Docteur, Je suis toujours ballonné

Un trouble bénin mais irritant à la longue, le ballonnement est d’autant plus frustrant qu’aucun remède ne le soulage. Mais il semble aujourd’hui possible de s’en débarrasser grâce à de nouvelles approches de traitement.

Est-ce que c’est grave?

Ballonnement, gaz, gonflement… beaucoup de descriptions pour un même état que connaît un grand nombre de gens à des degrés différents, certains parleront même de sensation de quasi explosion. Il est à l’origine d’un inconfort lors de la digestion. A ne pas confondre bien sûr avec une occlusion qui traduit un arrêt complet des gaz et des selles et qui est une urgence, le ballonnement est sans danger, mais il est quand même mal vécu par la plupart, surtout lorsqu’il s’inscrit dans la durée.

Qu’est ce qui cause ce ballonnement?

Ce que nous croyions jusqu’à récemment, c’est que le ballonnement est la conséquence de trop de rétention de gaz intestinaux seulement. D’ailleurs le fait d’agir sur ce volet seul donne peu voire pas de résultats. Grâce à de multiples recherches, nous arrivons à mieux comprendre aujourd’hui qu’en fait il s’agit de plusieurs autres facteurs. La musculature abdominale est mise en cause, et serait dysfonctionnelle chez certains des patients ballonnés : les muscles de l’abdomen se relâchent trop après le repas et on peut avoir un ventre très gonflé. D’autre part, ces personnes seraient plus sensibles que d’autres à la douleur : tandis que ce phénomène de digestion et ses contractions se passe silencieusement chez le sujet sain, chez d’autres il serait perçu douloureusement ou du moins désagréablement. Les gaz ont bien sûr leur rôle là-dedans : ils sont d’une part, produits en excès et d’autre part, pas assez bien évacués. C’est là le rôle de l’alimentation et des bactéries intestinales qui les fermentent.

Quelle alimentation en cause?

Les aliments incriminés sont les aliments qui fermentent le plus et donc qui vont produire plus de gaz. Les aliments avec la plus forte capacité à produire des gaz sont le haricot blanc, le chou, les oignons, le céleri, les carottes, les pruneaux, les abricots et les bananes. Les aliments les plus fermentescibles car riches en fructose sont également : la pomme, poire, prune, pruneau, raisin, figue, datte, fruits en boîte, jus de pomme, de raisin, de poire, confiture au jus de fruits, miel, boissons gazeuses et gommes à mâcher. La liste est donc plus longue que dans notre imagination qui pense que seules les boissons gazeuses et les féculents donnent des gaz. Mais il faut savoir que l’alimentation n’est pas le seul facteur influençant le ballonnement intestinal. C’est ce qui explique certains commentaires du genre : je ne mange aucun des aliments producteurs de gaz mais ça ne change rien à mon cas.

Quel traitement?

Logiquement, on devrait s’attaquer à toutes les causes du ballonnement : le dysfonctionnement musculaire, la rétention des gaz et l’hypersensibilité. Il n’existe pas jusqu’à présent de traitement ciblant le dysfonctionnement de la musculature abdominale dans cette condition.

Les conseils diététiques reposent sur l’éviction des aliments cités plus haut. On prescrit généralement du charbon actif pour l’absorption des gaz mais son efficacité n’est pas très grande. Certains nouveaux traitements permettent d’agir sur l’hypersensibilité et en même temps sur l’évacuation des gaz en agissant sur les récepteurs de la sérotonine (transmetteur du système nerveux). Des antidépresseurs à petite dose peuvent aussi être essayés.

L’espoir le plus grand de pouvoir soulager ce mal reste les probiotiques : ce sont des bactéries qui aident à réguler notre flore intestinale (les bactéries vivant dans notre intestin). L’activité physique ou le sport modéré a aussi un effet bénéfique sur le ballonnement s’il est pratiqué régulièrement.

En pratique

Le ballonnement intestinal révèle un déséquilibre global de l’intestin : mauvaise compliance des muscles, mauvaise circulation des gaz, sensibilité anormale… Sa prise en charge doit donc absolument comporter une vue d’ensemble : un seul traitement ou médicament ne peut pas venir à bout de ce mal. Le changement des habitudes alimentaires est une étape essentielle qui doit être menée intelligemment : les régimes stricts étant très difficiles à appliquer dans la durée, l’approche doit plutôt se faire au cas par cas par des tests de sensibilité aux aliments propres à chacun. Le fait d’accompagner le patient sur le plan psychologique est aussi très important : en effet beaucoup de troubles intestinaux s’aggravent par l’anxiété ou le stress. Les résultats ne se voient pas d’une façon immédiate et il ne faut pas perdre patience pour autant.

Dr Ilham Azghari

(Hépato-gastroentérologue

drazghari.gastro@gmail.com)

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