Pitchou, un grand artiste mort dans le silence

A l’occasion du mois sacré du Ramadan et à l’approche de la reprise des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 de football qui seront prochainement à la 3e journée de la phase des groupes, dernier Cap avant d’aller en Russie, pour les cinq pays gagnants du Continent dont le Maroc, on vous propose de revisiter ensemble le parcours de certains joueurs ayant accompagné l’équipe nationale en Coupes du Monde (1970 et 1986 au Mexique, 1994 aux Etats-Unis et 1998 en France).

Feu Mustapha Choukri, connu par son surnom de Pitchou est l’un des grands footballeurs ayant brillé sur les terrains marocains pendant une quinzaine d’années, entre 1965 et 1979. Joueur international glorieux de la sélection nationale de son époque, Pitchou avait eu l’honneur de forcer l’admiration dans les deux grandes équipes casablancaises : le Raja, son club de prédilection où il a fait ses premiers grands pas de gloire durant plus d’une décennie, et le Wydad, avec lequel il a enchainé pendant deux saisons, avant d’aller en Arabie Saoudite pour jouer une saison chez la formation d’Al Wahda et revenir au Maroc,à l’aube de l’année 1980, mort dans le silence.

Ce sont là en quelques mots les grands moments d’un footballeur des plus doués et qui méritait beaucoup plus que ce qu’il a donné.

Né dans le quartier populaire casablancais de Derb Soltane, en 1947 où le football marocain connaissait sa première belle époque, Feu Pitchou allait en être l’un des véritables animateurs durant plusieurs années avant de mourir dans le silence sur la terre saoudienne.

Le début de Feu Pitchou au Maroc était dans l’un des anciens clubs, le RAC, dans les années 1950 avant de rejoindre le Raja de Casablanca à l’âge de 20 ans. C’était grâce à son père Omar Choukri, un Rajaoui qui s’est joint aux fondateurs du club des Verts en 1949. Pitchou allait devenir très vite un élément indispensable du club grâce à ses plusieurs qualités techniques. Il était un joueur complet et bourré de talents, un joueur qui n’avait même pas besoin de regarder le ballon pour le traiter. Il était également un véritable artiste qui pouvait à lui seul changer la physionomie d’un match. Il était tellement imprévisible même pour ses coéquipiers qui avaient  du mal à anticiper son jeu, lors des matches amicaux entre joueurs du club… ». Ce sont là quelques témoignages de certains de ses coéquipiers  dont Said Ghandi (allier droit) et Ould Hoummane (avant-centre), avec eux, Pitchou le véritable talentueux numéro 10, avait constitué une belle triplette ayant toujours fait peur aux meilleurs défenseurs de la Botola de l’époque.

Certes, en une bonne dizaine d’année passées au Raja, Feu Pitchou n’a pu  remporter aucun titre avec les Diables Verts qui privilégiaient le beau jeu spectaculaire basé sur l’art et la manière. L’âme de Pitchou  pourrait être consolée par la première récompense du Raja  en 1974 grâce au sacre de la Coupe du Trône remportée en 1974 au détriment du MAS. Picthou qui avait joué les matches éliminatoires n’a pas eu la chance d’assurer sa présence en finale pour cause d’un carton rouge que l’arbitre lui a exhibée par défaut en demi-finale en croyant qu’il lui a bousculé ce qui lui a valu par la suite un an de suspension.

Pitchou qui n’avait tellement pas de chance avec le Raja, allait être sollicité par le club voisin, le WAC, avec lequel il s’est retrouvé pour remporter deux titres de champion du Maroc en 1977 et 1978 et une Coupe du Trône en 1978.

Sur ces belles notes, Pitchou a opté pour une nouvelle expérience, celle d’une carrière professionnelle en Arabie Saoudie chez le club d’Al Whda en 1979.

Mais au pays des pétrodollars, où il a retrouvé son vieil coéquipier du Raja, Abdellatif Beggar, avec lequel il a reformé un autre duo d’enfer au sein d’Al Wahda, Pitchou ne savait pas qu’il va revenir au Maroc dans un cercueil, après son décès survenu le 22 janvier 1980 dans des circonstances troubles et dont le secret n’a jamais été élucidé, jusqu’à aujourd’hui.

C’était une fin tragique de Pitchou qui, malgré son talent inné de footballeur complet, n’a pas été chanceux pour jouer avec l’équipe nationale pendant de longue durée. Cependant, Pitchou qui  faisait partie de la sélection marocaine ayant réalisé la première participation historique  de l’Afrique en coupe du monde 1970 au Mexique, restait également sur de beaux souvenirs  avec ses buts marqués contre de grandes sélections, l’Egypte, l’Algérie, le Sénégal… et tant d’autres qui  jouaient les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations menant vers le rendez-vous mondial.

Pour conclure, on peut dire que si le WAC avait juste bénéficié du talent inné d’un joueur qui n’est pas le sien puisqu’il a été bel et bien dénichéet formé ailleurs, le Raja d’aujourd’hui n’a tout simplement pas produit l’équivalent du talent de Pitchou, depuis la génération de Dolmy une des légendes  ayant marqué la vie des Diables Verts sans oublier les autres tels Bhaija, Aliouate, Saïd, Houmane, Milazzo,  Hamid, Kaldi, Petit Omar, Benene, Beggar… et la liste est longue.

Mais cela n’empêche pas, aussi bien le Raja que la WAC, de se rattraper pour avoir une pensée à leur star d’hier et son âme qui se trouve aujourd’hui dans l’oubliette. Rajaouis comme Wydadis devront donc s’associer pour faire un tournoi annuel en hommage à cette grande légende qui a marqué l’Histoire du football national. Ne serait-ce que pour élucider et faire inspirer les générations montantes de notre Botola dite professionnelle, mais qui loin de l’être réellement…

Rachid Lebchir

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