«Nos budgets pour le cinéma sont faibles»

Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef

Avant de se lancer dans le cinéma, la jeune réalisatrice australienne Shannon Murphy a fait ses premiers pas dans le théâtre, sur les planches.  En effet après avoir réalisé des courts métrages entre autres «Kharisma», elle vient de signer son premier long métrage de fiction «Babyteeth» qui a été projeté dimanche dernier dans le cadre de la compétition officielle du FIFM. Le film puissant  relatant l’histoire d’une adolescente atteinte  au cancer dans la fleur de l’âge, mais qui se bat contre la maladie, la dépression et l’avenir incertain.  Dans le film les comédiens transforment la situation tragique à une comédie où l’amour triomphe.

Al Bayane: Au début vous fêtes du théâtre, et là vous venez de signer votre premier long métrage de fiction.  Pour quelle raison faites-vous les films?

Shannon Murphy : Ce que je cherche toujours à faire, peu importe le projet dans lequel je me lance, c’est de faire quelque chose de spécial. Je dis souvent à mes créateurs, faisons quelque chose qui n’a jamais été fait avant, faisons quelque chose qui fait peur, prenons des risques. J’essaie de pousser les limites dans la façon de raconter une histoire particulière. Je crois que la plupart du temps, les cinématographes et moi, nous faisons référence aux photographes un peu plus. Je crois que cela est certainement lié à mon background dans le théâtre. Je trouve de l’inspiration pour le design dans les images et les couleurs. Et voilà pourquoi je suis plus encline vers la photographie que la cinématographie.

Vous avez abordé également un sujet très profond dans le film, à savoir le cancer. Comment avez-vous pu aborder ce sujet?

Je n’y ai jamais pensé comme un film sur le cancer. Pour moi, il s’agit plus de penser avec l’honnêteté à ce que cela serait d’être dans une pareille situation. Et Rita a écrit à propos de cela. Elle a raconté  l’histoire d’une de ses amies souffrant de cancer qui est décédée quand elle était encore jeune. Elle raconte comment elle vivait sa vie d’une manière vibrante et fascinante. Elle prenait par exemple des myrtilles chaque matin pour avoir de belles lèvres. Elle était encore très amoureuse. Elle vivait pleinement la vie malgré la situation.  Donc je voulais montrer comment Milla se sentirait dans le monde. Dans le film, on voit qu’elle est plus intéressée par le fait d’être adolescente que par toute autre chose. Quand vous parlez avec les gens qui s’occupent des enfants souffrant de cancer, ils vous disent que les enfants ont tendance à jouer davantage des rôles. Ils savent qu’ils ont potentiellement peu de temps à vivre.

On a l’impression dans le film Moses n’aime pas Milla, et pourtant celle-ci l’aime vraiment. Que pouvez-vous nous dire à ce propos?

Je pense qu’il arrive bien souvent dans des relations qu’une personne soit plus amoureuse que l’autre. Et elle reste dans la relation parce qu’elle trouve ce qu’elle cherche. Par exemple, dans le film, Milla donnait la plupart du temps à Moses ce qu’il cherchait depuis. Elle se sentait ouverte et était honnête Avec lui. En outre, chez elle, elle avait aussi la drogue qu’il voulait vraiment. Bien plus, l’idée de son addiction vient du fait qu’il cherche une autre famille.  La trame de fond de l’histoire de Moses c’est que son père n’était plus là et sa mère, dans cette situation, a commencé à le traiter comme le mari. Il devait donc remplir cette fonction.  Quand il a donc commencé à vouloir être lui-même et faire des choses qui poussaient très loin les limites, sa mère n’était plus intéressée par lui. Elle n’avait plus de contrôle. C’est alors qu’elle l’a rejeté. Et cela a été très douloureux pour lui.  C’est là qu’il s’est aventuré dans une autre famille, celle de Milla. Et c’est Milla qui l’y a amené.

La pièce vous a-t-elle aidée à personnaliser les personnages dans le film?

J’ai lu la pièce une fois. Comme je connaissais la plupart des acteurs qui avaient joué dans la production originale, je devais en quelque sorte enlever cela de mon cerveau, pour réinventer les personnages pour le cinéma. Je voulais que ce soit différent, que ce soit quelque chose d’autre. Je ne voulais pas que ce soit complètement lié à la pièce. Le film est une interprétation différente de la pièce.

Pouvez-vous nous parler de l’industrie cinématographique australienne?

J’ai vécu en Australie au cours des 10 dernières années. Je n’y ai pas grandi. C’est à Hong-Kong que j’ai passé ma vie. Donc mon histoire de la cinématographie australienne n’est pas aussi excellente. Mais, ce que j’aime à propos du cinéma australien c’est que nous n’avons peut-être pas autant de budgets qu’aux Etats-Unis par exemple, mais nous avons des réalisateurs intéressants. Nos budgets sont faibles. Mais nous avons un paysage unique et très vaste, peu importe l’endroit où vous allez, c’est vraiment différent, je crois que notre paysage continue de surprendre. Mais nous avons aussi un sens authentique d’humour qui est différent. Je crois donc que nos travaux peuvent être bien souvent comiques. Nous avons des réalisateurs  très connus comme Gillian May Amstrong, qui sera également au festival et qui a un éventail large de travail et qui a aussi travaillé à l’étranger.

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