Protégeons les jeunes

Journée mondiale sans tabac 31 mai 2020

Ouardirhi abdelaziz

La journée mondiale sans tabac est un moment qui a lieu chaque année : le 31 mai depuis 1988. Elle est organisée sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette année, le thème choisi s’inscrit sous le sillage de « Prévenir l’utilisation du tabac et de la nicotine chez les jeunes et les protéger de la manipulation mise en place par les industriels du tabac ».  Sur le terrain, dans la rue, aux abords des écoles, le constat est sans appel, les enfants s’adonnent de plus en plus au tabagisme, sans gêne ni respect pour les ainés. Il n’est pas exagéré de dire aujourd’hui que nos enfants sont en danger. Une réalité qui interpelle, une réalité implacable, qui ne peut laisser insensible et que les parents, les éducateurs, les pouvoirs publics et la société sont tous appelés à combattre.

Pour une prise de conscience collective

Ecrire un article qui traite du tabagisme et plus précisément qui aborde tous les méfaits du tabac sur la santé des individus, est pour moi un devoir.

C’est ma profession, mes expériences en milieu hospitalier, et l’enseignement pour la formation de futurs professionnels de santé, qui sont autant de raisons qui m’incitent  à revenir très souvent sur le sujet du tabagisme indépendamment de la journée mondiale.

A l’instar de la communauté internationale, le Maroc célèbre le 31 mai, la Journée Mondiale sans tabac. Cette année, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) attire l’attention sur l’impact du tabagisme sur la santé des jeunes. Le choix de ce thème n’est pas anodin. Bien au contraire, il reflète l’urgence d’une situation très grave relative à la santé publique.

Il est utile de rappeler ici que dans notre pays chaque année, environ 250 000 adolescents entrent dans une consommation quotidienne de tabac.

Une bonne partie d’entre eux va devenir fumeurs pour de nombreuses années.

Le fait de devenir un fumeur régulier de tabac est la résultante de nombreux facteurs propres à l’individu, liés à son entourage proche et à la société dans laquelle il vit. Il devient très clair que face au tabagisme,  c’est la société toute entière qui est concernée. C’est pourquoi nous devons saisir l’occasion de cette journée mondiale sans tabac  pour sensibiliser aux effets nocifs et mortels de l’exposition au tabagisme ou à la fumée des autres et de décourager la consommation du tabac sous quelque forme que ce soit.

Il faut savoir que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a instituée la Journée mondiale sans tabac en 1987 pour faire mieux connaître, partout dans le monde, l’épidémie de tabagisme et ses effets mortels.

Ce qui reste à faire, ce qui est de notre ressort, de notre responsabilité individuelle et collective, c’est de prendre tous ensemble consciences des dangers présents et futurs du tabagisme, particulièrement auprès des jeunes générations montantes.

Les directeurs des établissements scolaires doivent sortir des murs de leurs bureaux et voir ce qui se passe dans la cour, et au niveau de la porte de leur établissement où il y a souvent des marchands qui vendent des cigarettes en détails et des dealers qui encouragent les enfants à devenir des toxicomanes.

Un problème de santé publique

Selon un rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) rendu public le 19 décembre 2019,  le nombre de fumeurs dans le monde serait de 1,092 milliard en 2018.

La prévalence du tabagisme chez les jeunes âgés de 13-15 ans en milieu scolaire est de 9,5% du total des écoliers au Maroc. Selon le ministère de la Santé, le pourcentage des garçons fumeurs s’établit à 11%, contre 7% pour les filles.

Dans la population générale âgée de plus de 15 ans, la prévalence des fumeurs est estimée à 18% (31,6% chez les hommes et 3,3% chez les femmes) et près de 41% de la population est exposée au tabagisme passif.  Le fumeur marocain fumerait en moyenne 13,2 cigarettes par jour.

