Espagne: La dépouille de Franco sera exhumée ce jeudi…

Après un bras-de-fer qui aura opposé, pendant treize années, la famille de Franco soutenue par l’église catholique espagnole et le camp conservateur au gouvernement espagnol au sujet de l’exhumation des restes du dictateur et à leur transfert hors du mausolée de la Valle de los Caidos (la vallée des tombées), la Cour Suprême a rejeté, le 25 septembre dernier, le dernier recours déposé par la famille du Caudillo et l’Eglise catholique espagnole a déclaré qu’elle ne s’opposerait pas à cette exhumation.

Aussi, ce jeudi 24 Octobre 2019, les restes de Franco, décédé il y a 44 ans, vont-ils quitter le grandiose mausolée, surmonté d’une gigantesque croix de 150 m de haut, pour être ré-inhumés dans le caveau familial où repose Carmen Polo, son épouse, situé dans le cimetière municipal d’El Pardo-Mingorrubio dans la banlieue de Madrid.

Et si, dans un communiqué du gouvernement espagnol, il est dit que ce transfert aura lieu «en présence de la famille du dictateur» et de la ministre de la Justice Dolores Delgado, Jaime Ruiz, le président de l’Association pour la mémoire sociale et démocratique de l’Espagne qui milite pour que soient éliminés de l’espace public tout ce qui rend hommage au dictateur a tenu à préciser qu’«à la différence des victimes du franquisme, le transfert des restes de Franco se fera de manière respectueuse».

Cette décision qui vise à «dépolitiser» ledit mausolée et, surtout, à mettre fin, une fois pour toutes, à l’apologie du franquisme dont il est l’image la plus fidèle, est l’aboutissement de la loi sur la mémoire historique votée en 2006 par le gouvernement socialiste de Jose Luis Rodriguez Zapatero. Dite, également, «loi de reconnaissance et d’extension des droits de rétablissement des moyens en faveur de ceux qui ont souffert de persécution ou de violence durant la guerre civile et la dictature», cette loi avait été approuvée en conseil des ministres le 28 Juillet 2006, puis adoptée par le Congrès le 31 Octobre 2007.

Ainsi, soucieux de tourner définitivement la page du franquisme alors que l’Europe s’est résolument engagée sur la voie de la démocratie, nombreux sont les espagnols qui, aujourd’hui, estiment que le maintien, plus de quarante ans après la mort de Franco, d’un mausolée en son honneur est ouvertement anachronique.

Construit par les milliers de combattants républicains qui avaient été faits prisonniers par les soldats franquistes durant la guerre civile qui ensanglanta le pays de 1936 à 1939, ce mausolée conçu, au départ, pour célébrer la victoire du franquisme sur les républicains, servait de nécropole aux 35.000 soldats nationalistes tombés durant le conflit.

Ayant, par la suite, voulu en faire «un lieu de réconciliation» pour se donner «bonne conscience», Franco y avait amené, sans même en aviser leurs familles, les restes de quelque 10.000 républicains que ses soldats avaient jetés, sans ménagement, dans des fosses communes après les avoir sommairement exécutés.

Mais, les plus illustres occupants de ce mausolée étant, bien entendu, le dictateur Franco qui régna sur le pays d’une main de fer jusqu’en 1975 et son compagnon d’armes, le chef de la phalange fasciste, Jose Antonio Primo de Rivera, l’endroit est devenu un haut lieu de pèlerinage pour les nostalgiques des quarante années de dictature qu’a connu l’Espagne. Aussi, ceux-ci viennent-ils s’y recueillir chaque 20 novembre, jour anniversaire de la mort de Franco.

Raison pour laquelle, les proches du dictateur auraient exigé que «des honneurs d’Etat» lui soient réservés; ce qui, d’après «El Pais», aurait été qualifié de «science-fiction» par le Premier ministre Pedro Sanchez.

Enfin, si – selon le quotidien espagnol – ce sont les «tensions en Catalogne» qui auraient quelque peu retardé cette «exhumation» alors que le mausolée a été fermé depuis plus d’une semaine déjà, il est très probable que les restes du Caudillo soient «déplacés par hélicoptère pour éviter toute altercation ou d’éventuelles manifestations franquistes le long des cinquante kilomètres qui séparent le mausolée du cimetière d’El Pardo». Alors attendons pour voir…

Nabil El Bousaadi

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