Déterminés et unis

Session extraordinaire tenue à distance du Comité Central du PPS

De prime abord, il est légitime de ressentir une fierté pour la réalisation de cette prouesse malgré quelques couacs techniques qui, pour une première, peuvent être classés dans la réalité banale des choses. Certainement que le respect des échéances organisationnelles ont dicté la tenue de cette réunion ; sans pour autant éloigner que la direction du parti cherche à faire passer des messages à qui de droit. Se faire entendre par la population et par les pouvoirs publics, par l’Etat, est l’une des conclusions du secrétaire général avec laquelle se trouve affirmée la volonté d’assumer pleinement le rôle imparti aux organisations politiques au contraire de ce qui se propage communément.

Des camarades discipliné(e)s avec une dose d’autosatisfaction non négligeable et une approche critique non absente ; mais qui reste enserrée dans un discours, parfois composé et l’empêche d’apparaitre, parfois passéiste avec des sous-entendus politique et idéologique non clairement exprimés.

C’est vrai que pendant les cinq minutes allouées pour chaque intervention, il est difficile, pour des personnes qui ne maitrisent pas toujours les modalités de la communication, d’aborder tout ce qu’ils ont en tête d’une manière claire, concise et concluante. A part celles et ceux qui sont habitués à user de la parole, ne s’improvise pas tribun qui veut. La rédaction préalable, mais aussi la fonction (avocat, professeur, élu …) permet l’utilisation du temps de parole d’une manière plus prolixe.

Le rapport du Bureau Politique ayant été communiqué bien avant, les interventions s’inscrivaient, dés l’introduction et selon une habitude oratoire, dans le cadre politique ainsi défini. Relique du centralisme démocratique et de ses conséquences sur le comportement des individus, sans que cela n’empêche  une ou deux parenthèses qui se voulaient en opposition ou tout au moins nuancées par rapport à la ligne directrice du rapport. Il est à signaler que le secrétaire général s’est  suffi, au début de la réunion, d’une présentation résumée du contenu du document, eu égard au caractère extraordinaire de la session.

Une grande partie des interventions s’est fait l’écho des doléances de la population, des insuffisances ou des performances de la gestion locale de la crise sanitaire et de la formulation de vœux concernant l’avenir en revendiquant un intérêt plus grand pour la personne humaine dans notre beau pays, son éducation, sa santé et ses conditions de vie en général. S’appuyant sur des chiffres officiels, le secrétaire général avait rappelé dans sa présentation préliminaire les nombreux aspects de la fragilité de la société marocaine. De la précarité, de la pauvreté, des moyens de subsistance aléatoires … ce qui lui donne l’occasion de saluer la solidarité qui s’est développée, à travers de multiples aspects et par de nombreux et divers contributeurs, pour faire face à l’indigence, au dénuement et au besoin dans lesquels se trouvaient des familles suite au confinement.

Pour les membres du Comité central, la question sociale est un sujet central. Le rôle de l’Etat devrait se conforter beaucoup plus que par le passé. « Le rôle vital du secteur public, qui a été en première ligne dans la bataille et en a supporté la plus grande partie des coûts. Ce qui s’est incrusté et ancré dans la conscience collective  des citoyens pour en faire une option définitive à l’avenir pour ce qui est de l’approche des politiques publiques nationales».

Des interventions ont ciblé clairement les méfaits des choix inscrits dans une approche néolibérale dans la gestion des affaires publiques et ses conséquences sur la situation de l’enseignement et la santé de la population, l’exacerbation des inégalités sociales et leur approfondissement ainsi que les atteintes graves portées à l’environnement.

C’est l’occasion pour confirmer l’orientation socialiste du parti. Fukuyama et son repenti sont rappelés pour insister sur les fondements idéologiques qui déterminent la réflexion et l’action du PPS. Ce référentiel est décliné « dans la question de la démocratie, des libertés et de l’égalité … dans le rôle essentiel de l’Etat dans l’économie, sans toutefois  nier le rôle que doit jouer le  secteur privé … en hissant la question sociale au rang de  priorité absolue … défendre farouchement la cause écologique et le respect de la nature… connaissant et considérant plus que quiconque la valeur de la planification stratégique».

