Sous le charme du «Versailles» du Maroc: le tourisme se bat entre vents et marées! 

DNES à Meknès Mohamed Nait Youssef

Le ciel est bleu et dégagé. Le vert couvre déjà la terre et les collines. Un soleil hivernal tiède illumine les paysages à perte de vue. Telles sont les belles images ayant accompagné notre périple de Rabat à Meknès. En effet, depuis vendredi après-midi, des écrivains et  journalistes  marocains et étrangers se sont rendus à la Cité impériale pour assister au «Média Impact Days», un voyage de presse initié par le Conseil préfectoral du Tourisme Meknès.

 Ce week-end de presse organisé du 17 au 19 janvier 2020 à la ville aux 100 minarets, aux 40 kilomètres de remparts et aux 70 portes a pour dessein faire rayonner  la ville, ses monuments et sites historiques ainsi que ses potentialités dans les domaines de l’art, de la biodiversité, de l’histoire, du patrimoine et de la richesse de ses paysages. Meknès ou le «Versailles» Marocain comme certains aimaient l’appelée ainsi est une ville classée au «Patrimoine Mondial de l’Humanité» par l’UNESCO en 1996. Musée à ciel ouvert, la capitale ismaélite aux mille couleurs et saveurs fascine et attire de plus en plus de touristes marocains et étrangers grâce notamment à sa mémoire collective, ses lieux emblématiques entre autres les musées, les palais, les mosquées, les portes, les mausolées,  les ruelles, les remparts, les raids, son art culinaire, sa musique et son artisanat. Une ville qui échappe à toutes classifications mais qui n’a pas eu en contrepartie la place qui lui doit dans le développement touristique.

Meknès… une Histoire millénaire

L’histoire de cette ville qui s’en dort dans les champs du blé, de vignes et d’oliviers remonte à  des siècles et siècles. Comme tout le monde le savait, cette Cité impériale a été construite au Xème siècle par la tribu Zénète Meknassa. En effet plusieurs peuples et civilisations  y sont passés par cette terre plurielle et sainte. Ainsi, après avoir être conquise par les Almoravides, cette ville mémoire fut au début un site militaire vers le  XIème siècle. En outre c’est sous le règne des Almohades (XIIème siècle) et les Mérinides par la suite que cette ville a été développée. Par ailleurs, c’est avec l’arrivée du deuxième Sultan Alaouite, Moulay Ismail,  à la fin du XVIIème siècle,  que la cité a connu son essor et son âge d’or.

Un patrimoine hors pair…

La ville de Meknès regorge de sites patrimoniaux démontrant sa richesse historique et civilisationnelle. Au cœur de la cité, des monuments et des bâtiments emblématiques témoignant le génie et le talent des mains majestueuses des bâtisseurs de la ville impériale. Commençons d’abord par le Mausolée de Moulay Ismail qui constitue l’un des beaux bijoux de Meknès. En effet, ce monument historique rénové et restauré  était au début une mosquée qui a été bâtie en 1703 par Ahmed Eddahbi; est devenue par la suite le Mausolée où repose le Sultan Molay Ismail.

Fermé depuis 4 ou 5 ans pour les travaux  de rénovations, ce lieu est aussi l’un des monuments religieux du Maroc ouvrant ses protes aux visiteurs non-musulmans. Les lieux emblématiques de Meknès sont nombreux et divers dont notamment Heri Souani et Dar Al Ma, un site coupant les souffles et laissant les réflexions s’évader dans des réalisations construites par des architectes visionnaires et talentueux. Il est aussi un lieu prestigieux et impressionnant connu par ses dimensions géométriques et surtout la finesse de son architecture et de chaque pierre posée.  En outre, le site est formé de deux parties fondamentales à savoir Dar Al Ma ou la maison d’eau composée de dix salles de puits et les greniers formés de plusieurs séries d’arcades dont le plafond s’est écroulé pendant le tremblement de terre de Lisbonne, selon les historiens.

Les lieux somptueux de la Cité impériale sont nombreux dont le fameux et immense réservoir d’eau Sahrij Souani, le palais Mansour édifié vers le début du XVIIIème siècle, les musées Borj Bel Kari qui ont fait  peau neuve et qui est consacré à la poterie du Rif et du Pré-Rif et le musée  Dar Jamaï, le Golf Royal de Meknes, Médrassa Bou Inania, le pavillon des ambassadeurs, Habs Qara, la Place Lalla Aouda, le petit musée où les arts et les métiers de la ville sont y exposés ainsi que la place mythique de Lahdim. En fêlant les ruelles étroites de l’ancienne médina, les odeurs, les lumières et les couleurs font rêver. Que de belles choses à découvrir et à savourer sans modération !  Ainsi, ce qui est marquant et séduisant dans cette ville, c’est aussi ses protes, son architecture,  ses murs, ses remparts et  sa couleur verte celle des champs et des olives qu’on croisée partout… A cela s’ajoute plus de 20 portes (Bab) à savoir Bab Mansour, Bab Berdaine, Bab el Khemis, Bab Dar Lakbira entourent la ville. En effet, derrière chaque porte, une histoire, des histoires à lire.  Une vraie mosaïque… pour le plaisir des yeux.

