62e Commission de l’ONU sur la condition de la femme

La femme présente à 93% dans les activités agricoles et d’élevage

La femme et la fille rurales sont à l’ordre du jour à l’ONU. Depuis lundi dernier, ministres, experts du genre planchent au siège des Nations-Unies sur le thème «Régler les problèmes et exploiter les possibilités pour parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles en milieu rural», dans le cadre de la 62e session de la Commission de la condition de la femme. Les travaux de ladite Commission, à laquelle prend part le Maroc, se poursuivront jusqu’au 23 mars.

Le focus cette année sur la femme et la fille rurales part de la conscience de la Commission de l’importance de la contribution de ces femmes et filles à l’élimination de la pauvreté, au développement durable et à la sécurité alimentaire et à la nutrition dans le monde. La Commission souligne, ainsi, la nécessité d’autonomiser les habitantes des zones rurales et de les associer pleinement, effectivement et sur un pied d’égalité à la prise de décisions à tous les niveaux. Intervenant à l’ouverture de cette rencontre, le Secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a mis en exergue les mouvements dans le monde entier en faveur des droits, de l’émancipation et de l’autonomisation des femmes.

«Les femmes et les filles décrient les attitudes abusives et discriminatoires», a-t-il noté, soulignant que la question fondamentale de ces mouvements tourne autour du pouvoir. Le chef de l’Onu, qui a fait de l’égalité des sexes son cheval de bataille, a rappelé que l’Onu a, pour la première fois, atteint la parité entre les sexes au sein de son groupe supérieur de management, qui compte désormais 23 femmes contre 21 hommes. L’agenda de Guterres, à cet égard, prévoit aussi la parité aux échelons supérieurs de l’Onu d’ici 2021, et la parité à tous les niveaux d’ici 2028. De son côté, le président de l’Assemblée générale de l’Onu, Miroslav Lajčák, a regretté que la femme rurale est souvent oubliée, ses souffrances rarement mises sous les projecteurs de la presse. Il a souligné qu’il est temps de considérer la femme rurale comme «une source principale d’innovation et d’idées nouvelles», et qui, du coup, n’a pas besoin de la communauté internationale pour trouver des solutions à ses maux, mais «ce dont elle a besoin, c’est notre soutien pour transformer ses idées en réalité».

La femme rurale, la plus durement touchée par la discrimination

La femme rurale est assujettie, plus que la femme urbaine, à la discrimination économique, qui s’ajoute à la violence physique et psychologique qu’elle subit dans le monde entier, a souligné, lundi à New York, la ministre de la Famille, de la Solidarité, de l’Egalité et du développement social, Bassima Hakkaoui.

Hakkaoui, qui intervenait lors d’une table ronde ministérielle sur les «Bonnes pratiques en matière d’autonomisation des femmes et des filles rurales, notamment à travers la prévention de la violence sexiste et l’accès à la justice, aux services sociaux et aux soins de santé», a regretté que la femme rurale exerce souvent des travaux non-rémunérés dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage.

La femme est présente dans ces domaines à hauteur de 93%. Elle contribue à hauteur de 93% aux activités agricoles et d’élevage, et représente 40% de la main d’œuvre dans le domaine agricole, et plus de 5% des exploitations agricoles sont gérées par des femmes.

Cependant, «la majorité de ces travaux ne sont pas rémunérés, puisqu’ils entrent dans le cadre d’exploitations agricoles familiales, et de projets liés au revenu du foyer et non pas de la femme», a noté Hakkaoui.

La ministre a fait savoir que le Maroc vient d’adopter une loi visant la protection de la femme de la violence, qui prévoit également des mesures de prise en charge des femmes violentées.

Les réalisations du Maroc en faveur de la femme rurale exposées à l’ONU

Bassima Hakkaoui, a exposé mardi aux Nations unies, les progrès que le Maroc a réalisés en faveur de la femme, en particulier celle qui réside dans le milieu rural. Elle a souligné que le Royaume a «entrepris une pléiade de mesures pour promouvoir l’autonomisation socio-économique de la femme dans le milieu rural». Il s’agit notamment du développement d’outils et de mécanismes opérationnels pour stimuler l’esprit d’entreprise et d’investissement chez les femmes, encourager l’organisation professionnelle agricole, dans le cadre notamment des coopératives, et améliorer la qualité des produit, a précisé la ministre.

Ces mesures comprennent aussi la promotion, la valorisation et l’appui à la commercialisation des produits des coopératives agricoles, a-t-elle ajouté. Dans ce contexte, a poursuivi Hakkaoui, le Maroc soutient l’économie sociale structurée dans le cadre des associations et des coopératives, relevant que les expériences ont montré que la coopérative reste le moyen le plus approprié pour créer des activités génératrices de revenus, et l’un des mécanismes fiables de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, en particulier parmi les femmes.

Dans le même cadre, le Secrétaire d’Etat chargé du Développement Rural et des Eaux et Forêts, Hammou Ouhelli, a présenté l’expérience marocaine en matière d’autonomisation des femmes et des filles en milieu rural. Il a indiqué que le Maroc, après avoir lancé la réforme du code de la famille sous le leadership clairvoyant de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a mis en place trois grands projets principalement en faveur de la femme, en général, et de la femme et des filles rurales, en particulier, avec des budgets substantiels. Il s’agit d’abord de l’Initiative national pour le développement humain (INDH), qui a pour objectif de réduire le déficit social et économique, et qui porte sur les activités génératrices de revenus, l’amélioration des conditions, la santé et l’éducation.

Un autre projet lancé par le Royaume est le programme de réduction des disparités sociales et territoriales, connu sous le nom de Programme de Développement Rural, a-t-il poursuivi, expliquant que cette mise à niveau de l’infrastructure vise à améliorer l’accessibilité à l’eau et à l’électrification, ainsi que l’éducation et la santé. Et d’ajouter que ce programme facilitera le déplacement de la jeune fille rurale à l’école, réduira les taches pénibles que subit la femme rurale et permettra de rehausser le niveau de vie des ménages et familles dans le monde rural.

Les efforts du Maroc salués

Suite à l’intervention sur «l’autonomisation économique des femmes rurales dans la région du Moyen Orient et d’Afrique du nord», le directeur régional de l’ONU Femmes pour la région arabe, Mohammed Naciri, a salué les «grandes réalisations» du Royaume en matière d’accession des femmes rurales à l’héritage des terres.  «Le Maroc a pu mettre en place un cadre permettant aux femmes rurales de prétendre à leur part dans l’héritage des terres», a déclaré Naciri lors de cette rencontre modérée par l’Ambassadeur, représentant permanent du Maroc à l’Onu, Omar Hilale.

Le responsable onusien s’est également félicité des progrès réalisés en matière de capacité de résilience des femmes rurales aux changements climatiques, et ce, à travers l’accès à une formation à la production de cultures non-traditionnelles. Par ailleurs, Hilale a mis en exergue l’absence au Maroc de toute restriction sur l’accession des femmes à la propriété foncière.

(MAP)

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