Le contexte politique n’est pas oublié. Le retrait du projet de loi 22-20 est réitéré avec force. La consolidation de l’unité nationale, la mobilisation populaire contre l’épidémie  et le respect des décisions sanitaires ne sont pas antinomiques avec la critique de la Commission de Vigilance Economique et la dénonciation du caractère confiné de l’action gouvernementale. Le politique a son mot à dire réclame le secrétaire général en usant d’une gestuelle maîtrisée. L’édification de l’Etat national et démocratique nécessite un Etat fort par sa démocratie et un tissu économique fort. Une vraie démocratie où la discussion publique des déclarations gouvernementales est finalisée par un vote au sein du parlement ; et non qu’elle soit étouffée par une quelconque application procédurale.

Les interventions des membres du Comité central ne se limitent pas à la description des insuffisances constatées mais présentent des propositions. « La vision du parti repose sur cinq fondements: l’homme au cœur du processus de développement, une croissance économique rapide et continue, une gouvernance améliorée, un climat propice au travail et aux affaires, en plus de la dimension relative aux valeurs, à la culture et aux questions de société, et enfin la démocratie pour le portage du modèle de développement».

 L’encouragement de la recherche scientifique nationale, garder ses « cerveaux » et les utiliser à bon escient reviennent en relation avec le développement inclusif nécessaire pour garantir le bienêtre à tous.

La situation de l’informel et ses conséquences est abordée ainsi que la réforme de la fiscalité, nécessaire «afin que tous participent, de façon permanente et chacun selon ses capacités, aux coûts et à  l’effort de développement national».

La femme est l’avenir de l’homme chantait le poète. Elle a montré qu’elle est aussi son présent dans les conditions difficiles et qu’elle mérite un traitement et une reconnaissance d’égalité.

L’art et la culture, «la pensée et la création pour faire face aux effets dévastateurs de cette politique aliénante afin de permettre l’éclosion des valeurs humanistes en remplacement  des valeurs de la marchandisation, de la consommation et de l’individualisme».

Pour demain, il s’agira d’établir  « un nouveau contrat politique, s’appuyant sur un pacte social qui préserve la paix sociale, dont les parties seront l’Etat, les syndicats et les employeurs, pacte social qui ambitionne de mettre en œuvre la démocratie, les libertés et l’égalité avec l’objectif de créer un climat de mobilisation nationale et de mettre en œuvre  un plan économique et social ambitieux et élaboré dans la concertation ; un nouveau contrat politique  comportant une redéfinition des priorités  aux niveaux politique, économique, social, écologique, culturel et scientifique et privilégiant tout ce qui est susceptible de contribuer à la qualification et à la formation de l’être humain et de lui assurer la protection sociale».

La situation organisationnelle du parti a été traitée pour encore plus d’ouverture.  Des jeunes convaincus et motivés cherchent  à s’engager par centaines dans les rangs du parti. Ce «sang nouveau» comme l’usage le désigne ne doit pas se trouver confronté à des blocages sans nom. Le renforcement du parti est une des clés de sa réussite. Autant pour le pays que pour le parti, investir dans le capital humain, sa formation et son habilitation, est une obligation qui conditionne l’avenir.

Concluant les travaux de la session extraordinaire qui restera ouverte, dans l’attente du déconfinement et de la perspective d’une rencontre ordinaire,  une certaine émotion est apparue sur le visage du secrétaire général quand il s’est agi de remercier toutes celles et tous ceux qui ont participé au succès de l’organisation de cet événement. Des larmes qui montent suite à l’effort collectif et au défi de réussir avec les moyens du bord ce que d’autres n’osent même pas envisager.

Une chanson cairote voudrait que les camarades soient dans l’incertitude. Cette réunion extraordinaire du Comité Central tenue à distance semble la démentir; car les camarades, au Parti du Progrès et du Socialisme, sont déterminés et unis.

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