Comment protéger nos enfants contre le harcèlement et les abus sexuels dans les espaces publics?

Par: Hosna Afaino (MAP)

Le jeu est un élément éducatif important dans la vie de l’enfant et un processus vital aux différentes étapes de son développement, vu le rôle qu’il joue dans le façonnement de sa personnalité et la mise en valeur de ses capacités, voire même dans l’évolution de sa “construction” sociale.

Or, ce besoin inné est freiné par la crainte d’être victime d’un harcèlement ou d’une agression sexuelle.

Les parents se retrouvent aujourd’hui, en plus des aléas de la pandémie, confrontés à des défis complexes, où surgissent d’autres préoccupations dues notamment à la crainte que leurs enfants puissent subir une agression sexuelle en leur absence, surtout à la lumière de la prolifération de ce phénomène dans la société marocaine.

En plus de la responsabilité de l’État, de la société civile, de l’école et des médias, le pari est principalement axé sur la sensibilisation des parents afin d’éduquer leurs enfants à se protéger et renforcer le sens de l’intimité de leur corps et de leur sécurité psychologique, développant ainsi leurs compétences de vie, tout en s’exprimant davantage sur leurs peurs et leurs angoisses.

Si les parents sont heureux lorsqu’ils écoutent leurs enfants, seule une écoute attentive des enfants pourrait les sauver et les protéger, ainsi que toute la communauté, de tous les dérapages ou dangers qui peuvent encourir.

Il est impossible de priver les enfants des espaces de jeu et la pratique des activités car elles sont essentielles au développement de la personnalité de l’enfant, a déclaré Mme Bouchra Al-Mourabti, psychologue et chercheuse en psychologie sociale, ajoutant que les parents doivent assumer l’entière responsabilité dans l’accompagnement de leurs enfants.

La spécialiste a souligné dans un entretien accordé à la MAP que cette protection doit être continue et permanente jusqu’à dix ans. A cet âge, poursuit-elle, les parents doivent inculquer les valeurs et l’éducation sur les risques dans l’esprit de l’enfant pour qu’il puisse se protéger et rejeter toute tentation ou détournement, surtout à un moment où les crimes de viol ont pris une dimension “électronique”, avec l’accès facile des enfants à l’internet.

La psychologue a également exhorté les parents de veiller à ce que les lieux de résidence de l’enfant bénéficient de conditions de sécurité, d’éclairage et de garanties de jeu sûr, notant que de nombreux cas de viol d’enfants survenus au Maroc étaient dus à la négligence des parents.

A cet égard, la psychologue estime qu’il est important d’adopter une loi réprimant les parents qui sont reconnus coupables de négligence envers un enfant victime de viol.

En ce qui concerne les moyens de protéger les enfants contre le viol ou le harcèlement sexuel, elle juge nécessaire que les autorités bloquent les sites pornographiques dédiés aux enfants afin de limiter les abus, et de ne pas permettre à ceux, qui ont un comportement sexuel contre nature, de commettre de nouvelles agressions sexuelles sur des enfants, ainsi que de prendre des mesures décisives dans ce cadre, à l’instar des pays comme la Russie, l’Angleterre, la Chine, l’Écosse et d’autres.

Mme Al-Mourabti appelle, par ailleurs, les parents à être vigilants dans le suivi de leurs enfants, que ce soit au sein de la famille ou ailleurs, et à chercher à connaître les raisons de l’aversion de l’enfant pour certaines personnes, à même de l’examiner intelligemment, et faire attention aux traces inhabituelles sur ses vêtements, ainsi qu’aux changements qu’il a subis, qu’il s’agisse des mouvements, comme des difficultés à marcher ou de s’asseoir, ou comportementaux et psychologiques comme l’agressivité subite, la tristesse constante, la faible estime de soi, la réticence à faire des activités ou à aller à l’école, un changement soudain d’appétit, la mauvaise concentration, etc.

Mettre l’accent sur la confiance permanente de la famille en l’enfant et la volonté inconditionnelle de le protéger de tout danger, estime la spécialiste, lui donnerait le courage de révéler ses peurs et ses inquiétudes, en plus de l’initier au dialogue et d’être soucieux de savoir comment l’enfant passe sa journée et les personnes qui l’accompagnent, tout en adoptant la narration comme outil de base en relation avec lui.

La psychologue n’a pas manqué de souligner que les parents doivent alerter leurs enfants de se méfier des étrangers et à adopter la distance entre les corps en “sacralisant le concept du corps” et en ne l’exposant à personne quelle que soit sa situation et sa relation avec la famille, et en lui apprenant à rejeter tout harcèlement de qui que ce soit et à ne pas l’habituer à obéir aveuglément à ceux qui sont plus âgés que lui. Et apprenez-lui d’une façon simple à crier et à dire non si quelqu’un de mauvaise foi s’approche de lui.

Quant à l’agresseur de l’enfant, la spécialiste estime qu’il devrait être soumis à une étude scientifique car malgré la présence de caractéristiques personnelles communes parmi les agresseurs, il existe des différences individuelles qui nécessitent une étude et un partage d’informations avec le public afin de sensibiliser les parents, les enseignants et les citoyens en général à assurer une protection appropriée aux enfants.

Mme Al-Mourabti explique que les études et les recherches psychologiques cliniques répartissent les violeurs d’enfants en trois profils : le premier concerne ceux qui sont classés dans la catégorie des troubles de la personnalité, car ils souffrent d’une double psychopathie et, dans certains cas, de troubles sexuels; Ils sont des antisociaux et manquent donc de remords et de sympathie pour l’autre. Ils sont également impulsifs, apathiques et méconnus des conséquences des abus sexuels sur les enfants.

Et comme le sadisme fait partie des symptômes de la psychopathie en tant que trouble psychologique, la douleur, les cris, la souffrance et la sympathie de l’enfant à son égard lui donnent la dose psychique qu’il recherche, et par conséquent, il continue de maltraiter l’enfant.

Le deuxième profil, ajoute la spécialiste, concerne les personnes qui ont été victimes de viol dans l’enfance, donc si elles ne se sont pas exposées à un traitement et à un soutien psychologique, leur incident de viol devient une expérience psychologique inconsciente qui pousse à la vengeance.

Mais l’agresseur souffre des interactions des expériences passées avec la souffrance du présent qui l’accompagne jour et nuit, et c’est l’une de ses souffrances psychologiques à travers son agression sur l’enfant.

Quant au troisième profil des violeurs d’enfants, ce sont ceux qui découvrent le plaisir sexuel avec des enfants notamment, à travers l’addiction aux films pornographiques et aux sites spécialisés dans le sexe avec des enfants et le contact avec des personnes qui exhibent leurs pédophiles, ou suivent les expériences de personnes ayant ce comportement pervers, encouragé par ces milieux, où le “succès” de sa première tentative renforce son désir de persister dans ce comportement, cherchant à obtenir l’illusion du plaisir tel qu’il l’imaginait, en était témoin, ou lui en parlait, même en agressant l’autre partie.

Nul doute que la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants ne dépend pas seulement de lois nationales et de la capacité de les mettre en œuvre, mais plutôt d’un système intégré de protection de l’enfance axé sur la prévention en plus d’une réponse efficace aux cas existants et de la création d’un environnement protecteur de l’enfant qui préserve sa santé mentale et physique.

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