«Les subventions aux arts plastiques pourraient connaitre un réexamen»

Malgré les subventions accordées au secteur des arts plastiques,  ces dernières pourraient connaitre un réexamen, a affirmé Mohammed Mansouri Idrissi, artiste peintre et président du Syndicat Marocain des Artistes Plasticiens Professionnels. «On doit souligner que les arts plastiques ne sont pas aussi bien dotés en comparaison à d’autres secteurs culturels. Il faudrait un rééquilibrage à ce niveau. Mais d’une manière générale, les subventions pour les arts plastiques pourraient connaitre un réexamen», a-t-il fait savoir.

Al Bayane: Que pensez-vous des enveloppes budgétaires allouées aux arts plastiques? Le marché de l’art marocain a-t-il besoin de soutien pour mieux se structurer?

Mohammed Mansouri Idrissi : On ne peut ignorer les efforts consentis par l’Etat et le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports  pour soutenir la création artistique et culturelle: arts plastiques, musique, cinéma, théâtre(…). La subvention et l’aide publiques doivent être consolidées car il n’y a pas un réel marché de l’art au Maroc. Les arts et la culture ne sont pas un luxe. Quand les possibilités du marché sont insuffisantes, l’Etat est obligé de soutenir la création. C’est ce que fait par exemple la France pour le cinéma et même pour l’art contemporain qui bénéficient d’une très forte subvention publique.

Quid du Maroc…alors?

Chez nous au Maroc, les efforts consentis sont incontestables. Rien que pour la première session de 2018, le Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports avait annoncé que 865 projets culturels, artistiques ou créatifs ont été subventionnés pour l’Edition, le Livre, les Bibliothèques, le Théâtre, les Arts Plastiques…

Mais il faut souligner que les arts plastiques ne sont pas aussi bien dotés en comparaison à d’autres secteurs culturels. Il faudrait un rééquilibrage à ce niveau. Mais d’une manière générale,  les subventions aux arts plastiques pourraient connaitre un réexamen.

Que proposez-vous pour que la roue des arts plastiques puisse tourner? Les subventions auront-elles des retombées bénéfiques sur le secteur?

Aujourd’hui, il y a une unanimité pour dire que les résidences d’artistes, fortement subventionnées, n’ont pas atteint les objectifs souhaités. Ces résidences ne concernent que quelques personnes et leur rayonnement est devenu terne. Il faudrait évaluer leur rendement. Par contre, la communauté des artistes plasticiens n’a pas compris que le soutien apporté aux monographies (qui sont d’importants éléments de la mémoire culturelle)  soit suspendu!

Sur le plan de la méthodologie du travail de la commission, le mode de sélection des projets (présentés par des artistes, des galeristes ou des organisateurs de salon) doit être revu. On ne peut plus continuer à étudier les projets sur papier et sur dossier. Il faudrait que le candidat  puisse venir et présenter lui-même son projet face à la commission. L’échange avec les membres de la commission lui permettra d’expliquer, de défendre sa vision et aussi de bénéficier des conseils utiles. Cette méthode de travail est celle déjà adoptée depuis longtemps, par la commission de soutien du cinéma ou des festivals qui reçoit, écoute et discute avec les candidats à la subvention.

Le Ministère de la culture pourrait aussi créer des Commissions régionales avec des fonds régionaux pour déconcentrer la politique de subvention. L’objectif serait de promouvoir les arts dans les territoires et accompagner matériellement l’organisation des évènements locaux en faveur des talents émergents, y compris par l’acquisition de leurs œuvres.

Mais pour que la politique de déconcentration et décentralisation des arts et de la culture prenne tout son sens, il est temps que les collectivités territoriales (les communes et les régions) qui ont de larges compétences définies par la loi  en matière d’animation culturelle participent à cet effort. Les communes et les régions doivent participer à l’organisation d’expositions et de salons. Elles doivent aussi passer des commandes aux artistes plasticiens  pour embellir les entrées des villes, les rues, les jardins, les parcs, les ronds-points et les établissements communaux. Le  Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports ne peut à lui seul prendre en charge la mission de la subvention et de l’aide publique aux arts et à la culture.

Où en sommes-nous de la participation marocaine aux biennales et marchés de l’art internationaux? Les artistes et l’art marocain ont-ils une visibilité au-delà des frontières? Comment les subventions peuvent-elles développer la diplomatie culturelle et artistique?

Sur le plan international, la subvention devrait s’ouvrir sur les grandes manifestations dans le monde. Il faudrait aider les créateurs plasticiens pour une réelle participation à l’étranger, ce qui  contribuera aussi au  rayonnement international de notre culture.  Il faudrait accorder des subventions après examen minutieux du projet aux artistes et aux galeristes et les aider pour les différentes charges, par exemple, la location des stands lors des manifestations ou foires internationales, y compris le transport des œuvres qui devrait être flexible. Et ce, au même titre que les autres secteurs de l’économie qui sont fortement présents dans des salons spécialisés à l’étranger.  On devrait être convaincu que la notion de «Maroc Export» concerne également  les arts et la culture.

Dans ce sens, le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports  pourrait participer à la création et au montage  de grandes expositions, avec des concepts forts, susceptibles de voyager dans les grandes capitales du marché de l’art (Londres, New-York, Hong Kong…).

Enfin, il est nécessaire que les crédits consacrés à la  subvention publique pour les arts et la culture soient augmentés et considérés comme un outil stratégique pour le développement socioculturel et humain et aussi pour le rayonnement culturel international de notre pays.

Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef

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