Hadi Messouak, un dirigeant historique

L’histoire du Maroc indépendant a retenu le nom du Dr Hadi Messouak en tant que grand dirigeant du PCM et du PLS. Il avait adhéré, en France, au Parti communiste marocain, alors qu’il faisait partie de cette première génération de Marocains dans les universités françaises et fut «le premier médecin arabe et musulman» spécialiste en ORL.

C’est son adhésion au Parti communiste français qui l’amena, en 1947, et à peu près en même temps que Abdallah Layachi, au PCM. Point commun, les deux dirigeants avaient milité, très jeunes, au sein du Parti de l’Istiqlal.

Albert Ayache a situé globalement ce passage militant en ces termes : «Il (NDLR Hadi Messouak) eut des contacts avec des étudiants français communistes et, au cours de ses premières vacances au Maroc, rencontra des militants du PCM auquel il adhéra pendant l’été 194»7.

La séparation avec le Parti de l’Istiqlal, notamment de Abderrahim Bouabid dont il était un grand ami, amena le jeune militant à fréquenter le groupe des étudiants marocains communistes, dirigé à l’époque par feu Abdelkrim Ben Abdallah, alors élève ingénieur à l’École des mines de Paris et qui deviendra le premier géologue maghrébin en France.

Avec d’autres étudiants marocains, Hadi Messouak a créé «l’Association des étudiants du Maroc» qui était très connue pour son combat pour l’indépendance du Maroc et présente lors des nombreuses manifestations parisiennes contre la poursuite de la colonisation du Maroc et de l’Algérie. Il était aussi actif au sein de la première génération d’immigrés marocains et maghrébins à Paris Nord.

Mais c’est particulièrement à son retour au Maroc, en 1955, que feu Hadi Messouak aura frappé les regards par son action inlassable contre l’occupation étrangère, surtout après sa participation, avec Ali Yata comme chef de la délégation du PCM, en novembre 1955, à une réception organisée par feu Sa Majesté Mohammed V, à Saint-Germain-en-Laye, après la fin de l’exil royal et la prééminence de l’indépendance du Maroc.

Depuis, selon toujours Albert Ayache, Hadi Messouak, en tant que praticien et l’un des tout premiers professeurs de médecine du pays et l’un des fondateurs de la Faculté de Rabat, a gagné la confiance du Roi Patriote, qui le nomma son médecin particulier, titre qu’il gardera pour les Trois Rois (avec feu SM Hassan II et aussi pour SAR le Prince Sidi Mohammed à sa naissance), avant sa mort, à 52 ans, le 3 novembre 1979.

Son parcours militant, très riche, est résumé, faute de faits compilés, en quelques événements de taille.

En avril 1956, aux premiers jours de l’indépendance du Maroc, il échappa à une tentative d’assassinat de la part de la Mounadamma Assirya (l’organisation clandestine), qui appartenait au Parti de l’Istiqlal et qui éliminait les concurrents potentiels de ce parti. C’est son ami, le Dr Omar Idrissi, que Casablanca a retenu en mémoire en lui accordant un nom de ses rues en face du palais royal, qui en paiera les frais…

Au procès d’inquisition, e 1959, dans lequel Hadi Messouak était impliqué avec Ali Yata, Abdeslam Bourquia, l’on aura retenu la force de conviction et de caractère du dirigeant communiste, accusé par le procureur général de l’époque, de «vivre dans un palais de marbre et de revendiquer le communisme». La forte réplique de Messouak était : «Je dis ce que je pense et je le dis avec feu». Une phrase qui avait ému énormément.

Son départ de la direction du PLS, au début des années 70, reste assez inexpliqué, face aux réalités et impératifs partisans de l’époque. D’aucuns avancent que Messouak avait commencé à élaborer des idées qui tranchaient avec les grandes certitudes de l’époque. Il aurait été un fin visionnaire qui aurait préconisé un «compromis historique» avec la Monarchie, des idées qui auraient été jugées assez audacieuses et prématurées alors que l’histoire contemporaine lui donne raison, surtout que le PPS modernisé, puis la Koutla démocratique, en a fait une stratégie d’une actualité brûlante.

A ses contemporains de jeter un faisceau de lumière sur cette tranche de vie d’un grand dirigeant du Parti.

M.K.

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