Avec le virus, Trump perd du terrain auprès des retraités de Floride

Elections américaines

Les citoyens âgés comme Gregory Zec, dans l’Etat de Floride très disputé pour la présidentielle américaine, sont généralement conservateurs et électeurs républicains. Mais cette année, ils tombent aussi dans une autre catégorie: celle des personnes les plus vulnérables face au coronavirus.

De quoi contribuer à développer une animosité envers le président Donald Trump, largement critiqué pour sa gestion de la pandémie aux Etats-Unis, où le coronavirus a fait plus de 215.000 morts.

«Le sujet important pour moi, c’est le coronavirus», assène Gregory Zec, 69 ans, qui vit avec sa femme de 72 ans à Sarasota, sur la côte ouest de la Floride.

Plusieurs de ses proches sont tombés malades, et certains ont dû passer par des unités de soins intensifs.

«On dirait que d’ici la fin de l’année, autant d’Américains seront morts de ça que durant la Seconde Guerre mondiale», dit-il à l’AFP, en référence à des projections qui anticipent 300.000 décès aux Etats-Unis dans les prochains mois.

Plus de 15.300 personnes sont mortes du Covid-19 en Floride depuis le début de l’épidémie.

«Je ne veux pas être l’une d’entre elles ou que ma femme le soit», dit M. Zec, qui a travaillé 35 ans dans l’industrie pharmaceutique.

Il ne souhaite pas révéler pour qui il a voté en 2016. Mais une chose est certaine: il ne donnera pas sa voix à Donald Trump le 3 novembre.

La façon dont le président américain a mis en scène sa propre infection, ainsi que son retour à la Maison Blanche après sa brève hospitalisation, ne lui ont pas plu.

«Quand il est sorti de l’hélicoptère, j’ai trouvé ça ridicule», explique-t-il. «Il avait beaucoup d’auto-bronzant, de maquillage, ce que je n’aime pas sur un homme, et se tenir au balcon comme ça, ça m’a rappelé Benito Mussolini.»

Selon les sondages, le démocrate Joe Biden gagne peu à peu du terrain auprès de cette catégorie d’électeurs.

L’ancien vice-président devance Donald Trump au sein des électeurs de plus de 65 ans en Floride, à 55% contre 40%, selon un sondage Quinnipiac du 7 octobre.

Eduardo Gamarra, de l’Université internationale de Floride, se montre prudent sur le pronostic final, à trois semaines du scrutin, et alors que la situation reste très «fluctuante». Malgré tout, il constate qu’il y a bien eu «un mouvement, en particulier parmi les personnes âgées de plus de 65 ans, et ce probablement à cause de la pandémie.»

La Floride et ses 14 millions d’électeurs comptent la plus haute proportion de retraités du pays (20,5%), ceux-ci venant s’y installer pour profiter de son doux climat durant leurs vieux jours.

Dans le même temps, elle est un Etat-clé pour les élections, car elle est l’un de ceux attribuant le plus grand nombre de grands électeurs nécessaires pour accéder à la Maison Blanche (29 sur 270 au total). Et ses résultats sont souvent très difficiles à prédire.

En 2000, la présidentielle entre Al Gore et George W. Bush s’est jouée à quelques centaines de voix d’écart en Floride.

C’est pourquoi les candidats ne lésinent pas sur les moyens: Joe Biden y était mardi pour parler aux «seniors», et Donald Trump y tenait un meeting de campagne lundi. Tout mouvement dans les intentions de vote est scruté de près, car si petit soit-il, il peut compter.

«Les retraités de Floride détiennent les clés de la Maison Blanche», affirme Lorraine Tuliano, présidente de la branche de l’Alliance de Floride pour les retraités américains à Orlando.

«Ces sept derniers mois ont été assez dévastateurs. Nous restons chez nous, nous sortons uniquement pour les choses indispensables», explique-t-elle. «Je n’ai pas vu ma mère ni ma famille durant sept mois… Je ne pense pas que le gouvernement Trump réalise comment vivent les gens normaux».

Des retraités soutenant Biden ont timidement utilisé quelques voitures de golf pour tenir des rassemblements militants dans un quartier appelé The Villages, au nord d’Orlando. Avec 100.000 habitants, il s’agit de la plus grande communauté de retraités en Floride, et d’un bastion trumpiste.

Le vice-président Mike Pence s’y est rendu samedi. Il a appelé les électeurs à ne pas écouter les enquêtes d’opinion et à voter pour faire en sorte que «l’Amérique reste l’Amérique».

Selon des images publiées sur Facebook par les démocrates, un petit avion a survolé l’événement, avec une bannière sur laquelle on pouvait lire: «Pence est la raison pour laquelle vous ne pouvez pas voir vos petits-enfants».

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