Comment en sommes-nous arrivés là?

Flambée des cas de coronavirus

Ouardirhi Abdelaziz

Depuis plusieurs jours,  la maladie covid-19 due au nouveau virus SARS-CoV-2, continue de circuler au niveau des différentes régions du Maroc avec une augmentation du nombre de cas : 1.000 cas et plus par jour. Cette augmentation du nombre de personnes atteintes de la Covid-19, suscite moult interrogations. Comment en sommes-nous arrivés là?

Phase 1 : confinement salutaire

Depuis l’apparition et la notification du premier cas de coronavirus au Maroc, le 2 mars 2020, qui a été importé d’Italie par un Marocain, des mesures strictes ont été prises pour prévenir cette épidémie.L’état d’urgence sanitaire a été décrété le 20 mars, accompagné d’un confinement généralisé.

Le gouvernement marocain a  appelé les Marocains à limiter leurs déplacements et à se conformer à l’isolement sanitaire dans leurs domiciles. Le confinement a été  respecté par l’ensemble des citoyens au départ. Les autorités publiques ont très bien assurées, ce qui a permis de freiner la circulation du virus.

Le 7 avril, le port du masque est devenu obligatoire. Les mesures de confinement semblent avoir permis de maîtriser l’ampleur de l’épidémie et d’éviter un certain nombre de cas, y compris les cas graves et les décès.

Il faut dire qu’au début les Marocains avaient très peur : un nouveau virus inconnu dont on ne connaît absolument rien, un virus qui cause de lourds dégâts sur le plan humain dans différents pays d’Europe, qui pourtant disposent de très grands moyens. Cette réalité a joué en notre faveur et a permis de contenir le virus, d’éviter des contaminations et la propagation de la maladie.

Cependant, après trois mois de confinement, les citoyens n’en pouvaient plus, ils désiraient tous retrouver un peu de liberté, de joie de vivre, de sortir, de voir leurs familles et amis, de faire du shopping…

Phase 2: le déconfinement de tous les risques

Le déconfinement fut décidé par les autorités le dimanche 19 juillet à minuit, en vue d’alléger les mesures de confinement instituées pour limiter la propagation de la covid-19, et ce au moment où le Maroc a été parmi les pays les moins touchés. Malheureusement, le déconfinement a été très mal interprété par certains individus, qui n’ont plus respecté les mesures barrières, y compris  les consignes de prévention. Depuis, il y a eu comme une forme de négligence de la part d’une partie de la population, qui se traduit par le non-respect du port du masque, de distanciation sociale etc. Puis, il y a eu l’Aid Al Adha, les souks de bétail, les foules immenses et compactes, le non-respect des mesures préventives.

Le relâchement d’une grande partie de la population et celui des autorités ont asséné un coup de massue à la situation sanitaire.

Tous ces éléments, ajoutés les uns aux autres, en plus de la décision de fermer 8 villes du pays qui a conduit des centaines de milliers, des millions de voyageurs, désireux d’arriver à leurs destinations, d’agir  au mépris des règles de prévention. Constat, plusieurs personnes ont été contaminées à la covid-19.

Phase 3 : Flambée des cas covid-19

L’augmentation en flèche des nouveaux cas de la covid-19, n’est pas fortuite, due au hasard. C’est le relâchement de l’observation et application par tous des gestes barrières. Ce sont les comportements irresponsables de nos concitoyens qui sont la cause de la flambée des cas de covid.

Par exemple, les autorités ont été très claires a ce sujet : le port du masque est obligatoire pour toute personne lors de son déplacement en dehors de son domicile. « Quiconque enfreint cette disposition est passible des peines prévues dans l’article 4 du décret-loi N°2.20.292 qui prévoit « une peine d’emprisonnement d’un à trois mois et une amende variant entre 300 et 1.300 dirhams.

Mais sur le terrain, nombreux sont ceux qui ne portent pas le masque, même dans les lieux de grande affluence, qui ne respectent pas la distanciation minimale d’un mètre.

