale et que l’information communiquée ne fasse nullement l’objet de manipulation aussi bien pour le journaliste que les éditeurs  de presse.

Quant à Jamila Seyouri, présidente de l’association «Adala»,  elle a relevé certaines «faiblesses» de la charte, estimant que ce document n’inclut pas les mécanismes nécessaires assurant la protection du journaliste et le respect de sa dignité. Pour elle, le texte de la charte accuse des lacunes, puisqu’elle impose plus d’obligations aux journalistes qu’il ne leur accorde de droits.

Pour elle, l’implication du journaliste dans le Conseil de rédaction est un principe fondamental de la démocratisation des médias. Cela étant,  la mise en place des mécanismes participatifs est un enjeu crucial pour la liberté de presse.

Au final, Ali Karimi, professeur de droit public à l’Université Hassan II à Casablanca, a soulevé la question de la formation des professionnels des médias en insistant sur le fait que le journaliste doit faire montre de prudence  en maitrisant parfaitement  ses sources d’information  comme l’exigent les règles du professionnalisme. Ali Karimi a appelé les responsables des instituts de presse à introduire la matière des droits de l’Homme dans les programmes de formation afin d’aiguiser davantage leurs compétences professionnelles.

Khalid Darfaf

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