Boycott

Le boycott économique est à l’ordre du jour dans notre pays. Il vise certains produits et la mobilisation pour sa réalisation se fait à travers les réseaux sociaux. Mode d’action très peu usé au Maroc, le cocotier semble avoir été, cette fois, assez secoué pour que des réactions s’expriment devant ce «mystérieux» et «incompréhensible» appel au boycott.

Si l’on s’interroge sur les initiateurs de ce mouvement, la cause en est clairement désignée. La cherté de la vie est nettement mise à l’index; même si «le règlement de comptes politique» est cité; car, derrière les produits visés par le boycott se profilent des personnes que le business a amené à la politique, et inversement.

Il faut dire que le gouvernement ne donne pas à l’aspect socioéconomique l’importance qui lui revient dans la pratique de la démocratie dans notre pays; quel que soit son degré de réalisation.

Ainsi, le Conseil de la concurrence est toujours maintenu dans sa phase de «démarrage en douceur» depuis la date de sa création il y une dizaine d’années. La régulation des marchés et la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles ne semblent pas prévaloir sur le désordre des prix et l’anarchie de la concurrence. La réalité des pouvoirs est telle que les enquêtes annoncées par les parlementaires ou même par le ministère des Affaires générales et de la gouvernance sur le prix des hydrocarbures à la pompe n’ont pas été menées jusqu’à leur fin pour éclairer l’opinion publique sur la probable entente et l’absence d’une concurrence saine et loyale des prix à la pompe après leur libéralisation. La poche du consommateur se vide alors que les annonces de l’enrichissement de certains pompistes sont étalées au grand jour.

Dans un cadre plus général, le dialogue social n’arrive pas à sortir des méandres dans lequel il est en embâcle. Cela crée un déséquilibre dans la société entre la masse populaire et populeuse qui supporte les frais au quotidien et celles et ceux qui en tirent bénéfice par le marché dérégulé. La paix sociale doit s’établir sur la base d’un consensus fort car elle relève de la consolidation du front intérieur. La compilation des revendications ne peut servir à ce besoin impératif si une dynamique n’est pas insufflée pour l’aboutissement des négociations dans la prospective d’une équitable répartition des richesses au sein de la société marocaine.

A force de subir, la patience du consommateur a été poussée à sa limite. La mobilisation à travers la Toile pour le boycott économique reflète ce malaise d’une grande partie de la société qui constate que les fruits du processus démocratique sont pour une minorité et non pas pour l’ensemble. Aussi faible que soit la répercussion de cette action sur la marge bénéficiaire des sociétés visées par «la mise en quarantaine» de leur commerce, elle marquera les esprits et troublera l’image de ces sociétés. La rapacité, autant que l’opacité des gains, ne sont pas appréciées par les marocain(e)s dans les affaires. Il ne s’agit pas de l’aigle majestueux mais de sangsue hématophage.

L’efficacité du boycott est à la mesure de sa résonance non seulement dans la sphère commerciale et économique ; mais aussi à ses répercussions sur le plan politique. Sa pratique s’est avérée malheureusement limitée à propos de la question palestinienne. A titre d’exemple et eu égard à l’approche du Ramadan, faire la différence entre deux nomenclatures de dattes quand l’emballage cache bien l’origine de l’une d’entre elles n’est pas aussi simple pour le commun des mortels. Cela nécessite beaucoup plus d’engagement et de conscience pour impacter négativement le «madjoul», dattes de l’apartheid, au profit du «majhoul» produit localement. A ce niveau chacun(e) assumera sa conviction.

Autre chose est la conséquence de la pratique du boycott économique au sein de la société marocaine de produits nationaux ciblés. Modalité d’action dont le socle est la précarité, objective ou subjective, des personnes; elle replace l’action du changement démocratique au centre des préoccupations nationales. C’est une autre manière de dire qu’un nouveau souffle démocratique s’impose.

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