D’autres personnes qui ressentent des symptômes légers et qui savent qu’ils ont été en contact avec une personne atteinte de la covid-19, préfèrent se taire par peur. Elles ne consultent pas de médecins, ne prennent aucun traitement  et deviennent une source de contamination.

Cette attitude a fini par exacerber le nombre des nouveaux cas covid-19, à titre d’exemple, le 8  août, 1.345 nouveaux cas dont 436 pour Casablanca Settat.

Une semaine après, c’est-à-dire le samedi 15 août 2020, 1776 nouveaux cas, dont 802 pour la région de Casablanca-Settat.

Entre ignorance et manque de communication, la circulation du virus s’est intensifiée, notamment chez les jeunes et dans certaines régions du pays  comme  Fès, Meknès, Marrakech, Tanger, Beni Mellal  et Casablanca-Settat, où de nombreux cas sont relevés. Chaque jour, des malades arrivent par dizaines à l’hôpital dans un état souvent critique, surtout les personnes âgées  fragiles, pour lesquelles les conséquences de la maladie sont très graves, voire mortelles.

De plus en plus de malades en réanimation

Près d’un malade sur 4 décède au niveau des urgences. Ceux qui sont en détresse respiratoire sont admis en réanimation et sont immédiatement intubés et ventilés.

Le problème, c’est le nombre des cas graves qui posent  de réelles difficultés aux professionnels de santé qui sont mobilisés 24 H / 24 H, de jour comme de nuit, sans relâche au niveau des services de réanimation.

Selon les chiffres présentés par le professeur Lahoucine Barrou , chef du service de réanimation au CHU Ibn Rochd à Casablanca, sur un échantillon des 100 premiers malades covid  de la première phase , qui se sont présentés aux urgences Ibn Rochd de Casablanca et dont l’âge moyen se situe autour de 61 ans , parmi lesquels il y a  64 hommes et 36 femmes.

Pour 36% de ces malades, l’intubation et la ventilation ont été réalisées d’emblée, dès leur admission.

Sur 81 malades admis durant la période allant du 29 juin au 9 août, avec une légère prédominance masculine encore une fois et une moyenne d’âge pratiquement similaire aux autres (63% sont âgés entre 61 et 80 ans), l’on constate que 23% de ces malades (soit 19 d’entre eux) sont décédés à l’accueil des urgences. Cela veut dire que ces malades arrivent déjà agonisants, ce qui est extrêmement grave.

En termes d’admission, la première phase a été marquée par une semaine où 16 cas ont été admis. Durant la deuxième phase, ce nombre a augmenté à 43 malades en réanimation en une semaine.

Mobilisation des réanimateurs du privé

Les services de réanimation sont très sollicités en cette période de relâchement des mesures préventives, de gestes barrières, sensés contenir la circulation du virus.

Cette période estivale entre Juillet et août a vu le nombre des nouveaux cas de covid grimper très rapidement. Le constat  est certes alarmant,  marqué par une recrudescence des cas graves nécessitant d’être intubés et ventilés dès leur admission en réanimation.

La charge de travail est énorme, harassante, ces prises en charge très lourdes nécessitent  des professionnels de santé spécialisés en réanimation et l’utilisation d’un matériel sophistiqué  .Il s’agit de médecins anesthésistes réanimateurs compétents, expérimentés.

Ces profils ne sont pas nombreux dans le secteur public. Au Maroc, il y a à peu près, 600 médecins anesthésistes – réanimateurs, dont 200 exercent dans le secteur public et repartis dans toutes les régions du Maroc et 400 sont présents dans le secteur privé.

Il devient très clair, que c’est pratiquement impossible pour les réanimateurs du public de maintenir la cadence , d’être constamment en première ligne , de devoir prendre en charge de plus en plus de malades nécessitants des volumes de soins lourds, des malades qu’il faut intuber , ventiler , réanimer , surveiller…

Le recours aux réanimateurs du privé est non seulement souhaitable, mais devient également nécessaire. C’est pourquoi nous avons contacté le professeur Jamal Cohen, président de la Société marocaine d’anesthésie, d’analgésie et de réanimation (SMAAR), qui a tenu a rappeler que la participation des anesthésistes – réanimateurs aux cotés de leurs confrères du secteur public, en ce moment est un devoir national, une action citoyenne de solidarité à, laquelle les réanimateurs du privé répondent avec enthousiasme et responsabilité afin de sauver le plus de vies.