Volubilis… un site antique noyé dans les champs à perte de vue

Les pluies salvatrices tant attendues ont irrigué dimanche  dernier  les champs du blé et d’oliviers. Pourtant, ce temps gris et un peu froid n’a pas empêché les journalistes et les visiteurs d’ici et d’ailleurs de découvrir les vestiges de la ville romaine  de Volubilis située à 28 kilomètres de Meknès. Nommé aussi Oualili, qui signifie la fleur colorée de liseron, ce site archéologique abritant le festival international de Volubilis des musiques traditionnelles du monde, est le site archéologique le plus vaste du pays avec ses 18 hectares. Par ailleurs, sa valeur historique, archéologique et ses mosaïques diverses ont poussé ce site a entré en grand pompe sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Une inscription bien méritée ! Dans ce lieu, chaque pierre portant en elle un secret, une histoire remontant à des temps lointains dialogue avec l’univers. En flânant dans ce site qui s’étale sur une superficie estimée de 40 hectares, le visiteur ressent quelque chose vivant et de majestueux  l’espace. «Beautiful» (magnifique !), c’est avec cet adjectif qu’un journaliste de la Slovénie avait commenté sa visite à ce lieu «vivant» où  un musée a été créé pour le bonheur des visiteurs et chercheurs.

À quelques kilomètres de Volubilis se trouve la sainte Cité de Moulay Driss Zerhoun qui accueille chaque jour ses visiteurs à bras ouverts.  Terre d’accueil et véritable carrefour des civilisations, Zerhoun est connue par son emplacement stratégique mais aussi par sa production d’huile d’olive. Tout est beau dans cette Cité où le visiteur pourra jouir d’une belle balade pleine de découvertes notamment au  mausolée, au site d’intérêt biologique et écologique (SIBE), ainsi que d’autres trésors entre autres  les fontaines, les demeures du XVIIIème siècle, le minaret moderne, passage Sribou, bab kasbah belghitia…

Une offre touristique insuffisante voire faible…

Malgré les potentialités de la ville de Meknès sur tous les plans, l’offre et l’infrastructure touristiques restent très faibles. En effet les chiffres de la direction régionale du tourisme de Meknès (DRT) en témoignent. Alors, pour ce qui est des établissements d’hébergement touristiques classés ils  représentent 78 unités et 4105 lits. Par ailleurs,  7 restaurants, 30 agences de voyages, 5 transports touristiques et 85 guides de tourisme constituent les  services et supports touristiques couvrant toute la ville.  Ainsi, le secteur de tourisme à Meknès crée selon les statistiques  de la DRT, 2200 emplois directs et 4600 emplois indirects. Quant aux investissements touristiques, 6 unités soit 412 lits pour un budget de 167 M MAD sont en cours de réalisation, ajoute la même source.

Un tourisme entre vents et marées…

Plusieurs entraves bloquent le développement du secteur du tourisme à Meknès. En effet, au-delà de la faiblesse de l’offre et de l’infrastructure touristiques, la fermeture du Mausolée de Moulay Ismaïl et l’augmentation des tarifs de visite des sites et monuments historiques et patrimoniaux pour les touristes étrangers ne laissent pas tourner la roue du tourisme dans la ville impériale. «La ville de Meknès a enregistré un million de visiteurs en 2018. Avec la hausse c’est quand même 50 millions de DH d’augmentation de plus de recettes du ministère du la culture, a souligné le président du Conseil préfectoral du tourisme Meknès, Adil Terrab.

D’après ce dernier, il faut qu’il y ait un service à coté de cette augmentation dans les sites. Cette hausse dans les prix des visites a poussé les tours opérateurs d’annuler leurs visites et tournées dans certains sites. «C’est inadmissible de tripler les prix avec cet état de santé du secteur des monuments. La ville de Meknès est dotée de 4 monuments à visiter la prison des chrétiens, Médrassa Bou Inania, le site archéologique de volubilis et tant d’autres. Or, les tours opérateurs ne programment qu’un seul monument alors qu’ils programmaient 4 auparavant. C’est une perte ! », a-t-el déploré. Selon le guide local à Meknès, Mostafa Toufahi, les professionnels du métier se sont surpris par la hausse des tarifs des visites des monuments historiques surtout pour les touristes étrangers (700%) de 10dh au 70 dh. «Cette hausse avait un impacte négatif surtout pour tous les organismes ainsi que les tours opérateurs qui avaient vendu le produit en se basant sur la base de 10 dh parce que quand ils ont vendu leurs packages c’est à dire ils ont vendu pour une saison.

En effet, les tours opérateurs ce sont eux qui ont payé de leur peau de la différence de 10 dh à 70dh, a-t-il fait savoir. En revanche,  le Conseil préfectoral du Tourisme Meknès en organisant ce  weekend de presse placé sous le thème  «Média Impact Days» a voulu non seulement braquer les lumières sur la ville et ses potentialités mais aussi de faire booster le secteur en invitant des plumes et des experts à écrire et à réfléchir.

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