En prévision du 10ème Congrès national du PPS

Nabil Benabdallah décortique le modèle de développement à l’Espace Ingénieur de la Modernité et du Progrès

«Des résultats probants mais des inégalités sociales et des disparités spatiales».

Dans le cadre des préparatifs du 10ème Congrès national du Parti du Progrès et du Socialisme, prévu les 11, 12 et 13 mai prochain à Bouznika, l’Espace Ingénieur de la Modernité  et du Progrès a organisé, dimanche au siège national du parti à Rabat une conférence sous le thème : «le nouveau modèle de développement, quel rôle a l’ingénierie nationale ?».

La rencontre s’est déroulée sous la présidence du Secrétaire général du PPS, Mohamed Nabil Benabdallah accompagné d’Abdelahad Fassi Fihri, membre du Bureau politique et ministre de l’urbanisme, de l’habitat, de l’aménagement du territoire et de la politique de la ville, de Fatima Sbai, membre du BP et Coordinatrice du Forum Parité-Egalité et de Naima Bouchareb, Membre du BP, responsable des secteurs socioprofessionnels.

A l’issue de la conférence, les participants ont procédé, au cours d’une assemblée générale ordinaire de l’Espace, à la désignation de leurs délégués au 10ème congrès national du PPS.

Oui, les inégalités sociales comme les disparités spatiales sont perceptibles, mais des résultats probants sont obtenus dans des secteurs de pointe. Il serait faux de faire un constat d’échec total du modèle de développement en place, dont la mise en œuvre par les gouvernements, qui se sont succédé dans le pays au cours des 20 dernières années, a notamment permis, à travers la politique des grands chantiers lancés grâce à des initiatives courageuses de SM le Roi,de parvenir à des réalisations ayant propulsé le Maroc au niveau de nombreux secteurs industriels et des services de haute technologie, a affirmé le Secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme.

Il est vrai que l’actuel modèle de développement ne permet plus  de répondre à toutes les attentes des citoyens ni de réduire les disparités sociales et spatiales, mais il est vrai aussi que c’est grâce à la politique poursuivie dans le cadre de ce modèle que le Maroc s’est positionné dans des secteurs technologiques de pointe (aéronautique, automobile, électronique) sans oublier certains services, a-t-il précisé à l’ouverture, dimanche à Rabat de cette conférence, initié par l’Espace Ingénieur de la Modernité et du Progrès.

Toutes ces nouvelles branches ont donné une nouvelle dimension à l’économie nationale, a-t-il dit, rappelant que des réalisations importantes ont profité surtout aux villes côtières,à certaines régions de l’intérieur,à l’Oriental et au pôle de Marrakech.

Mais il faut reconnaitre en même temps que l’échec du modèle est perceptible au niveau des inégalités sociales et des disparités territoriales, a-t-il dit, citant le cas de Missour où 55 % des filles sont analphabètes. De grands efforts ont été déployés certes en matière d’électrification et d’approvisionnement de telles régions en eau potable, mais nombreux sont les habitants qui sont injustement exclus du bénéfice des richesses du pays.

C’est pourquoi, de nombreuses franges de la population recourent de plus en plus à de nouvelles formes d’expressions (Hoceima, Jerada, Tinghir,) pour réclamer justice et demander leur part des fruits du développement, a-t-il dit, estimant que le Maroc,à l’instar des Etats démocratiques,se doit d’être en mesure d’accueillir de tels mouvements sans panique aucune.

En France par exemple, les derniers mouvements sociaux ont causé des perturbations importantes au niveau du trafic ferroviaire et aérien, mais tout cela se passe sans provoquer de panique, en dépit du profond désaccord au sujet de la place du secteur public.

De telles manifestations peuvent être  exploitées par certaines tendances politiques, mais cela ne remet pas en cause la légitimité de ces actions au sujet des questions soulevées, a-t-il expliqué, estimant qu’il serait dangereux de ne pas tenir compte de ces mouvements y compris les expressions qui se déroulent à travers les réseaux sociaux en prétendant qu’elles ne servent qu’à certains intérêts.

Ce sont les inégalités sociales qui poussent les citoyens à sortir manifester dans la rue et à exprimer leurs refus, mécontentement et condamnation d’être exclus de tout, a-t-il martelé.