C’est dans ce sens que des instructions viennent d’être données par les autorités de la région du grand Casablanca – Settat  afin que soit augmentée la capacité des lits de réanimation à Casablanca.

Le choix s’est porté sur la polyclinique de la CNSS, située à Bourgogne, près du boulevard Ziraoui. Celle-ci a été entièrement dédiée aux patients atteints de la Covid-19, avec 75 lits mis à leur disposition, dont 17 dédiés à la réanimation et 58 aux soins intensifs.

Les médecins réanimateurs du secteur privé sont prêts et disponible pour exercer leur noble art et le mettre à la disposition des citoyens là où le devoir les appellera.

Absence de communication

Il y a un retard dans le diagnostic, le nombre des tests effectués  reste  en deçà des attentes : les résultats ne sont connus qu’après 3 ou 4 jours.  Il y a un retard dans le démarrage du traitement, c’est un constat sans appel, et c’est là où il faut agir.

En outre,  cette épidémie nous a appris de constater que le système de communication est inexistant et que des dérapages relatifs justement à la communication, ont causé énormément de tort aux efforts des soignants. Que peuvent  penser ou retenir nos citoyens quand on leur balance que le masque ne sert pas à grand chose, ou encore que la covid-19 est une simple et minime grippe…

La communication dans de telles situations doit être du ressort des spécialistes aguerris,  compétents,  dont c’est le métier.

Face a l’épidémie du la covid-19, il s’agit de communiquer clairement, simplement, d’aller droit au but, convaincre, capter son auditoire…

Il s’agit de sensibiliser notre population sur l’intérêt des mesures préventives, sur le respect des gestes barrières, il faut bien informer sur les effets que peut avoir un retard de prise en charge de la maladie, il faut lever cette peur qui envahie les individus.

La communication, la sensibilisation, l’information se sont des aspects importants dans cette lutte contre la covid-19, mais il ne faut pas confier cette responsabilité à des personnes qui n’ont rien à voir avec la communication.

Tous ces éléments ont contribué et continuent  à permettre au virus de circuler de plus en plus, entrainant ainsi des nouveaux cas de covid chaque jour. Ce qui inquiète, c’est le taux de reproduction de la maladie, mais aussi le nombre de malades. ces chiffres sont très parlant, ils veulent dire et signifier que nos concitoyens sont la cause de leur propre malheur.

20% des hospitalisés sont jeunes

En effet, c’est le manque de respect des mesures préventives de certains certaines personnes qui ne portent ni masque, qui ne respectent pas la distanciation sociale, qui ne se lavent pas les mains, qui fréquentent les espaces fermés où il y a beaucoup de monde; c’est ceux-ci cela qui expliquent la situation actuelle.

En effet, ce sont ces agissements irresponsables, le relâchement des autorités qui sont conciliantes,  qui sont la cause de la flambée des nouveaux cas de covid-19. C’est aussi l’ignorance, les fausses croyances, l’absence de sensibilisation et de communication  qui contribuent à aggraver encore plus cette épidémie et qui permettent au virus de circuler.

Des flambées de contaminations ont été observées particulièrement au niveau des grandes villes, où il y a plus de jeunes en cette période de vacances d’été.

Casablanca, Tanger, Marrakech, beni Mellal, sont très prisées pour leurs lieux touristiques. Les jeunes sont moins vigilants, insouciants, fréquentent les lieux où il y a une forte densité de personnes de leur âge,  comme les cafés, les plages… Les gestes barrières ne sont plus respectés.

On estime aujourd’hui, que 20% de ceux qui sont hospitalisés sont jeunes, Pour cette raison, il y avait beaucoup de laisser-aller chez cette population  de jeunes, véritables  vecteurs du virus en cette période estivale.

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