Le Maroc détient un triste record, notre pays est l’un des plus grands consommateurs de tabac en Méditerranée avec plus de 16 milliards de cigarettes par an. Ce qui fatalement se répercute sur l’état de santé des fumeurs, qui a moyen et long terme verront leur santé se détériorer, leurs capacités physiques diminuer  par l’apparition de nombreuses maladies.

La très grande majorité des malades arrivent souvent à un stade avancé. La prise en charge est difficile, l’état général de ces patients est très détérioré, et très peu se rétablissent totalement.

Des coûts exorbitants

A cause du tabagisme actif et passif, certains fumeurs payent chaque année un lourd tribut en vies humaines. Les jeunes sont généralement très exposés, et les coûts de prises en charge des pathologies inhérentes au tabac, sous toutes ces formes, représentent un lourd fardeau pour les hôpitaux et pour les caisses d’assurance maladie obligatoire. La prise en charge des maladies inhérentes au tabac représente 50% des dépenses en plus que ce qu’il rapporte comme taxes.

Ces dépenses de santé ont été estimées à près de 16 371 millions de dirhams, et la tendance est à la hausse du fait du nombre croissant des personnes qui fument.

C’est un constat très alarmant, ce qui appelle à plus d’actions de la part des responsables politiques,  qui se doivent de prendre des décisions courageuses, sachant pertinemment que le tabagisme est un problème de santé publique.

Ces maladies sont handicapantes, lourdes à prendre en charge, entraînent des couts énormes tant pour les caisses de maladies, que pour les hôpitaux publics.

Les enfants face au  tabagisme passif

Fumer en présence de bébés ou de jeunes enfants est la pire chose qu’un individu puisse faire, et à fortiori quand c’est le père, ou la mère qui sont les coupables de tels agissements irresponsables. Ils exposent leurs enfants aux effets néfastes du tabagisme passif.

Par l’expression tabagisme passif, on désigne l’exposition à la fumée dégagée par des produits du tabac tels que les cigarettes à la maison, en voiture et d’autres espaces fermés. Les parents agissent dans la majorité des cas sans prendre conscience du mal qu’ils engendrent à leurs enfants. Cette remarque vaut pour le père qui fume dans la même pièce où il y a ses propres enfants, ou en voiture. Elle vaut aussi pour les femmes enceintes qui fument pendant leur grossesse.

Il faut savoir que la fumée du tabac contient plus de 7000 substances chimiques, dont on sait qu’au moins 250 sont nocives et au moins 69 sont cancérogènes.

Ce que beaucoup de fumeurs ignorent, c’est que le tabagisme passif auquel les femmes enceintes sont le plus souvent exposées a des effets néfastes sur les progénitures avant même qu’elles ne naissent. Le tabagisme passif  induit des effets nocifs sur la santé après la naissance non seulement à court terme mais aussi à moyen et long.

Le fumeur passif post-natal est lourd de conséquences également. Il faut savoir à cet effet que le bébé a une fréquence respiratoire plus élevée que l’adulte,  et qu’il absorbe plus de particules toxiques de la fumée de tabac. En outre, son système immunitaire est encore immature,  ce qui le rend très sensible aux effets néfastes du tabac.

Fumer en présence des enfants  nuit  gravement  à leur santé. Les bébés et jeunes enfants vivant dans une atmosphère enfumée souffrent plus de bronchites, de rhinites, de crises d’asthme.

Les enfants exposés au tabagisme passif dans la petite enfance présentent aussi plus de toux sèche, de bronchiolites, d’otites, et sont plus sujets aux allergies alimentaires et aux allergènes, et d’autres maladies…

Fumer pendant la grossesse altère aussi le développement du système nerveux central. Ce qui peut entraîner entre autres un ralentissement du développement intellectuel des enfants, la littérature scientifique à cet égard est très riche.

Pour toutes ces raisons, il est important de protéger les fœtus et les bébés, puis les enfants du tabagisme passif. Leur santé est à ce prix.

Pour vaincre le tabagisme, il n’y a pas de baguette magique. Il faut juste de la volonté.

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