Revenant sur le volet économique du modèle à débattre, il a affirmé qu’il n’y a pas d’économie libérale au Maroc. Le libéralisme repose en premier lieu sur la transparence, alors que l’économie nationale est confrontée à la résistance de l’économie de rente. C’est pourquoi, toutes les réalisations accomplies n’ont eu aucun impact sur le secteur de l’emploi, a-t-il relevé.

Quant aux disparités spatiales, elles se posent non pas au niveau des équipements et des infrastructures, mais surtout au niveau de la répartition du revenu, selon Benabdallah, notant que de nombreuses familles marocaines n’ont aucun revenu.

«Je reviens d’une tournée m’ayant conduit à Tinghir, Rachidia, Missour, Outat El Haj, Essaouira etTaounate, au cours de laquelle les déficits étaient clairement perceptibles en matière de développement. Ce qui laisse entendre qu’il y a un véritable problème au niveau du modèle de développement en vigueur et de sa capacité à hisser le Maroc à un niveau avancé de développement économique, social et spatial», a-t-il affirmé.

Malheureusement et en dépit de la nécessité de sa révision, telle que voulue par SM le Roi, qui avait souligné dans le discours royal prononcé à l’ouverture vendredi 13 octobre 2017 de la session parlementaire d’automne, le modèle de développement du pays est très peu présent dans les débats publics ou privés des différents acteurs, a-t-il expliqué, rappelant que le modèle en place s’est inspiré lors de son lancement à la fin du siècle dernier descontributions de plusieurs partis politiques progressistes et démocratiques dont le PPS, qui réclame notamment l’édification d’une forte économie nationale en appelant à la politique des grands chantiers, une idée purement keynésienne, qui vise à insuffler un nouveau souffle dans l’économie nationale et à la création de nouvelles opportunités d’emploi.

Pour sa part, M’hamed Amine Arahou, coordonnateur de l’Espace Ingénieur de la Modernité  et du Progrès a souligné l’intérêt de la rencontre, notant que l’ingénieur se doit de jouer le rôle qui lui revient dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un tel modèle de développement, sensé être au service de l’homme.

De grands investissements ont été réalisés dans de nombreux secteurs, sans que cela ne se répercute sur le niveau de vie des citoyens (eaux, énergie, phosphates (OCP), les programmes sectoriels, Plan Maroc Vert et autres plans industriel et énergétique.

Abdelahed Fassi recommande d’insérer tous les plans en œuvre dans une vision globale

Pour sa part, Abdelahed Fassi Fihiri, membre du BP du PPS et ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville,a souligné que les disparités spatiales et les inégalités sociales se constatent à tous les niveaux, malgré les efforts déployés depuis une longue date en matière notamment de lutte contre l’habitat insalubre et dans le cadre de nombreux autres programmes, qu’il importe d’insérer dans une vision plus large pour qu’ils soient plus performants.

Selon lui, la régionalisation en cours de réalisation est susceptible de donner à ces programmes la performance escomptée, à condition toutefois que le projet ne soit pas vidé de sa substance au niveau des attributions pour transformer l’action en une simple réforme administrative.

Outre la régionalisation, l’aménagement du territoire national est susceptible aussi de doter tous ces programmes sectoriels de la vision voulue pour en assurer la convergence dans le sens souhaité, a-t-il dit, estimant nécessaire de réactualiser les documents d’aménagement du territoire à travers un débat démocratique à tous les niveaux, car le plan d’aménagement doit porter surtout sur la finalité de la ville au lieu de jouer le rôle d’arbitrage dans les conflits d’intérêts.

La mise à niveau de la ville de Tanger est une réussite, mais cela s’est malheureusement accompagné par un développement anarchique de sa périphérie, parce que cette action n’a pas tenu compte de la vocation touristique de la cité, telle que définie par ses fondateurs.

Il a également indiqué que la lutte contre les constructions menaçant ruine et les bidonvilles, -laquelle action a donné lieu à de bons résultats -, mais cela a été souvent fait sans tenir compte de la finalité des villes, qui se distinguent les unes des autres par des atouts différents de leur développement.

Si certaines régions ne recèlent que des ressources naturelles, d’autres disposent d’un patrimoine culturel, alors que d’autres sont dotées d’atouts matériels et immatériels, a-t-il ajouté.

Mehdi Daoudi : le modèle libéral marocain manque des mécanismes de la concurrence

De son coté, Mehdi Daoudi, ex-président et représentant de l’Association des ingénieurs de l’EMI a rappelé que le modèle libéral pour lequel le Maroc a opté au lendemain de son indépendance n’a pas abouti à des résultats satisfaisants, au moment où il a donné lieu à des résultats extraordinaires dans d’autres pays (Corée du Sud, Japon, etc…).

