Ouammou : le chantier amazigh requiert de l’endurance et beaucoup de souffle

Bien qu’il y ait encore du chemin à faire pour que la langue amazighe soit réhabilitée comme «composante principale de la cohésion nationale soudée» et dans la vie de la nation avec sa propre et forte personnalité, l’adoption mardi 23 juillet des deux projets de lois organiques (26.16 et 04.16) par la Chambre des Conseillers représente un «pas important» sur cette voie, indique le conseiller parlementaire du PPS Me Abdellatif Ouammou.

Il s’agit du projet de loi organique 26.16 définissant le processus de mise en œuvre du caractère officiel de l’Amazigh ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux secteurs prioritaires de la vie publique et du projet de loi organique 04.16 relatif au Conseil national des langues et de la culture marocaine.

Les deux projets de lois organiques doivent encore faire l’objet d’une deuxième lecture à la Chambre des Représentants, où les deux projets avaient atterri pour la première fois il y a presque trois ans. C’est dire que la bataille est encore loin d’être gagnée.

Pour Ouammou, «ces deux projets ont cristallisé à eux seuls les espoirs des Marocains de trouver une plateforme consensuelle tirée de l’interprétation et de la traduction des dispositions constitutionnelles relatives aux droits linguistiques et culturels» (préambule et article 5).

Leur adoption intervient conformément aux hautes orientations royales, contenues dans les discours du Souverain.

Dans ce cadre, a-t-il rappelé, Sa Majesté le Roi avait souligné dans le discours royal du 9 mars 2011 la nécessité de procéder à «la consécration constitutionnelle de la pluralité de l’identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœur de laquelle figure l’amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains, sans exclusive».

Et dans le discours royal du 17 juin 2011, le Souverain avait explicité la profonde signification de la constitutionnalisation de l’Amazighe comme langue officielle du pays au côté de la langue arabe : «en effet eu égard à la symbiose unissant les composantes de l’unité nationale riche de la pluralité des ses affluents arabo-islamique, amazigh, saharo-africain, andalou, hébraïque et méditerranéen».

Le même discours explique que l’initiative de constitutionnalisation de l’Amazigh «constitue le couronnement du processus de réhabilitation de l’Amazigh comme patrimoine commun à tous les Marocains. Son officialisation effective devra s’inscrire dans un processus graduel au moyen d’une loi organique, qui en définira les modalités d’intégration dans l’enseignement et aux secteurs prioritaires dans la vie publique», a précisé le conseiller.

Dans le cadre de ce processus, le Souverain avait également mis en relief le rôle central du Conseil national des langues et de la culture marocaine en tant que conseil comprenant toutes les institutions concernées, a-t-il ajouté.

Et ce n’est que justice rendu à l’Amazigh, qui a subi des siècles durant comme langue, culture et patrimoine une marginalisation systématique, a dit Ouammou, rendant hommage au combat du mouvement culturel amazigh.

Le nouveau-né a besoin d’assistance et de protection pour une saine  croissance, a-t-il expliqué, car il s’agit de valoriser un héritage culturel matériel et immatériel, de promouvoir un certain équilibre linguistique dans le cadre de l’architecture territoriale et régionale en cours d’édification et de renforcer la diversité linguistique et culturelle hautement enrichissante de l’unité nationale.

C’est pourquoi, il est nécessaire de ne pas perdre de vue que l’Amazigh est un élément central dans la consolidation et la préservation de la sécurité et de la forte symbiose nationale. C’est un des piliers de la cohésion nationale dans le cadre de la différence, de la diersité et de la pluralité, a-t-il dit.

Pour lui, l’avenir du pays dans le cadre de son positionnement géopolitique dans l’espace d’Afrique du Nord et du Sahel est tributaire dans une grande mesure du renforcement et de la consolidation de la place de l’Amazigh comme langue, culture, patrimoine et héritage civilisationnel.

Selon lui, l’adoption de ces deux projets n’est pas une fin en soi. Elle marque le début d’un long processus durant lequel il importe d’entourer les engagements pris de toutes les conditions de succès en matière notamment d’intégration de la langue amazighe, de définition de l’agenda de concrétisation et de mobilisation des ressources financières nécessaires à toute l’opération, a-t-il dit. Et ce en faisant preuve de progressivité et en oeuvrant pour davantage de justice linguistique et de respect du droit de tous les Marocains d’accéder à leurs  droits culturels pour gagner le pari de l’œuvre du développement du pays et de sa démocratisation.

Il s’agit d’un chantier de la citoyenneté véritable au cours duquel il faut faire preuve d’ouverture sur l’universel, de tolérance, de diversité et de coexistence, a-t-il estimé.

M’Barek Tafsi

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