Au Maroc, le taux de croissance moyen tourne autour de 4 pc et le chômage est très élevé en particulier parmi les jeunes diplômés ou non. Le pouvoir d’achat de l’ingénieur s’est dégradé de 200% comme celui de la classe moyenne en général, a-t-il dit.

Selon lui, le modèle en place ne pouvait guère donner lieu aux résultats escomptés, car on a omis de mettre en place les mécanismes de la concurrence loyale. Des lobbies s’accaparent les richesses du pays comme c’est le cas dans le secteur des hydrocarbures, libéralisé depuis 2015 sans rien prévoir pour en contrôler les prix.

Le secteur des ciments manque aussi de concurrence comme celui des produits alimentaires et laitiers.

Il y a aussi un problème de gouvernance, aggravé la plupart du temps par le choix de responsables parachutés sans expérience et sans qualification requises.

Les cadres comme les ingénieurs sont étouffés dans un tel contexte, sachant que sans ingénierie performante, il ne peut y avoir de développement durable du pays.

Quant au programme de la formation des 10.000 ingénieurs, il s’est réalisé au détriment de la qualité de la formation.

Le système des classes préparatoires n’existe qu’en France, qui a poussé le Maroc à l’adopter pour servir ses propres intérêts, car ce sont les meilleurs (les étoilés) qui sont filtrés pour être acceptés dans les grandes écoles françaises, non pas pour qu’ils retournent servir leur pays, mais pour rester à jamais au service de l’ancienne métropole.

Abderrahim Handouf : le modèle est dans l’impasse

Quant à Handouf Abderrahim, président de l’UNIM, il a d’emblée souligné la complexité du modèle de développement du pays, précisant qu’il est erroné de prétendre que le Maroc de 2018 est celui de 1956. Des progrès énormes ont été réalisés.

Malgré cela, le modèle en vigueur se trouve aujourd’hui dans l’impasse. Les partis politiques nationaux comme les syndicats des travailleurs ont subi des coups fatals qui les ont affaiblis et discrédités aux yeux des citoyens. Et pourtant les syndicats avaient accepté le rôle de sapeur pompier pour faire face aux revendications du mouvement du 20 février, a-t-il rappelé.

Une fois la situation sociale apaisée, l’on a assisté à une offensive contre les acquis des travailleurs comme le droit de grève, dont la loi a été adoptée sans consulter les syndicats.

Salim Berbache : appel à la restauration des valeurs de citoyenneté

De son coté, Salim Berbache a indiqué que l’onassiste à un Maroc à deux vitesses, le Maroc des riches et le Maroc de ceux qui n’ont rien. Le développement a besoin de citoyens capables de créer la richesse. Pour ce faire, ils doivent être en bonne santé, ce qui suppose que le secteur de la santé doit être en mesure de leur assurer l’accès aux services de santé.

Ils doivent aussi bénéficier d’un service d’éducation avancée capable de leur donner la formation et la qualification requises.

Mais ce qui est paradoxal aussi, c’est l’absence de valeurs de citoyenneté, qu’il faut restaurer dans le cadre d’un nouveau projet de société devant être porté par les acteurs politiques, a-t-il affirmé.

Des valeurs comme le respect de la parole donnée, l’amour du travail et de la rigueur dans le travail par exemple, etc.

Le Maroc a réussi des résultats positifs dans certains secteurs de pointe, sur lesquels il faut capitaliser (aéronautique, offshoring, le solaire,) pour renforcer ces points positifs dans l’objectif majeur de développer une stratégie transversale d’innovation au niveau de tous les secteurs émergents, a-t-il affirmé, recommandant la mise en place d’un dispositif national d’innovation pour parvenir à une plateforme de développement durable du pays.

Au cours du débat qui a marqué cette table ronde, tous les intervenants ont convenu de la nécessité de tenir compte de tous les atouts matériels et immatériels dans l’œuvre de refonte du modèle de développement du pays en se basant notamment sur des documents réactualisés de l’aménagement du territoire national et d’urbanisme. Ils ont également insisté sur l’impératif de tenir compte des spécificités de chaque région, pour éviter de recourir à des solutions de facilités  ou de «copier- coller» des documents et des plans régionaux de développement, et surtout des vocations de toutes les villes grandes ou petites.

M’barek Tafsi

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